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Trente ans se sont écoulés
depuis que Marianne ( Liv Ullmann) et Johan
(Erland Josephson), (le couple de Scènes
de la vie conjugale), se sont perdus
de vue. Sentant confusément qu'il
a besoin d'elle, celle-ci décide
de lui rendre visite dans sa maison de campagne
où il vit reclus. Entre eux, la complicité
et l'affection renaissent rapidement et
Marianne fait la connaissance du fils de
Johan, Henrik, et de la fille de ce dernier,
qui pleurent toujours Anna, l'épouse
d'Henrik disparue...
Trente ans après Scène
de la vie conjugale, Saraband vient
complèter l'ouvrage de Bergman, et
se poser en chef d'oeuvre...
L'amour, la mort, la haine, la filiation
: avec ses thèmes de toujours, Bergman
touche, une fois de plus, au sublime. Trente
ans se sont écoulés, et pourtant,
les deux films se confondent. Les acteurs
ont repris leurs rôles avec une facilité
quasi-surnaturelle, les angles d'analyse,
le jeu des acteurs, la lumière, le
rapport avec le théâtre, les
thèmes de la sexualité et
de la politique, reprennent là où
bergman s'était arrêté...
Les clés de l'interprétation
sont toujours aussi multiples : philosophie,
psychanalise, sociologie, idéologie...
Dans Saraband, il continue de sonder
la destinée humaine...
Tout y est prétexte pour démontrer
une transcendance au cinéma. Les
lieux sont habités, quasiment hantés
de souvenirs, les acteurs sont eux aussi
habités par le moment présent
comme d'une catharsis. Bergman nous fait
rencontrer des êtres avec leurs complexités
et leurs mystères propres et les
grands cinéastes cheminent toujours
vers la simplicité...
Construit en dix mouvements, plus un prologue
et un épilogue, Saraband
est évidemment musical (et pas seulement
parce qu'on y entend Bruckner et Bach...).
Ingmar Bergman, est investi dans cet oeuvre,
tel qu'en lui-même : un créateur
engagé jusqu'au bout, dans un bras
de fer avec l'inguérissable haine
de soi...
Un cinéma personnel, bien sûr,
mais ô combien universel. Son exercice
fascinant sur les relations humaines, sur
les rapports d'amour et de haine, n'a pas
pris une ride. On en apprend toujours autant
sur la dépendance affective et sur
les amours souvent si déconcertants
qui nous habitent...
Mais il y aurait tant à dire...
Julie Chamard
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