Mysterious skin
Film réalisé par Gregg Araki
Avec Chase Ellison, Brady Corbet, Joseph Gordon-Levitt, Elisabeth Shue, George Webster
Sortie le 30/03/05

Brian Lackey a huit ans lorsqu'il se réveille dans la cave de sa maison, le nez en sang, sans aucune idée de ce qui a pu lui arriver. Mais sa vie s'en trouve totalement chamboulée : cauchemars, peur du noir, évanouissements... Brian n'est plus que l'ombre de lui-même. Dix ans plus tard, il pense avoir été enlevé par des extra-terrestres, et s'adresse à Neil, une petite frappe à la beauté diabolique, pour qu'il l'aide à résoudre cette enigme...

Gregg Araki, a longtemps été réputé pour être le porte parole d'une génération perdue: celle qui ne pense qu'à passer du bon temps, qui se perce les tympans avec de la musique trop forte et qui se livre sans complexe à une sexualité débridée (The Doom Generation et Nowhere, en sont le parfait exemple)... Longtemps jugé provocateur* "indécent" et "nuisible" par la critique, Gregg Araki a tenu bon. De son parcours de cinéaste sans le sou, mais qui a concrétisé tous ses films en y mettant corps et âme, il est enfin reconnu des grands studios hollywoodien sans avoir fait de concession. Même regard sombre que le réalisateur Larry Clark (Kids, Ken park), sur des adolescents désabusés, Gregg Araki s'amuse toujours à détourner les acteurs de séries pour adolescents (comme Kathleen Roberston, qui jouait dans Beverlly Hills, et se retrouve en sulfureuse bisexuelle aux côtés de Chiara Mastroianni dans Nowhere, et en femme "fatale" dans Splendor sorte de Jules et Jim version trash...) et casser leur image trop lisse. Cette fois-ci, il a détourné du droit chemin l'actrice Michelle Trachtenberg (Buffy contre les vampires) et Elisabeth Shue (elle pensait être aller aux bouts de ses limites avec Leaving Las Vegas en interprétant une prostituée, elle n'avait encore rien vu!).

Pour les réfractaires de ce genre de cinéma totalement indépendant dont la crudité peut parfois sembler gratuite, ils ne peuvent qu'être troublé par Mysterious Skin. Adapté d'un roman de Scott Heim, le réalisateur a mis plus de sept ans (de reflexion) avant de trouver les moyens de traduire en images toute la complexité et le lyrisme éthéré de cet oeuvre... Le cinéaste utilise une caméra subjective afin de mieux servir la narration, sur une bande sonore de Cocteau Twins (la musique très présente peut être considérée comme l'un des personnages du film) et adopte une image également très colorée (à dominante de bleu et de rouge).
Si Gregg Araki s'est visuellement assagi il reste, heureusement, provocateur et émouvant, sur un sujet excessivement difficile : la pédophilie.
Un film consciencieusement trash, mais totalement bouleversant, qui risque de marquer à jamais la conscience des spectateurs...

* Aujourd'hui encore, certains films du réalisateur comme Totally Fucked Up, ou The living end n'ont pas été édité en DVD. Plusieurs scènes de the doom generation ont été coupées pour la version DVD...

Julie Chamard

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