|
Il est
difficile de résumer cet ovni cinématographique...
La chaîne Arte avait commandé
un court métrage à Philippe
Katerine (chanteur reconnu !), il s’est
empressé ensuite de faire un long-métrage.
Sans esbroufe ni montage, il a l'idée
d'Un kilomètre à pied,
un itinéraire en temps réel
sur les traces de son enfance. Caméra
tremblotante et voix essoufflée,
le chanteur énumère les maisons,
interroge les ruines et se souvient de ses
mauvaises manies. Peau de cochon
naît du même défi simple,
d’apprivoiser la caméra et
d’en faire un compagnon de jeu. Un
jeu d’enfant qui a tout d’une
affaire sérieuse, entre le vrai préparé
et le faux improvisé, le quotidien
qui déraille et les élucubrations
de noctambules…
Le dispositif est donc limité, les
séquences parfois maladroites, mais
Philippe Katerine profite de son inexpérience
pour provoquer l’incident et caresser
l’imaginaire… Peau de cochon
n’a certainement pas d’autre
ambition que de saisir un vécu fantasmé,
une pensée en mouvement, parfois
absurde, parfois bêtement poétique…
Sans le moindre scénario et armé
de son seul désir de « montrer
», le réalisateur parle de
jalousie, de mort, de création, de
mémoire et de réverbères
aussi beaux que des manèges…
La première séquence sur le
chanteur Dominique A en dit long sur la
motivation du sujet. Philippe Katerine lui
demande de faire écouter son premier
album, enregistré sur une cassette
à l’âge de douze ans.
Drôle et émouvant, Katherine
avoue qu’on décèle déjà
le tempérament du chanteur…
Edie, (la fille de Philippe Katerine) est
une « actrice » qui raconte
une histoire surprenante que Katherine déclamera
ensuite comme une tirade… L’étonnante
Suzanne (la nièce) "dessinatrice"
de sept ans à peine, réalise
des portraits plus que saisissants…
Katerine lorgne sur cette gémellité
: l’enfance de ces "artistes"
qui vient en découdre avec l’adulte
et lui réapprend la légèreté…
Ainsi, le musicien Gaëtan devient une
œuvre d’art en slip, en se livrant
à une séance de diapositives
avec son propre corps! Philippe Katerine
fait coucou aux voitures du haut d’un
pont, et révèle enfin le secret
de sa fragilité...
Katerine réalise une opération
à cœur ouvert qui sauve de l’oubli,
des états de grâce… Une
sorte de journal intime ancré d'humour
et de fantaisie. Un cinéma qui échappe
à toute classification, une redécouverte
de l’être humain, et la certitude
enfin, qu’avec très peu, on
peut faire quelque chose d’énorme,
et qu’il n’est parfois pas utile
d’aller chercher très loin
pour faire naître des sentiments profonds
et une belle émotion...
A
lire : La boucle est bouclée
Julie Chamard
|