A History of violence
Film réalisé par David Cronemberg
Avec Viggo Mortensen, Maria Bello, Ed Harris, William Hurt, Ashton Holmes
Prochainement

Rassurez-vous, j’ai enfin une bonne nouvelle : le film de David Cronenberg !
Et là, sans vouloir jouer de mon esprit de contradiction, ils sont peu les journalistes cannois à lui avoir décerné la Palme (au plus trois étoiles)… Il faut croire que je ne suis pas encore en phase avec la mouvance cannoise, mais je décerne tout de même ma palme a A History of violence (bien sûr, je n’ai pas vu tous les films, et il me reste Broken Flowers, grand favori, à voir ce soir…).
J’offre ma palme à Cronemberg, tout d’abord, parce qu’il m’a surprise… Il s’est cette fois-ci éloigné de la noirceur poético-fantastique à laquelle il nous avait habitués pour rejoindre le film de genre… Autre surprise, on rit beaucoup en voyant le film, et pour un Cronenberg, c’est rare… Bien sûr, on retrouve les thèmes qui lui sont si chers : l’identité, la sexualité et la violence… Parce que le jour où Tom Stall défend son petit coffee shop d’une petite bourgade typique des Etats-Unis, sa vie bascule et celle de sa famille avec… Il n’est pas bon d’en dire trop car il serait dommage de dévoiler l’intrigue du film. Adapté d’une BD éponyme (la grande mode en ce moment…), le scénario nous réserve son lot de surprises et de rebondissements… Une rigueur absolue et élégante dans la mise en scène. Le projet de Cronenberg de démonter les clichés du rêve américain (on s’en rend très vite compte mais ce n’est pas le propos) en utilisant lui-même des clichés était assez périlleux. Le cinéaste canadien s’en sort brillamment et avec ironie. Il nous prouve cette fois-ci avec dérision que la tranquillité est un leurre mais que la folie est une menace permanente. On apprendra à se méfier des gens que l’on connaît pourtant par cœur, parce qu’on ne les connaît pas finalement. Et c’est sans doute le plus troublant… La violence n’est pas forcément aussi présente que le titre voudrait le laisser croire… Une violence universelle, dans laquelle tous les personnages tombent les uns à la suite des autres, de manière différente (verbale, physique, sexuelle)…

Quant à Viggo Mortensen (l’acteur principal), il est tout simplement génialissime (et lui, il mériterait vraiment le prix d’interprétation contrairement à d’autres…) ! Il joue avec intensité et finesse l’ambivalence de son personnage… Sa transformation physique (sans artifice, ne vous méprenez pas.. ), son regard, ses expressions, m’ont laissée assise sur mon siège alors que la projection était terminée (heureusement, un agent de sécurité m’a fait sortir…). Maria Bello (elle aussi issue de la série télévisée Urgences… c’est la mode !) se révèle également brillante et très juste… Le seul petit détail qui m’a laissée un peu perplexe est le jeu du jeune acteur Ashton Holmes (mais c’est son premier rôle, alors on l’excuse…) qui, malgré des répliques aussi corrosives que drôles, n’est pas toujours très juste, et le montage qui m’a parfois laissée perplexe par sa « brutalité ». Ed Harris et surtout William Hurt (dans des rôles secondaires) sont excellents… Vous l’aurez donc compris, c’est excellent ! Ne serait-ce que pour une scène… C’est aussi ça, l’instant de grâce au cinéma... juste une scène qui restera graver longtemps dans votre mémoire…

A moins que je ne réussisse à soudoyer le jury, je ne pense malheureusement pas que A History of violence obtiendra la Palme d’or, mais je m’engage une fois de plus, à faire un scandale s’il ne repart pas avec un prix (au moins la mise en scène ou l’interprétation…).

Julie Chamard

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