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Grand favori de cette année,
Last Days a remporté tous
les suffrages auprès des journalistes
cannois…Tous ? Non : le journaliste
du Monde ne lui a adressé
qu’une seule étoile, et pour
ne pas faire comme tout le monde, je ne
lui en adresse aucune !!!
Pourtant fan du réalisateur Gus Van
Sant, c’est avec une grande émotion
que j’ai assisté à la
projection… Ni trop tôt, ni
trop tard, j’étais pourtant
dans de bonnes conditions...
Last Days retrace les derniers
jours d’un chanteur grunge de rock,
largement inspiré de la vie du leader
de Nirvana, Kurt Cobain…
Le réalisateur a déjoué
tous les clichés auxquels on pouvait
s’attendre sur ce genre de film…
Le cinéaste filme tout ce à
quoi on ne s’attendait pas : une promenade
solitaire dans la forêt, la préparation
d’un plat de macaronis… On est
très loin des clichés du rocker,
mais peut-être un peu trop loin justement…
Et pourtant, j’ai été
la première à crier le génie
d’Elephant (Palme d’or
en 2003), j’ai même adhéré
à l’ovni cinématographique
Gerry… Mais là, j’ai
eu l’impression d’être
prise pour une imbécile… A
force de clamer haut et fort qu’il
nous offre une autre forme de cinéma,
un exercice expérimental, et de nommer
ses films des « propositions de cinéma
», j’ai eu la nette impression
qu’il nous refaisait la même
proposition… Les mêmes effets
de style que pour Elephant : décalage
du son et de l’image, dérèglement
de la chronologie, etc. Je lui avais «
pardonné » d’avoir réalisé
en peu de temps deux fois le même
film à deux ou trois détails
près : Will Hunting et A
la rencontre de Forrester.
J’avais pardonné cet effroyable
remake de Psychose (il faut bien
se nourrir et payer ses impôts) parce
qu'il y avait eu My own private idaho
(petit chef d'oeuvre...) mais je ne pardonnerai
pas Last Days… Gus Van Sant
est certes un réalisateur génial,
et j’en viens même à
me demander s’il n’exploiterait
pas le filon du film où les dialogues
et l’histoire sont quasi inexistants,
où les silences pesants et récurrents
se veulent bien entendu très lourds
de sens… Un film pour les intellectuels
qui aiment se prendre la tête en s’imaginant
qu’il y a tellement de profondeur
dans cette « proposition »,
dans ce mutisme… Un film pour «
Bo-Bo », qui apprécieront sûrement,
pour « faire bien ». Un film
où il n’y a rien à comprendre
si ce n’est la solitude extrême
de cet homme pourtant adulé. Pour
Elephant, Gus Van Sant ne proposait
pas non plus de réponse au drame
survenu à Columbine, mais à
force de ne rien nous proposer, on finit
par se sentir lésés…
Alors, le soleil m’a peut-être
abrutie à ce point que je n’ai
pas su reconnaître un chef-d’œuvre,
mais je n’y crois plus… Je suis
ressortie en ayant eu l’impression
de m’être faite avoir et d'avoir
agoniser davantage que le personnage (une
longue et douloureuse agonie à force
d'ennui, je crois dorénavant que
c'est possible...). Ici, tout le monde (sauf
le principal concerné, Gus Van Sant)
parle d’une trilogie sur l’Amérique
désenchantée.
Quant à l’interprétation
de Michael Pitt, pressenti pour obtenir
le prix d’interprétation masculine,
les journalistes ne parlent pas d’interprétation
mais de réincarnation en Kurt Cobain…
Effectivement, il ne semble pas être
encore sorti de son rôle… Pour
l’avoir vu posé devant les
journalistes, le cheveux gras, le regard
aussi vif qu’un bovin, et la tête
rempli de substances illicites, ce jeune
acteur (issu de la série pour adolescents
Dawson) me fait l’effet de
l’adolescent typique américain,
transpirant les hamburgers et anesthésié
par la drogue… ! Mais tout le monde
lui trouve un « genre », et
tout le monde crie au génie ! On
le compare même (Ô sandale!)
à l'acteur River Phoenix (acteur
fétiche du réalisateur, interprète
de My own private idaho). Alors
ne serait-ce que par esprit de contradiction,
je m’y oppose et je me condamne à
retourner voir Last Days au moins
trois fois si celui-ci remporte la Palme
(et cela semble bien parti) pour essayer
de comprendre… On ne sait jamais,
sous la pluie parisienne, mon esprit sera
peut-être plus réceptif ! Last
Days est pour moi une arnaque…
Une arnaque intelligente et brillante, mais
une arnaque quand même !
La rumeur du jour : Broken Flowers
est toujours en tête, mais personne
ne l’a vu… Caché
de Haneke (avec Juliette Binoche et Daniel
Auteuil) est remonté en tête
du classement... Sin city a disparu
du top five... Last Days
est en troisième position …
Pour les scoops, les Cannois sont assez
déçus cette année du
manque de stars ! Heureusement, la montée
des marches de Star Wars en a ravi
plus d’un ! Une véritable émeute,
une Natalie Portman au crâne rasé,
Sharon Stone, les cheveux très longs,
et trois standing ovations à la fin
de la projection (du jamais vu à
Cannes…). Et ici, on s’en pose
des questions existentielles : mais comment
Sharon peut-elle avoir les cheveux aussi
longs alors qu’elle les portait courts
il y a peu ??? Alors, les rumeurs vont bon
train : rajouts, perruque… C’est
aussi ça, Cannes…
Julie Chamard
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