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Après Dogville,
présenté en 2003, Manderlay
constitue le deuxième acte de la
trilogie américaine de l'auteur danois,
couronné de la Palme d'Or en 2000
pour Dancer in the Dark. Lars Von
Trier poursuit sa réflexion virulente
et dérangeante sur l'histoire des
Etats-Unis et sur les ressorts sombres de
l'âme humaine…
Grace et son père avaient laissé
derrière eux la petite communauté
de Dogville et s'en éloignaient pour
retourner chez eux…
Malheureusement, ils sont chassés
de leur ancien territoire et vont passer,
sans succès, tout leur hiver à
chercher de nouveaux terrains de chasse.
Et, dans ces premiers mois de printemps,
ils font route vers le sud pour trouver
une résidence où ils pourraient
enfin s'établir...
Grace, interprétée cette fois
par Bryce Dallas Howard (Nicole Kidman étant
engagée sur un autre tournage malheureusement…)
et son père (Willem Dafoe) sont sollicités
par une jeune femme noire venant frapper
à la fenêtre de leur voiture.
La courageuse Grace se décide à
l’aider et, derrière un lourd
portail de fer forgé, elle découvre
un homme qui s'apprête à recevoir
le fouet et une communauté de noirs
vivant comme avant l'abolition de l'esclavage,
alors que l'histoire se déroule en
1933.
Grace, révoltée, va tenter
de libérer ces hommes de leurs chaînes
alors que la propriétaire de la plantation,
"Mam" (Lauren Bacall), vient de
mourir. Mais elle se heurte à de
nombreux obstacles, soulevant des questions
morales et philosophiques sur la nature
de la démocratie, de la justice et
leurs nombreuses dérives…
Comme dans Dogville, Manderlay
se déroule sur une scène de
théâtre, dans un décor
dépouillé, en huit actes,
comme pour donner encore plus de poids et
de force aux dialogues et aux questions
fondamentales qu'aborde le réalisateur…
"Ce qui tue le débat, c'est
le politiquement correct, où chacun
finit par être d'accord. Moi j'ai
choisi de ne pas être d'accord",
a expliqué Lars Von Trier.
Manderlay est donc un film engagé
et politique. Ici, à Cannes, on aime
ou on déteste. Pour ma part, tout
comme Dogville m’avait touchée,
je crois n’être pas prête
d’oublier ce film… Je regrette
simplement que Nicole Kidman n’ait
pas tenu le rôle de Grace à
nouveau…
Une image revisitée de l'Amérique,
corrosive et sombre, empreinte d'un pessimisme
sûrement irrecevable dans notre monde
actuel… C’est un film insolent
et ironique, qui ne sera peut-être
pas compris de tous, qui ne fera peut-être
pas changer le monde, mais qui a au moins
le mérite de dénoncer intelligemment
les agissements politiques de certains (le
président des Etats-Unis pour ne
pas le citer…) sans se soucier du
politiquement correct… Certains pourront
reprocher la même mise en scène,
le même décor que pour Dogville,
et également le même discours.
Mais c’est une vraie trilogie qui
nous attend et pour ma part je ne me lasse
pas d’entendre ce discours…
Je portais toujours en moi l’intensité
de Dogville, je n’oublierai
pas la captivante intensité dramatique
dans laquelle le cinéaste nous plonge
à nouveau… J’attends
donc avec impatience le troisième
volet (qui se terminera à Washington…).
En attendant, j’espère que
Manderlay remportera un prix, puisque
Dogville avait été
oublié…
Julie Chamard
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