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La force dramatique d’un
film de guerre, réside souvent dans
sa capacité à retranscrire
à l’écran à la
fois l’atrocité et l’absurdité
du conflit…Le premier point a été
très souvent traité de façon
intéressante dans de nombreux films,
et le deuxième, sans doute plus délicat
à appréhender, a trouvé
sa réponse (pour les réalisateurs
américains…) dans un conflit
aussi inutile qu’illégitime,
celui du Viêt-Nam…C’est
ce qu’a réussi Michael Cimino
dans Voyage au bout de l’enfer.
La conciliation de ces deux aspects, lui
a permis d’en développer un
troisième, tout aussi terrifiant
: celui de la destruction du soldat en tant
qu’être humain (thème
qui sera ensuite repris par de nombreux
réalisateurs, comme Oliver Stone,
dans Né un 4 juillet…).
Il nous présente l’histoire
de trois amis vivant dans une ville industrielle
de Pennsylvanie, qui partent pour le Viêt-Nam,
le lendemain du mariage de Steven (John
Savage), l’un d’entre eux.
La première partie du film est consacrée
à la présentation de ces hommes
ordinaires, de leur amitié, et de
leur attachement à leurs origines
russes. Cette partie s’achève
sur le mariage, pour contraster brutalement
avec leur départ au front…
Aucun ne meurt sur le champ de bataille,
mais chacun sera anéanti par le conflit…
Michael Cimino a choisi une mise en scène
aussi subtile que judicieuse en nous «
montrant » des scènes de guerre
dans la partie centrale de son film et sur
une durée très restreinte.
Lorsque l’on retrouve Michael, Nick
et Steven, (De Niro, Walken et Savage) on
devine que la saut temporel qui suit leur
départ au Viêt-Nam est assez
important, et que leurs personnalités
ont déjà été
considérablement modifiées
par la guerre, ou en tout cas, qu’elles
ne sont plus modelées que par une
seule volonté, celle de survivre.
C’est sur une épreuve particulièrement
douloureuse que se décide le destin
des trois hommes, et que Cimino se concentre
pour nous faire ressentir, comme rarement
sur un écran de cinéma, la
capacité de destruction de la guerre,
avec une scène devenue culte : celle
de la roulette russe…
Les acteurs sont naturellement époustouflants,
et magistralement dirigés par un
réalisateur que l’on sent totalement
investi. Cimino incrimine, bien sûr,
son gouvernement dans cette tragédie,
et surtout l’illégitimité
de son combat aveugle et irraisonné.
L’ultime apparition, sur le magnifique
thème musical du film, du visage
souriant mais déjà porteur
d’une profonde tristesse de Christopher
Walken, n’en finit pas d’émouvoir
le spectateur, au terme d’un film
éprouvant mais ô combien indispensable…
Cette ressortie en salle est l’occasion
pour les plus jeunes (peut-être) de
(re)découvrir un film marquant dans
l’histoire du cinéma, un film
magistral, d’une beauté bouleversante
qui n’a pas pris une ride… et
qui ne ressort peut-être pas par hasard,
en cette période de troubles, tant
on se rend compte qu’il est (malheureusement)
toujours d’actualité sur son
fond…
Julie Chamard
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