Le Temps qui reste
Film réalisé par François Ozon
Avec Melvil Poupaud, Valeria Bruni-Tedeschi, Jeanne Moreau, Christian Sengewald, Daniel Duval, Marie Rivière
Sortie le 30/11/05

Romain est un jeune photographe de mode, drogué à son métier comme à la cocaïne, lassé par son histoire d'amour avec Sasha, lassé de tout puisqu'il sent le désir s'enfuir... Lorsqu'il apprend être atteint d'un cancer généralisé, il choisit de ne pas lutter, et de vivre les quelques mois qui lui restent...

C'est un sablier retourné que propose cette fois-ci François Ozon, en profitant de cette urgence pour dénuder son cinéma... Pas de dispositif formel comme pour 5x2, c'est sans déguisements et vulnérable, que le réalisateur trace son chemin, tout droit, vif et sec à partir d’un argument de base minimal, inéluctable et résigné. Il avait commencer sa trilogie sur le deuil, avec Sous le sable en abordant la question : Comment vivre la mort de l'autre ? Le Temps qui reste regarde la mort en face...

Pas de misérabilisme ostentatoire chez Ozon, en ce qui concerne cette maladie qui ronge le corps et la vie du jeune homme. Un sujet peut-être "racoleur", un thème qui aurait facilement pu faire le débat de "ça se discute", mais traité par un réalisateur dont le talent et la griffe sont désormais indéniables... Il sait évidemment nous bouleverser autant qu'il sait nous mettre mal à l'aise, par une réalité violente et crue, dont chaque détail est essentiel et s'incruste en chacun de nous.

Ozon trouve la force de ne jamais tomber dans le mélo ou le pathos, mais simplement dans la douleur d'être abruptement confronté à sa propre fin. Il s'en dégage une étrange sérénité et une douceur infinie, sûrement liées à l'incroyable interprétation de Melvil Poupaud. Si jusqu'ici l'acteur était souvent cantonné à des rôles de jeune premier, il trouve ici enfin, le rôle de la maturité (comme on dit dans le milieu!). Intense et léger, subtil et profond, impliqué et abandonné, on sent qu'il a été totalement "ozonisé". Quant à Valeria Bruni-Tedeschi, elle retrouve Ozon, pour livrer encore une fois une belle prestation, toujours aussi grave...

François Ozon montre une nouvelle fois qu'il sait se forger un univers bien à lui, (la musique, également, est toujours aussi présente et captivante), et que ses angoisses face à la mort, la solitude, le sexe, les relations humaines et l'amour, sont toujours exposées de façon aussi prodigieuse et troublante... même si il reste quelques maladresses (les retours à l’enfance sont un peu trop appuyés)...

Julie Chamard

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