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Romain est un jeune photographe
de mode, drogué à son métier
comme à la cocaïne, lassé
par son histoire d'amour avec Sasha, lassé
de tout puisqu'il sent le désir s'enfuir...
Lorsqu'il apprend être atteint d'un
cancer généralisé,
il choisit de ne pas lutter, et de vivre
les quelques mois qui lui restent...
C'est un sablier retourné que propose
cette fois-ci François Ozon, en profitant
de cette urgence pour dénuder son
cinéma... Pas de dispositif formel
comme pour 5x2, c'est sans déguisements
et vulnérable, que le réalisateur
trace son chemin, tout droit, vif et sec
à partir d’un argument de base
minimal, inéluctable et résigné.
Il avait commencer sa trilogie sur le deuil,
avec Sous le sable en abordant
la question : Comment vivre la mort de l'autre
? Le Temps qui reste regarde la
mort en face...
Pas de misérabilisme ostentatoire
chez Ozon, en ce qui concerne cette maladie
qui ronge le corps et la vie du jeune homme.
Un sujet peut-être "racoleur",
un thème qui aurait facilement pu
faire le débat de "ça
se discute", mais traité
par un réalisateur dont le talent
et la griffe sont désormais indéniables...
Il sait évidemment nous bouleverser
autant qu'il sait nous mettre mal à
l'aise, par une réalité violente
et crue, dont chaque détail est essentiel
et s'incruste en chacun de nous.
Ozon trouve la force de ne jamais tomber
dans le mélo ou le pathos, mais simplement
dans la douleur d'être abruptement
confronté à sa propre fin.
Il s'en dégage une étrange
sérénité et une douceur
infinie, sûrement liées à
l'incroyable interprétation de Melvil
Poupaud. Si jusqu'ici l'acteur était
souvent cantonné à des rôles
de jeune premier, il trouve ici enfin, le
rôle de la maturité (comme
on dit dans le milieu!). Intense et léger,
subtil et profond, impliqué et abandonné,
on sent qu'il a été totalement
"ozonisé". Quant à
Valeria Bruni-Tedeschi, elle retrouve Ozon,
pour livrer encore une fois une belle prestation,
toujours aussi grave...
François Ozon montre une nouvelle
fois qu'il sait se forger un univers bien
à lui, (la musique, également,
est toujours aussi présente et captivante),
et que ses angoisses face à la mort,
la solitude, le sexe, les relations humaines
et l'amour, sont toujours exposées
de façon aussi prodigieuse et troublante...
même si il reste quelques maladresses
(les retours à l’enfance sont
un peu trop appuyés)...
Julie Chamard
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