Appelez moi Kubrick
Film réalisé par Brian Cook
Avec John Malkovich, Marc Warren, Jim Davidson, Richard E. Grant
Sortie le 04/01/06

Dans les années 90, un anglais nommé Alan Conway (John Malkovich) se fait passer pour un des cinéastes les plus célèbres et les plus discrets de tous les temps, Stanley Kubrick. Abusant de la notoriété du réalisateur, il profite de la crédulité de ses victimes pour leur soutirer de l’argent ou assouvir ses penchants sexuels...

L’histoire véridique d’Alan Conway peut prêter à divers traitements, et l’angle comique n’est certainement pas le moins justifié tant certains éléments constituent en soi une bonne base pour une comédie! Ainsi, les auteurs se sont focalisés sur l’aspect comique de la situation et de ce personnage, quitte à en rajouter beaucoup comme pour l’excentricité des vêtements ou l’attitude parfois outrancière de John Malkovich... La première partie du film présente ainsi le personnage de Conway en parallèle avec les différentes victimes qu’il a abusé dans un jeu de cache-cache parfois brillant et pour le moins réjouissant quant aux diverses combines de l’usurpateur.
Et plus c’est gros, plus ça marche! La véritable réussite comique du film se situe ainsi dans cette caractéristique véridique de Conway qui ne connaissait rien de la vie de Kubrick et n’utilisait dès lors le cinéaste que comme un prête-nom pour abuser des personnes trop crédules, bien aidé en cela par la discrétion proche de la claustration du réalisateur propice alors à toutes les mythologies. Ainsi, Conway campé par Malkovich forme une antithèse absolue du cinéaste, et l’on découvre au fil de ses pérégrinations un faux Kubrick fan de heavy metal (alors qu'on connaît maintenant le penchant du réalisateur pour la musique classique !), homosexuel affiché (alors qu’il menait une vie familiale très rangée), ou adepte des boites de nuit (quand la légende le décrit comme un casanier presque reclus). Ce décalage comique associé à l’excentricité de Malkovich et de ses tenues, et à la crédulité de ses victimes est alors irrésistible... Ainsi, la naïveté des victimes rend compte à la fois de leur inculture totale, mais aussi de leur fascination démesurée à l’égard de l’imposteur qui leur fait entendre ce qu’elles ont envie d’entendre dans leurs rêves de gloire. Véritable miroir aux alouettes, Conway devient emblématique d’une superficialité assumée (au point de ne même pas connaître les films de son modèle) et d’une duplicité opportuniste en profitant de la discrétion du cinéaste et en jouant sur ses propres désirs de célébrité comme sur ceux de ses victimes. La perversité du star system est alors à ce point ironique que c’est justement en essayant de s’en exclure totalement que Stanley Kubrick en a été victime, peu de photos de lui circulant alors dans les média...

Cependant, si la farce est amusante et John Malkovich génial, on regrette que le cinéaste ait également voulu jouer sur les deux "tableaux": Kubrick, lui-même et son imposteur... On se perd finalement entre ces deux portraits: un hommage raté au réalisateur, et un portrait baclé de son usurpateur...

Julie Chamard

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