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Dans les années
90, un anglais nommé Alan Conway
(John Malkovich) se fait passer pour un
des cinéastes les plus célèbres
et les plus discrets de tous les temps,
Stanley Kubrick. Abusant de la notoriété
du réalisateur, il profite de la
crédulité de ses victimes
pour leur soutirer de l’argent ou
assouvir ses penchants sexuels...
L’histoire véridique d’Alan
Conway peut prêter à divers
traitements, et l’angle comique n’est
certainement pas le moins justifié
tant certains éléments constituent
en soi une bonne base pour une comédie!
Ainsi, les auteurs se sont focalisés
sur l’aspect comique de la situation
et de ce personnage, quitte à en
rajouter beaucoup comme pour l’excentricité
des vêtements ou l’attitude
parfois outrancière de John Malkovich...
La première partie du film présente
ainsi le personnage de Conway en parallèle
avec les différentes victimes qu’il
a abusé dans un jeu de cache-cache
parfois brillant et pour le moins réjouissant
quant aux diverses combines de l’usurpateur.
Et plus c’est gros, plus ça
marche! La véritable réussite
comique du film se situe ainsi dans cette
caractéristique véridique
de Conway qui ne connaissait rien de la
vie de Kubrick et n’utilisait dès
lors le cinéaste que comme un prête-nom
pour abuser des personnes trop crédules,
bien aidé en cela par la discrétion
proche de la claustration du réalisateur
propice alors à toutes les mythologies.
Ainsi, Conway campé par Malkovich
forme une antithèse absolue du cinéaste,
et l’on découvre au fil de
ses pérégrinations un faux
Kubrick fan de heavy metal (alors qu'on
connaît maintenant le penchant du
réalisateur pour la musique classique
!), homosexuel affiché (alors qu’il
menait une vie familiale très rangée),
ou adepte des boites de nuit (quand la légende
le décrit comme un casanier presque
reclus). Ce décalage comique associé
à l’excentricité de
Malkovich et de ses tenues, et à
la crédulité de ses victimes
est alors irrésistible... Ainsi,
la naïveté des victimes rend
compte à la fois de leur inculture
totale, mais aussi de leur fascination démesurée
à l’égard de l’imposteur
qui leur fait entendre ce qu’elles
ont envie d’entendre dans leurs rêves
de gloire. Véritable miroir aux alouettes,
Conway devient emblématique d’une
superficialité assumée (au
point de ne même pas connaître
les films de son modèle) et d’une
duplicité opportuniste en profitant
de la discrétion du cinéaste
et en jouant sur ses propres désirs
de célébrité comme
sur ceux de ses victimes. La perversité
du star system est alors à ce point
ironique que c’est justement en essayant
de s’en exclure totalement que Stanley
Kubrick en a été victime,
peu de photos de lui circulant alors dans
les média...
Cependant, si la farce est amusante et John
Malkovich génial, on regrette que
le cinéaste ait également
voulu jouer sur les deux "tableaux":
Kubrick, lui-même et son imposteur...
On se perd finalement entre ces deux portraits:
un hommage raté au réalisateur,
et un portrait baclé de son usurpateur...
Julie Chamard
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