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ZeStory - Sur les quatrièmes
de couverture de la plupart de vos livres,
vous êtes présenté comme
un « écrivain-voyageur ».
Que signifie cette expression pour vous
?
Jean-Luc Coatalem - Il s’agit d’une
facilité éditoriale. A partir
du moment où les gens voyagent un
peu et qu’ils écrivent ensuite,
cette étiquette d’écrivain-voyageur
leur colle à la peau. C’est
une manie probablement française
de vouloir ainsi cataloguer tout le monde.
Je suis toujours un peu gêné
parce que, derrière cette étiquette,
des questions compliquées restent
en suspens : « Qu’est-ce qu’un
voyageur ? », « Qu’est-ce
qu’un écrivain ? ». Alors
être « écrivain-voyageur
», cela multiplie à l’infini
les interrogations. J’ai peu de réponses
définitives là-dessus à
vous donner ou alors elles seraient fluctuantes
avec le temps. Je me sens à la fois
écrivain-voyageur et pas du tout.
Quelle est votre relation au voyage
?
J’ai eu cette chance ou cette malchance
d’avoir une enfance un peu brinquebalée
au hasard des garnisons et des mutations
de mon père qui était officier
dans le génie. J’ai voyagé
naturellement : je compte onze déménagements,
quatorze écoles différentes.
J’ai été une sorte de
« romanichel sans roulottes ».
Le voyage ou en tout cas le déplacement
géographique a fait partie de ma
vie.
En quoi cette enfance a-t-elle
pesé sur vos voyages à venir
?
Quand j’ai commencé à
voyager pour des raisons professionnelles
et par intérêt personnel, je
l’ai conçu comme un retour
vers quelque chose que j’avais perdu :
Tahiti et Madagascar. Mes deux éblouis-sements,
mes deux insolations. Mes souvenirs d’enfant
ne remontent pas au-delà de la Polynésie.
Me rendant aujourd’hui en Polynésie,
je ne fais que revenir vers une terre «
natale ». De même que Madagascar
- où j’ai passé mon
adolescence - compte énormément
à mes yeux. C’est là,
à ce moment clé de mon existence,
que j’ai pris conscience d’un
certain nombre de choses…
Partir pour revenir
Donc retournant vers des pays qui étaient
plus chauds, plus colorés, plus exotiques
que Paris ou la Bretagne, je revenais vers
moi-même. Je ne partais pas, je revenais.
En 1991, 1992, quand j’ai commencé
vraiment à publier mes livres avec
Capitaine, Affaires indigènes,
etc., les gens me disaient : « C’est
incroyable quelqu’un qui écrit
comme Somerset Maugham ou qui a un tel univers.
» Mais non, cela n’avait rien
d’incroyable ! C’était
tout simplement mon univers depuis l’enfance.
C’était pour moi beaucoup plus
exotique de parler de la gare de Lyon.
Qu’avez-vous retenu de cette
expérience ?
Avant tout, que voyager n’avait pas
la même signification pour moi que
pour les autres. Le voyage, c’est
généralement un aller et un
retour. Mais dans ces pays-là, j’y
ai vécu trois ans à chaque
fois. Ce qui n’était pas sans
conséquences. Quand je suis revenu
de Tahiti, nous avons habité un an
à Royan. Je me souviens que mes petits
camarades d’écoles m’appelaient
« le Tahitien », preuve d’un
décalage par rapport à eux.
A mon retour de Madagascar, ce décalage
était encore plus flagrant parce
que j’avais suivi des cours par correspondance
– autant dire rien -, l’école
sur place ayant fermé pour des raisons
politiques. Le voyage, c’était
quelque chose qui m’avait rendu étranger
aux autres, à une histoire commune,
à des amitiés d’enfance.
J’étais complètement
excentré. Une situation que j’ai
retrouvée par la suite en travaillant
longtemps comme journaliste « free
lance », c’est-à-dire
extérieur à une rédaction.
Ce sentiment d’être
en décalage est-il présent
dans votre travail d’écrivain
?
Oui, car écrire, c’est être
avec les autres et tout seul. C’est
pour eux et contre eux. C’est être
à la fois ensemble et séparé.
La publication d’un livre est toujours
pour moi un moment très difficile
et inquiétant à vivre. Jusqu’où
aller ? Que raconter ?
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