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Jean-Luc Coatalem, voyager à dessein
Journaliste et écrivain-voyageur, Jean-Luc Coatalem parcourt le monde depuis plus de vingt ans. Avec La consolation des voyages, un ouvrage à caractère autobiographique, il poursuit une réflexion déjà esquissée dans Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin. Il s'en explique pour nous et revient sur sa relation au voyage...


ZeStory - Sur les quatrièmes de couverture de la plupart de vos livres, vous êtes présenté comme un « écrivain-voyageur ». Que signifie cette expression pour vous ?

Jean-Luc Coatalem - Il s’agit d’une facilité éditoriale. A partir du moment où les gens voyagent un peu et qu’ils écrivent ensuite, cette étiquette d’écrivain-voyageur leur colle à la peau. C’est une manie probablement française de vouloir ainsi cataloguer tout le monde. Je suis toujours un peu gêné parce que, derrière cette étiquette, des questions compliquées restent en suspens : « Qu’est-ce qu’un voyageur ? », « Qu’est-ce qu’un écrivain ? ». Alors être « écrivain-voyageur », cela multiplie à l’infini les interrogations. J’ai peu de réponses définitives là-dessus à vous donner ou alors elles seraient fluctuantes avec le temps. Je me sens à la fois écrivain-voyageur et pas du tout.

Quelle est votre relation au voyage ?

J’ai eu cette chance ou cette malchance d’avoir une enfance un peu brinquebalée au hasard des garnisons et des mutations de mon père qui était officier dans le génie. J’ai voyagé naturellement : je compte onze déménagements, quatorze écoles différentes. J’ai été une sorte de « romanichel sans roulottes ». Le voyage ou en tout cas le déplacement géographique a fait partie de ma vie.

En quoi cette enfance a-t-elle pesé sur vos voyages à venir ?

Quand j’ai commencé à voyager pour des raisons professionnelles et par intérêt personnel, je l’ai conçu comme un retour vers quelque chose que j’avais perdu : Tahiti et Madagascar. Mes deux éblouis-sements, mes deux insolations. Mes souvenirs d’enfant ne remontent pas au-delà de la Polynésie. Me rendant aujourd’hui en Polynésie, je ne fais que revenir vers une terre « natale ». De même que Madagascar - où j’ai passé mon adolescence - compte énormément à mes yeux. C’est là, à ce moment clé de mon existence, que j’ai pris conscience d’un certain nombre de choses…

Partir pour revenir

Donc retournant vers des pays qui étaient plus chauds, plus colorés, plus exotiques que Paris ou la Bretagne, je revenais vers moi-même. Je ne partais pas, je revenais. En 1991, 1992, quand j’ai commencé vraiment à publier mes livres avec Capitaine, Affaires indigènes, etc., les gens me disaient : « C’est incroyable quelqu’un qui écrit comme Somerset Maugham ou qui a un tel univers. » Mais non, cela n’avait rien d’incroyable ! C’était tout simplement mon univers depuis l’enfance. C’était pour moi beaucoup plus exotique de parler de la gare de Lyon.

Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?

Avant tout, que voyager n’avait pas la même signification pour moi que pour les autres. Le voyage, c’est généralement un aller et un retour. Mais dans ces pays-là, j’y ai vécu trois ans à chaque fois. Ce qui n’était pas sans conséquences. Quand je suis revenu de Tahiti, nous avons habité un an à Royan. Je me souviens que mes petits camarades d’écoles m’appelaient « le Tahitien », preuve d’un décalage par rapport à eux. A mon retour de Madagascar, ce décalage était encore plus flagrant parce que j’avais suivi des cours par correspondance – autant dire rien -, l’école sur place ayant fermé pour des raisons politiques. Le voyage, c’était quelque chose qui m’avait rendu étranger aux autres, à une histoire commune, à des amitiés d’enfance. J’étais complètement excentré. Une situation que j’ai retrouvée par la suite en travaillant longtemps comme journaliste « free lance », c’est-à-dire extérieur à une rédaction.

Ce sentiment d’être en décalage est-il présent dans votre travail d’écrivain ?

Oui, car écrire, c’est être avec les autres et tout seul. C’est pour eux et contre eux. C’est être à la fois ensemble et séparé. La publication d’un livre est toujours pour moi un moment très difficile et inquiétant à vivre. Jusqu’où aller ? Que raconter ?

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 A lire sur ZeStory
La consolation des voyages
Actus | semaine du 24/03/04
Coatalem, graine d'espoir
Belle Histoire
Coatalem, Gauguin par K.-O.
Belle Histoire
   
 Cinq dates
1963 : Naissance
1965-1968 : Séjour à Tahiti
1971-1974 : Séjour à Madagascar
1985 : Parution de Triste Sire au Dilettante
novembre 2003 : Reportage pour Géo aux îles de la Madeleine (Canada)
   
 
 Bibliographie
La consolation des voyages, Grasset, 2004
>> Achetez ce livre
Suite indochinoise, Le Dilettante, 2004
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Rien de neuf à Fort Bongo, Casterman, 2004
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Jolie mer de Chine, Casterman, 2002
>> Achetez ce livre
Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin, Grasset, 2001
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50.000 dinars, Reporter, 2000
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Le Fils du fakir, Grasset, 1998
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Les Beaux horizons, Le Dilettante, 1997
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Mission au Paraguay, Grasset, 1996
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Tout est factice, Grasset, 1995
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Villa Zaouche, Grasset, 1994
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Affaires indigènes, Flammarion, 1992
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Capitaine, Flammarion, 1991
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Fièvre jaune, Le Dilettante, 1989
Petite Papouasie, Robert Laffont, 1986
Zone tropicale, Le Dilettante, 1986
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Triste sire, Le Dilettante, 1985
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 Et aussi...
Site Internet des Editions Grasset
Extrait de Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin
Extrait du Fils du fakir
Site Internet des Editions du Dilettante
Site Internet du magazine Géo
   
 
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