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Cela a dû être encore
plus vrai pour La consolation des voyages
qui est un livre plus autobiographique et
plus intime ?
C’est évident. Déjà
mon essai sur Gauguin [Je suis dans
les mers du Sud. Sur les traces de Paul
Gauguin, ndlr] était, curieusement,
assez intime. La consolation des voyages
l’est aussi mais dans une intimité
maîtrisée. Je sais exactement
ce que j’écris. Il y a des
choses un peu codées, pas fausses
mais réarrangées ou réorchestrées.
Ce sont des livres qui me posent problème
par rapport à ma famille, à
mon entourage sentimental. De ce point de
vue, un écrivain-voyageur ne se contente
pas de prendre un avion pour faire vibrer
son petit violon sentimental sur le Mékong
ou sur les bords du Mississippi. Il remet
en cause sa propre trajectoire…
Ce livre ne se présente-t-il
pas comme un bilan avant de passer à
autre chose ?
Oui et non. Je suis de plus en plus attiré
par le dessin, le croquis, etc. Je pense
que je continuerais à écrire
évidemment. L’écriture
est une forme de lecture du monde. Mais
je pourrais être demain un peintre
voyageur. Il n’y a pas d’opposition
entre les deux. Dans les cultures asiatiques
qui me fascinent beaucoup, écrire
et peindre, c’est la même chose.
Les idéogrammes relèvent à
la fois de l’écriture et de
la peinture. Ecrire, voyager et peindre,
c’est un même mouvement, une
même énergie, une même
quête.
Est-ce que travailler avec le dessinateur
Loustal sur des projets de bandes dessinées,
comme 50.000 dinars, Jolie
mer de Chine ou, plus récemment,
Rien de neuf à Fort Bongo,
répond à ce désir d’images
?
Ah, peut-être inconsciemment oui.
Mais là, ce sont les images de Loustal
alors que je souhaiterais mes images à
moi.
Mais ce sont ses images à
lui sur vos écrits à vous...
Pour moi, le travail du dessinateur tel
que je le pratique ne correspond pas à
un travail de réalisme. Je ne cherche
pas la vraisemblance ou l’exactitude.
Dans mon carnet, je vais faire des collages,
puis dessiner autour et écrire quelques
mots. Il s’agit d’une sorte
d’appropriation de mon environnement
par le dessin et l’écrit.
Pour en revenir à La
consolation des voyages, quand vous
écrivez dans la première phrase
: « Je crois être toujours parti,
malgré moi », vous évoquez
bien entendu votre enfance et votre adolescence.
Mais cette phrase ne traduit-elle pas votre
relation avec le voyage aujourd’hui
?
La phrase est volontairement très
ambiguë. Comme si le voyage était,
chez moi, une forme d’obligation.
Une obligation familiale et, en même
temps, une nécessité pour
trouver ce que je n’ai pas ici ou
plus ici ou que je n’arrive pas à
retrouver. Qu’est-ce que c’est
? Ce serait beaucoup plus compliqué
à déterminer. Je ne parviens
pas à mettre des mots là-dessus.
Dans la vie de tous les jours, on perd une
forme d’essentiel. L’essentiel
disparaît dans un réseau d’habitudes,
de réflexes conditionnés,
de rapports sociaux ou professionnels. Cela
ne nous permet plus de voir. Or, comme disait
Breton, il nous faut retrouver la «
sauvagerie de l’œil ».
Le voyage me redonne momentanément
cela : une liberté d’agir,
une liberté de faire, une liberté
de voir ou, au contraire, une liberté
de ne pas agir, faire et voir. Sans oublier
une proximité avec les êtres
et les choses. Si j’avais cela ici,
je ne partirais pas. Car en fait le monde
est rond…
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