© Grasset
Jean-Luc Coatalem, voyager à dessein
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Cela a dû être encore plus vrai pour La consolation des voyages qui est un livre plus autobiographique et plus intime ?

C’est évident. Déjà mon essai sur Gauguin [Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin, ndlr] était, curieusement, assez intime. La consolation des voyages l’est aussi mais dans une intimité maîtrisée. Je sais exactement ce que j’écris. Il y a des choses un peu codées, pas fausses mais réarrangées ou réorchestrées. Ce sont des livres qui me posent problème par rapport à ma famille, à mon entourage sentimental. De ce point de vue, un écrivain-voyageur ne se contente pas de prendre un avion pour faire vibrer son petit violon sentimental sur le Mékong ou sur les bords du Mississippi. Il remet en cause sa propre trajectoire…

Ce livre ne se présente-t-il pas comme un bilan avant de passer à autre chose ?

Oui et non. Je suis de plus en plus attiré par le dessin, le croquis, etc. Je pense que je continuerais à écrire évidemment. L’écriture est une forme de lecture du monde. Mais je pourrais être demain un peintre voyageur. Il n’y a pas d’opposition entre les deux. Dans les cultures asiatiques qui me fascinent beaucoup, écrire et peindre, c’est la même chose. Les idéogrammes relèvent à la fois de l’écriture et de la peinture. Ecrire, voyager et peindre, c’est un même mouvement, une même énergie, une même quête.

Est-ce que travailler avec le dessinateur Loustal sur des projets de bandes dessinées, comme 50.000 dinars, Jolie mer de Chine ou, plus récemment, Rien de neuf à Fort Bongo, répond à ce désir d’images ?

Ah, peut-être inconsciemment oui. Mais là, ce sont les images de Loustal alors que je souhaiterais mes images à moi.

Mais ce sont ses images à lui sur vos écrits à vous...

Pour moi, le travail du dessinateur tel que je le pratique ne correspond pas à un travail de réalisme. Je ne cherche pas la vraisemblance ou l’exactitude. Dans mon carnet, je vais faire des collages, puis dessiner autour et écrire quelques mots. Il s’agit d’une sorte d’appropriation de mon environnement par le dessin et l’écrit.

Pour en revenir à La consolation des voyages, quand vous écrivez dans la première phrase : « Je crois être toujours parti, malgré moi », vous évoquez bien entendu votre enfance et votre adolescence. Mais cette phrase ne traduit-elle pas votre relation avec le voyage aujourd’hui ?

La phrase est volontairement très ambiguë. Comme si le voyage était, chez moi, une forme d’obligation. Une obligation familiale et, en même temps, une nécessité pour trouver ce que je n’ai pas ici ou plus ici ou que je n’arrive pas à retrouver. Qu’est-ce que c’est ? Ce serait beaucoup plus compliqué à déterminer. Je ne parviens pas à mettre des mots là-dessus. Dans la vie de tous les jours, on perd une forme d’essentiel. L’essentiel disparaît dans un réseau d’habitudes, de réflexes conditionnés, de rapports sociaux ou professionnels. Cela ne nous permet plus de voir. Or, comme disait Breton, il nous faut retrouver la « sauvagerie de l’œil ». Le voyage me redonne momentanément cela : une liberté d’agir, une liberté de faire, une liberté de voir ou, au contraire, une liberté de ne pas agir, faire et voir. Sans oublier une proximité avec les êtres et les choses. Si j’avais cela ici, je ne partirais pas. Car en fait le monde est rond…

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 A lire sur ZeStory
La consolation des voyages
Actus | semaine du 24/03/04
Coatalem, graine d'espoir
Belle Histoire
Coatalem, Gauguin par K.-O.
Belle Histoire
   
 Cinq dates
1963 : Naissance
1965-1968 : Séjour à Tahiti
1971-1974 : Séjour à Madagascar
1985 : Parution de Triste Sire au Dilettante
novembre 2003 : Reportage pour Géo aux îles de la Madeleine (Canada)
   
 
 Bibliographie
La consolation des voyages, Grasset, 2004
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Suite indochinoise, Le Dilettante, 2004
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Rien de neuf à Fort Bongo, Casterman, 2004
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Jolie mer de Chine, Casterman, 2002
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Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin, Grasset, 2001
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50.000 dinars, Reporter, 2000
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Le Fils du fakir, Grasset, 1998
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Les Beaux horizons, Le Dilettante, 1997
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Mission au Paraguay, Grasset, 1996
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Tout est factice, Grasset, 1995
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Villa Zaouche, Grasset, 1994
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Affaires indigènes, Flammarion, 1992
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Capitaine, Flammarion, 1991
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 Et aussi...
Site Internet des Editions Grasset
Extrait de Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin
Extrait du Fils du fakir
Site Internet des Editions du Dilettante
Site Internet du magazine Géo
   
 
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