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Jean-Luc Coatalem, voyager à dessein
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


C’est pour cette raison que vous recherchez aujourd’hui des destinations plus insolites comme celles évoquées dans La consolation des voyages ?

De 1991 à aujourd’hui, j’ai été journaliste pour des magazines dits de découvertes ou de voyages : Grands reportages, Figaro magazine, Vogue, Géo. J’allais en service commandé pendant huit jours, dix jours maximum avec ou sans photographe sur des destinations obligées même si j’avais une certaine liberté. Et là il fallait que je rende mon papier. C’étaient des années formidables. Mais j’ai écrit trois papiers sur Chicago en y allant trois fois. J’ai été quatre fois en Thaïlande, etc. A un moment donné, vous saturez complètement. J’éprouvais le besoin de retrouver des espaces où je n’avais pas été - ce qui est quand même assez facile : il y en a encore beaucoup -, des lieux où il n’y avait pas trop de monde et de touristes, des endroits qui sortent de l’ordinaire. Il fallait que je retrouve une forme de virginité et de curiosité. C’est en allant dans ces endroits extrêmes ou impossibles ou ratés ou invraisemblables – j’en cite un certain nombre – que la machine se remet en marche.

Est-ce que ce n’est pas aussi le choix d’espaces vierges de littérature ?

Non parce que j’aime bien aller dans des endroits où d’autres sont déjà passés et ont laissé leur empreinte. Je ne crois pas au monde vierge. Le paysage en tant que tel ne m’intéresse pas. La nature m’ennuie terriblement, elle m’effraie. La chlorophylle me tétanise. J’ai besoin d’un paysage qui soit un peu labouré par un imaginaire. Que ce soit Francisco Coloane à Chiloé, Bruce Chatwin en Patagonie, Victor Segalen à Pékin. C’est pour cela aussi que Gauguin m’a fasciné. J’aime bien les traces. Sinon on est encore plus seul. J’aime savoir qu’à Pékin, il y a eu Segalen. Et Segalen, qui est un écrivain majeur, est lui-même quelqu’un qui a lu beaucoup avant de voyager. Je crois beaucoup à la filiation et à la transmission. Il y a un voyage dans l’espace et la géographie mais il y a aussi un voyage dans l’histoire et le temps. Chercher à retrouver la maison de Pierre Loti à Saint-Louis-du-Sénégal avec Loustal, celles de Segalen à Pékin… Tout cela participe pour moi d’une appropriation, d’une meilleure compréhension de l’espace.

Vous venez de parler de solitude, une solitude que les livres viendraient rompre partiellement. Est-ce que le voyage est un plaisir solitaire ?

Au fond, je le conçois ainsi. Si possible sans photographe lorsqu’il s’agit d’un reportage. S’il est question maintenant d’un périple plus « extrême », la donne est alors différente. J’ai le projet en octobre ou en novembre de me rendre au pôle Sud sur un brise-glace russe qui part de Ushuaia et va dans la péninsule antarctique. C’est un voyage qui demande une bonne condition physique et un entraînement spécial car, une fois sur la base Dumont d’Urville, il faut remonter sur mille deux cents kilomètres à travers les glaces jusqu’à quatre mille mètres d’altitude pour atteindre la base de Concordia. Là il n’est pas question de partir seul. Mais pour dériver dans une ville, oui, je préfère être seul pour rencontrer des gens, être plus à l’écoute… Mais il ne faut pas non plus que cela dure plus de trois semaines comme au Paraguay par exemple où j’ai vécu des moments de solitude incroyable…

En dehors de Tahiti et Madagascar, quelle est votre géographie intime ?

Il y a eu le Vietnam auquel j’ai consacré le recueil d’articles Suite indochinoise mais j’ai l’impression d’en avoir fait le tour. Je suis beaucoup plus attiré aujourd’hui par des pays comme le Canada, Terre-Neuve, le pôle Sud… Des espaces un peu austères. Chaque fois des pays maritimes. Et la Bretagne. La Bretagne sera sans doute le sujet de mon prochain livre. En prenant un peu d’âge, je m’aperçois que c’est un socle assez fort...

Propos recueillis par Fabien Spillmann

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 A lire sur ZeStory
La consolation des voyages
Actus | semaine du 24/03/04
Coatalem, graine d'espoir
Belle Histoire
Coatalem, Gauguin par K.-O.
Belle Histoire
   
 Cinq dates
1963 : Naissance
1965-1968 : Séjour à Tahiti
1971-1974 : Séjour à Madagascar
1985 : Parution de Triste Sire au Dilettante
novembre 2003 : Reportage pour Géo aux îles de la Madeleine (Canada)
   
 
 Bibliographie
La consolation des voyages, Grasset, 2004
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Suite indochinoise, Le Dilettante, 2004
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Rien de neuf à Fort Bongo, Casterman, 2004
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Jolie mer de Chine, Casterman, 2002
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Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin, Grasset, 2001
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50.000 dinars, Reporter, 2000
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Le Fils du fakir, Grasset, 1998
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Les Beaux horizons, Le Dilettante, 1997
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Mission au Paraguay, Grasset, 1996
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Tout est factice, Grasset, 1995
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Villa Zaouche, Grasset, 1994
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Affaires indigènes, Flammarion, 1992
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Capitaine, Flammarion, 1991
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Fièvre jaune, Le Dilettante, 1989
Petite Papouasie, Robert Laffont, 1986
Zone tropicale, Le Dilettante, 1986
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 Et aussi...
Site Internet des Editions Grasset
Extrait de Je suis dans les mers du Sud. Sur les traces de Paul Gauguin
Extrait du Fils du fakir
Site Internet des Editions du Dilettante
Site Internet du magazine Géo
   
 
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