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C’est pour cette raison que
vous recherchez aujourd’hui des destinations
plus insolites comme celles évoquées
dans La consolation des voyages
?
De 1991 à aujourd’hui, j’ai
été journaliste pour des magazines
dits de découvertes ou de voyages
: Grands reportages, Figaro
magazine, Vogue, Géo.
J’allais en service commandé
pendant huit jours, dix jours maximum avec
ou sans photographe sur des destinations
obligées même si j’avais
une certaine liberté. Et là
il fallait que je rende mon papier. C’étaient
des années formidables. Mais j’ai
écrit trois papiers sur Chicago en
y allant trois fois. J’ai été
quatre fois en Thaïlande, etc. A un
moment donné, vous saturez complètement.
J’éprouvais le besoin de retrouver
des espaces où je n’avais pas
été - ce qui est quand même
assez facile : il y en a encore beaucoup
-, des lieux où il n’y avait
pas trop de monde et de touristes, des endroits
qui sortent de l’ordinaire. Il fallait
que je retrouve une forme de virginité
et de curiosité. C’est en allant
dans ces endroits extrêmes ou impossibles
ou ratés ou invraisemblables –
j’en cite un certain nombre –
que la machine se remet en marche.
Est-ce que ce n’est pas aussi
le choix d’espaces vierges de littérature
?
Non parce que j’aime bien aller dans
des endroits où d’autres sont
déjà passés et ont
laissé leur empreinte. Je ne crois
pas au monde vierge. Le paysage en tant
que tel ne m’intéresse pas.
La nature m’ennuie terriblement, elle
m’effraie. La chlorophylle me tétanise.
J’ai besoin d’un paysage qui
soit un peu labouré par un imaginaire.
Que ce soit Francisco Coloane à Chiloé,
Bruce Chatwin en Patagonie, Victor Segalen
à Pékin. C’est pour
cela aussi que Gauguin m’a fasciné.
J’aime bien les traces. Sinon on est
encore plus seul. J’aime savoir qu’à
Pékin, il y a eu Segalen. Et Segalen,
qui est un écrivain majeur, est lui-même
quelqu’un qui a lu beaucoup avant
de voyager. Je crois beaucoup à la
filiation et à la transmission. Il
y a un voyage dans l’espace et la
géographie mais il y a aussi un voyage
dans l’histoire et le temps. Chercher
à retrouver la maison de Pierre Loti
à Saint-Louis-du-Sénégal
avec Loustal, celles de Segalen à
Pékin… Tout cela participe
pour moi d’une appropriation, d’une
meilleure compréhension de l’espace.
Vous venez de parler de solitude,
une solitude que les livres viendraient
rompre partiellement. Est-ce que le voyage
est un plaisir solitaire ?
Au fond, je le conçois ainsi. Si
possible sans photographe lorsqu’il
s’agit d’un reportage. S’il
est question maintenant d’un périple
plus « extrême », la donne
est alors différente. J’ai
le projet en octobre ou en novembre de me
rendre au pôle Sud sur un brise-glace
russe qui part de Ushuaia et va dans la
péninsule antarctique. C’est
un voyage qui demande une bonne condition
physique et un entraînement spécial
car, une fois sur la base Dumont d’Urville,
il faut remonter sur mille deux cents kilomètres
à travers les glaces jusqu’à
quatre mille mètres d’altitude
pour atteindre la base de Concordia. Là
il n’est pas question de partir seul.
Mais pour dériver dans une ville,
oui, je préfère être
seul pour rencontrer des gens, être
plus à l’écoute…
Mais il ne faut pas non plus que cela dure
plus de trois semaines comme au Paraguay
par exemple où j’ai vécu
des moments de solitude incroyable…
En dehors de Tahiti et Madagascar,
quelle est votre géographie intime
?
Il y a eu le Vietnam auquel j’ai
consacré le recueil d’articles
Suite indochinoise mais j’ai
l’impression d’en avoir fait
le tour. Je suis beaucoup plus attiré
aujourd’hui par des pays comme le
Canada, Terre-Neuve, le pôle Sud…
Des espaces un peu austères. Chaque
fois des pays maritimes. Et la Bretagne.
La Bretagne sera sans doute le sujet de
mon prochain livre. En prenant un peu d’âge,
je m’aperçois que c’est
un socle assez fort...
Propos recueillis par Fabien Spillmann
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Cogez
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Michaud-Larivière
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Au sommaire de notre dossier " Les
écrivains voyageurs "
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