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Comment concevez-vous votre travail
?
Je publie ce que j’ai envie de publier.
Je suis absolument libre. Cette maison a
pour vocation d’être un espace
de liberté. Si on a la chance aujourd’hui
d’avoir un tissu éditorial
très diversifié, il est rare
d’y trouver des zones de liberté
indépendantes des pressions économiques.
Je souhaite défendre les écrivains
que j’aime et donner à ma curiosité
du monde une traduction éditoriale.
Et le choix de la Normandie ?
Ce sont mes origines. Ce n’est
pas tant pour revenir vers elles que j’ai
choisi la Normandie. Mais j’ai besoin
de la mer. J’aime cette mer. J’aime
cette région. En plus, elle a l’avantage
de ne pas être loin de Paris. Et puis,
aujourd’hui, la distance n’est
plus un problème grâce aux
moyens de communication. Mon tropisme maritime
m’incite également à
faire des livres autour de la mer. Je tiens
à publier des ouvrages sur la Normandie
qui seront aussi des récits de voyage.
Car l’exotisme peut être au
coin de la rue. C’est juste une question
de regard…
Quelle est pour vous la définition
de l’écrivain voyageur ?
Je n’en ai pas car, pour
moi, il n’y a pas de définition
qui vaille. Il y a de bons écrivains,
point. Ils peuvent être des écrivains
de voyages, des auteurs de polars, etc.
Je me méfie des étiquettes
d’autant plus qu’on vous les
colle très vite dans ce milieu…
Georges Simenon, le père de Maigret,
est un grand écrivain maritime. Beaucoup
de ses livres se passent sur des bateaux
ou dans des ports. C’est dix fois
plus fort que des écrivains dits
« maritimes ». Beaucoup de récits
de voyage m’ennuient. Il y a le voyage
mais pas toujours la grâce de l'écriture.
Un écrivain, d’après
moi, c’est avant tout un style, un
tempérament. Qu’il soit « écrivain voyageur » ou non,
peu importe.
C’est la raison pour laquelle
les deux seuls essais que vous ayez consacrés
à des écrivains - Roger Nimier
en 1989 et Guy de Maupassant en 2000 –
portent sur des auteurs qui ne peuvent pas
être considérés comme
des écrivains voyageurs ?
Pour Roger Nimier, c’est évident.
Pour Maupassant, beaucoup moins. Je l’ai
tiré peut-être plus vers la
littérature de voyage, vers la mer
que d’autres ne l’auraient fait.
C’est ma vision. Mais Maupassant a
été tout de même un
grand écrivain du voyage qu’on
le veuille ou non. Ce n’est pas l’image
que l’on a de lui. Il a pourtant écrit
de très nombreux récits de
voyage. Ce n’est pas un explorateur
mais c’est un écrivain pour
qui l’Ailleurs est essentiel…
Les titres de ces deux essais
renvoient à l’imaginaire du
voyage avec les termes de « clandestin
» pour Maupassant ou de « trafiquant
» pour Nimier. Est-ce purement fortuit
?
« Trafiquant », c’est
dans Rimbaud. Nimier n’est pas du
tout un écrivain du voyage. C’était
un écrivain sur lequel j’avais
envie de m’exprimer, à la fois
par admiration et par agacement. C’est
un écrivain qui vous donne envie
de lire quand vous avez dix-huit ou dix-neuf
ans. A l’époque, il était
un peu oublié. Pour Maupassant, le
cheminement est très différent.
A l’origine, c’est plutôt
une proximité géographique
qui me lie à lui. Je connais les
lieux où il a vécu en Normandie.
Quand j’ai commencé à
travailler sur cet essai, je me suis aperçu
combien la mer avait joué un rôle
important pour lui…
Pour vous aussi, comme en témoigne
Un homme à la mer. Mais
ce prisme maritime est déjà
présent dans votre premier roman,
Basse saison, où votre héros
exprime sa « nostalgie des paquebots
». Celle-ci renvoie chez vous à
votre propre enfance…
Un écrivain, c’est l’enfance.
Qu’on le veuille ou non, on est toujours
déterminé par cela. La mer
a énormément compté
pour moi à travers mon père
qui était capitaine au long cours.
La mer est ce monde de l’enfance.
J’ai vu la fin des paquebots, la fin
de l’aventure au long cours française.
C’est ce qui m’intéresse…
Un écrivain témoigne, à
sa manière, modestement d’un
monde qui disparaît… Nostalgique
? Oui et non, car le monde contemporain
m’intéresse plus que jamais.
Je le trouve terrible mais il me fascine…
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