Olivier Frébourg, la mer pour horizon
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Comment concevez-vous votre travail ?

Je publie ce que j’ai envie de publier. Je suis absolument libre. Cette maison a pour vocation d’être un espace de liberté. Si on a la chance aujourd’hui d’avoir un tissu éditorial très diversifié, il est rare d’y trouver des zones de liberté indépendantes des pressions économiques. Je souhaite défendre les écrivains que j’aime et donner à ma curiosité du monde une traduction éditoriale.

Et le choix de la Normandie ?

Ce sont mes origines. Ce n’est pas tant pour revenir vers elles que j’ai choisi la Normandie. Mais j’ai besoin de la mer. J’aime cette mer. J’aime cette région. En plus, elle a l’avantage de ne pas être loin de Paris. Et puis, aujourd’hui, la distance n’est plus un problème grâce aux moyens de communication. Mon tropisme maritime m’incite également à faire des livres autour de la mer. Je tiens à publier des ouvrages sur la Normandie qui seront aussi des récits de voyage. Car l’exotisme peut être au coin de la rue. C’est juste une question de regard…

Quelle est pour vous la définition de l’écrivain voyageur ?

Je n’en ai pas car, pour moi, il n’y a pas de définition qui vaille. Il y a de bons écrivains, point. Ils peuvent être des écrivains de voyages, des auteurs de polars, etc. Je me méfie des étiquettes d’autant plus qu’on vous les colle très vite dans ce milieu… Georges Simenon, le père de Maigret, est un grand écrivain maritime. Beaucoup de ses livres se passent sur des bateaux ou dans des ports. C’est dix fois plus fort que des écrivains dits « maritimes ». Beaucoup de récits de voyage m’ennuient. Il y a le voyage mais pas toujours la grâce de l'écriture. Un écrivain, d’après moi, c’est avant tout un style, un tempérament. Qu’il soit « écrivain voyageur » ou non, peu importe.

C’est la raison pour laquelle les deux seuls essais que vous ayez consacrés à des écrivains - Roger Nimier en 1989 et Guy de Maupassant en 2000 – portent sur des auteurs qui ne peuvent pas être considérés comme des écrivains voyageurs ?

Pour Roger Nimier, c’est évident. Pour Maupassant, beaucoup moins. Je l’ai tiré peut-être plus vers la littérature de voyage, vers la mer que d’autres ne l’auraient fait. C’est ma vision. Mais Maupassant a été tout de même un grand écrivain du voyage qu’on le veuille ou non. Ce n’est pas l’image que l’on a de lui. Il a pourtant écrit de très nombreux récits de voyage. Ce n’est pas un explorateur mais c’est un écrivain pour qui l’Ailleurs est essentiel…

Les titres de ces deux essais renvoient à l’imaginaire du voyage avec les termes de « clandestin » pour Maupassant ou de « trafiquant » pour Nimier. Est-ce purement fortuit ?

« Trafiquant », c’est dans Rimbaud. Nimier n’est pas du tout un écrivain du voyage. C’était un écrivain sur lequel j’avais envie de m’exprimer, à la fois par admiration et par agacement. C’est un écrivain qui vous donne envie de lire quand vous avez dix-huit ou dix-neuf ans. A l’époque, il était un peu oublié. Pour Maupassant, le cheminement est très différent. A l’origine, c’est plutôt une proximité géographique qui me lie à lui. Je connais les lieux où il a vécu en Normandie. Quand j’ai commencé à travailler sur cet essai, je me suis aperçu combien la mer avait joué un rôle important pour lui…

Pour vous aussi, comme en témoigne Un homme à la mer. Mais ce prisme maritime est déjà présent dans votre premier roman, Basse saison, où votre héros exprime sa « nostalgie des paquebots ». Celle-ci renvoie chez vous à votre propre enfance…

Un écrivain, c’est l’enfance. Qu’on le veuille ou non, on est toujours déterminé par cela. La mer a énormément compté pour moi à travers mon père qui était capitaine au long cours. La mer est ce monde de l’enfance. J’ai vu la fin des paquebots, la fin de l’aventure au long cours française. C’est ce qui m’intéresse… Un écrivain témoigne, à sa manière, modestement d’un monde qui disparaît… Nostalgique ? Oui et non, car le monde contemporain m’intéresse plus que jamais. Je le trouve terrible mais il me fascine…

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Un homme à la mer
Actus | semaine du 19/05/04
Frébourg, naufrage antillais
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Frébourg, journaliste en haute mer
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 Cinq dates
1965 : Naissance à Dieppe
1986 : Publication de son premier reportage dans Libération
1989 : Parution de Roger Nimier. Trafiquant d'insolence
1991 : Parution de son premier roman, Basse saison
2004 : Création des Editions des Equateurs
   
 
 Bibliographie
Un homme à la mer, Mercure de France, 2004
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Ports mythiques, Le Chêne, 2002
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Esquisses normandes, National Geographic, 2002
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Maupassant, le clandestin, Gallimard, 2002
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Ces étés-là, La Table ronde, 2000
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Port d'attache, Albin Michel, 1998
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Souviens-toi de Lisbonne, La Table ronde, 1998
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La vie sera plus belle, Albin Michel, 1994
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Basse saison, Albin Michel, 1991
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Roger Nimier. Trafiquant d'insolence, Le Rocher, 1989
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