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A l’image de Vincent Laurieu,
l’un des héros de Port
d’attache, qui « enfant,
[…] attendait sur un quai son père
de retour d’un grand voyage »,
vous aussi vous attendiez votre père
?
Oui, je n’ai fait que cela.
Après notre séjour aux Antilles,
mon père a continué à
naviguer à travers les océans.
J’ai suivi beaucoup de ses embarquements.
Je le rejoignais très fréquemment
lors de ses escales qui pouvaient durer
à l’époque plusieurs
jours. A ses côtés, j’assistais
aux différentes manœuvres d’appareillage.
Elles n’avaient plus de secrets pour
moi. Pour un peu, j’aurais pu prendre
le commandement (sourire)…
A quand remonte votre premier voyage
?
J’avais trois ans et demi.
Nous étions sur un paquebot qui faisait
route vers les Antilles. C’était
mon premier voyage au long cours. Ce bateau
va bientôt devenir pour moi le symbole
de l’enfance… et de la perte
de celle-ci. Il s’appelait Antilles.
Mon père l’avait commandé.
C’est à son bord qu’il
a appris ma naissance en 1965. C’est
avec lui que nous sommes allés aux
Antilles. Or, durant notre séjour,
ce paquebot a coulé dans des conditions
tragiques. Je l’évoque de manière
romanesque dans Port d’attache
et je reviens sur cet épisode dans
Un homme à la mer. Ce bateau
m’a accompagné toute ma vie.
D’ailleurs, j’en ai toujours
une photo avec moi.
Que représentent pour vous
les Antilles ?
Nous y avons vécu plus de
trois ans. A mes yeux, c’était
vraiment le paradis. Là, s’est
façonnée l’image du
bonheur, des tropiques, etc. Ensuite quand
je suis rentré en France, j’ai
découvert une réalité
toute différente : la province, l’hiver...
En dehors de cette traversée
à l’âge de trois ans
et demi, quelles sont vos autres expériences
maritimes ?
Aux Antilles, nous avons beaucoup
navigué. Ensuite, j’ai accompagné
mon père plusieurs fois : en mer
du Nord, dans l’Atlantique ou le Pacifique.
Plus décisif encore, il y a une dizaine
d’années, je suis parti faire
toutes les côtes d’Afrique de
l’Ouest en prenant un cargo au départ
d’Anvers : Sénégal,
Sierra Léone, Togo, Bénin,
le Cameroun, le Ghana. C’était
pour un reportage avec un photographe. Comme
toujours dans ce type de voyage, ce sont
surtout les escales qui en font l’attrait.
De ce point de vue, je n’ai pas été
déçu. Ce périple a
duré trois semaines. J’ai eu
un choc pour ce pays qu’est la Sierra
Leone.
Coup de foudre en Sierra
Leone
Un pays déjà plongé
dans la guerre civile mais d’une beauté
ensorcelante. D’une beauté
créole plus qu’africaine. Plus
proche de Haïti. Ce qui s’explique
par son histoire : il a été
fondé par des anciens esclaves revenus
en Afrique. Il y avait des bombardements
à trente kilomètres de Freetown.
Il n’y avait plus aucun Occidental
dans la ville. C’était en 1995.
Le pays était déjà
plongé dans le chaos, pour seul lien
avec le monde extérieur un cargo.
Il y a eu une véritable rencontre.
C’est plus un pays qui vous choisit
que vous qui le choisissez. Ce voyage a
joué le rôle de révélateur
pour moi. Il m’a ouvert au monde à
un moment où une page de ma vie était
en train de se tourner. Il a été
à la fois une petite mort et une
renaissance. Ce qui est toujours le cas
pour un voyage.
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