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A propos de ce continent, vous avez
participé à l’opération
« Portes d’Afrique ».
Cette entreprise initiée par Le
Figaro a donné lieu à
la publication chez Gallimard de Nouvelles
d’Afrique. Pourriez-vous évoquer
cette expérience ?
Quand on m’a parlé de ce projet
qui consistait à suivre les côtes
africaines à bord d’un voilier
en réunissant des écrivains,
des photographes, des dessinateurs et des
peintres, j’ai tout de suite répondu
favorablement. Je trouvais cette aventure
extraordinaire. On m’a proposé
de choisir l’étape. Je n’ai
pas hésité et mon choix s’est
porté sur Djibouti. Ce port m’a
toujours fait rêver. J’avais
déjà eu l’occasion plusieurs
fois d’y aller mais j’avais
préféré à chaque
fois différer ma rencontre avec cette
ville portuaire. Je tenais à y aller
dans des conditions particulières.
D’une certaine manière, je
me l’étais réservé.
C’est le grand port au-delà
de Suez. C’est une escale des messageries
maritimes. Et puis il y a avait Rimbaud,
Loti, Kessel…
L'Erythrée fantôme
Je devais rejoindre le bateau en Erythrée
pour me rendre à Djibouti. Mais arrivé
sur place, j’apprends que le bateau
avait une avarie matérielle et ne
pouvait pas poursuivre sa route dans l’immédiat.
Nous sommes restés plusieurs jours
à Massaoua. Comme pour la Sierra
Leone, j’ai eu un choc. Un pays hors
du monde, sans touristes et ni cartes bleues.
Un pays d’une beauté absolument
envoûtante. Grâce à ce
problème technique, j’ai pu
sillonner cette ville et ce pays comme je
le raconte dans Un homme à la
mer. Je vais d’ailleurs retourner
en Erythrée cette année, tellement
j’ai été fasciné
par ce pays.
Au fil de notre échange,
vous avez mentionné le nom de plusieurs
écrivains du voyage. Quel rôle
ont-ils joué dans vos propres voyages
? Est-ce que leur influence a été
déterminante ?
J’avais beaucoup lu Pessoa et Larbaud
avant d’aller au Portugal. Mais si
ce pays ne m’avait pas touché
intimement, au-delà de toutes références
littéraires, je n’y serais
sans doute pas retourné régulièrement
pendant une dizaine d’années.
Si on aime Rimbaud ou Kessel, on sera sensible
aux sortilèges de la mer Rouge. Cela
peut vous aider pour aller dans tel ou tel
pays. Mais, dans mon cas, ce n’est
pas déterminant. Quand je suis quelque
part, je lis souvent des écrivains
qui ont écrit dessus. Je vais cependant
toujours privilégier une relation
directe, sans intermédiaires, avec
le lieu où je me trouve. Ce qui importe
avant tout pour moi, c’est la relation
presque amoureuse qui va se nouer. Une alchimie
que vous ne vous expliquez pas toujours.
La littérature peut en être
l’un des ingrédients mais c’est
plus fort que cela.
Pour voyager, faut-il avoir un
port d’attache ?
C’est compliqué. A un moment
donné, j’en ai éprouvé
le besoin. Je suis revenu en Normandie pour
poser mes livres. Grâce à cela,
je suis encore plus disponible et plus libre.
J’ai adopté un port d’attache.
Un retour aux sources pour aller vers d’autres
sources, pour mieux repartir en quelque
sorte. Quand je me suis installé
à Sainte-Marguerite, mon horizon
s’est d’un seul coup dégagé…
Aujourd’hui, je ne me détermine
plus par rapport à Paris mais par
rapport à mes futures destinations
de voyage. Je me sens plus léger
pour partir et revenir.
Propos recueillis par Fabien Spillmann
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Cogez
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Michaud-Larivière
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Au sommaire de notre dossier " Les
écrivains voyageurs "
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