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ZeStory - Depuis quand fréquentez-vous
l’œuvre de Cendrars ? Comment
s’est opérée cette rencontre
?
Jérôme Michaud-Larivière
- Comme tout le monde, mon approche de Cendrars
remonte à l’école. Je
ne découvre alors que le poète
et encore qu’une infime partie de
son œuvre. Mais surtout j’ignore
l’énorme masse qui résulte
de ses voyages au Brésil. C’est
par l’intermédiaire d’amis
brésiliens que j’en entends
parler pour la première fois. Et,
au départ, je reste incrédule.
Il y a un culte Cendrars au Brésil,
à São Paolo principalement.
Moi le lettré français, j’étais
pris en flagrant délit d’imposture
culturelle ; mon ignorance éclatait
au grand jour. Cela m’a troublé.
C’est pourquoi j’ai voulu y
voir de plus près.
Au-delà de la curiosité,
quels sont les autres éléments
qui vous ont poussé à partir
sur les traces de Cendrars ?
Je pouvais trouver des points de connivences
avec lui. Comme Cendrars, j’ai voulu
faire du cinéma et j’en ai
fait. Je suis sorti de la Fémis,
l’héritière de l’IDHEC.
De son côté, Cendrars a épousé
le cinéma à l’époque
d’Abel Gance dont il a été
l’assistant. Il a cru vraiment au
langage cinématographique comme prolongement
de sa poésie. Il y a finalement renoncé
tout comme moi après lui - toute
prétention mise à part.
Invitation brésilienne
L’autre élément déclencheur
tient à mes amis brésiliens
que je connais depuis une quinzaine d’années.
Ils ressemblent beaucoup aux mécènes
qui ont invité Cendrars en 1924.
Ce sont des gens très fortunés,
très cultivés, polyglottes,
de cette essence d’êtres que
l’on rêve de rencontrer, qui
sont riches de leurs voyages et de leurs
rencontres… A leur tour, ils m’ont
invité au Brésil. J’ai
accepté leur offre et, à défaut
d’y aller en bateau comme Cendrars,
j’ai pris l’avion.
L’identification à
Cendrars était-elle une condition
indispensable à ce projet ?
Dans une certaine mesure, elle me paraît
nécessaire mais bien sûr il
ne faut pas tomber dans l’idolâtrie.
Je m’en suis bien gardé. Maintenant
dans ce genre de projet, il faut coller
au personnage pour intimement le sentir
ou alors c’est un travail de journaliste
– ce qui est respectable mais n’a
rien à voir. Pour entrer dans une
œuvre, comme disait Cendrars jusqu’à
« la racine chatouilleuse des sens
», il faut y aller… On peut
y parvenir par d’autres moyens que
« physiques ». Mais pour le
faire mentalement, cela demande d’être
très outillé surtout lorsque
l’on est confronté à
un pays tel que le Brésil.
Combien de temps s’est écoulé
entre le moment où vous avez cette
idée de voyage et celui où
elle se concrétise ?
Le délai nécessaire pour
financer le projet. J’étais
certes invité par ces amis mais pas
rémunéré. J’ai
fait plusieurs dossiers pour avoir des aides
et des bourses. Il a fallu convaincre l’éditeur
de me suivre dans cette aventure. Et puis
je me suis documenté sur le sujet.
Cela était d’autant plus indispensable
qu’il y a toute une part mythographique
chez Cendrars. Ainsi, il n’a pas effectué
sept voyages au Brésil mais seulement
trois : en 1924, 1925 et 1928. Ces recherches
m’ont pris plus d’un an et demi…
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