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Jérôme
Michaud-Larivière, Cendrars do Brasil |
| Intro
en gras. Lecture assasine » que j’ai
écrit lors de mon séjour à
Paris. Je raconte dans quel état d’esprit
je suis arrivé à Paris : pour
imiter Hemingway, loger dans une chambre de
bonne de Marguerite Duras et écrire
mon premier roman. En fait, c’est une
révision très ironique de ma
jeunesse et de la manière dont j’ai
essayé d’écrire ce premier
roman. |
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Pourquoi Cendrars est-il parti au
Brésil ? Quelles étaient ses
motivations ?
C’est une partie de lui assez émouvante.
A ce moment-là, Cendrars était
épuisé par la vie parisienne,
les combats de chapelles, les mouvements
qui naissaient et mouraient en six mois,
la guerre des « -ismes ». C’était
très violent… Il y avait des
autodafés. Breton était le
pire. Cendrars était très
ami avec Breton mais il a fini par être
écœuré. De plus, il restait
pauvre contrairement à d’autres.
Cendrars se voyait un peu comme un damné,
un poète maudit. Il s’était
trop longtemps empalé sur sa sensibilité…
Est-ce qu’il y avait chez
lui, grand voyageur, l’envie ou le
besoin de repartir ?
Ce n’est pas certain qu’il
a eu envie de ce voyage-là. On le
lui a proposé. Il l’a accepté
et il est parti très content. Mais
il n’y pensait pas. Le Brésil,
c’était une vision de l’esprit.
Il avait quelques amis brésiliens
à Paris : le peintre Tarsila do Amaral
et le poète Oswald de Andrade. C’est
d’ailleurs par leur intermédiaire
que Cendrars a découvert la culture
noire. Une culture qui compte beaucoup pour
lui. On touche là un point crucial
car la connexion entre Cendrars et le Brésil
s’opère d’abord à
ce niveau. Cendrars ne croit plus à
la poésie, mais il croit à
ses sources primitives. Or, pour lui, elles
sont à chercher dans la culture noire
d’où son Anthologie nègre.
A la différence d’autres, Cendrars
est parfaitement sincère dans son
approche de cette culture. Lui est convaincu
que c’est le berceau de la poésie.
Cette dimension de ce personnage déjà
haut en couleurs a retenu l’attention
des Brésiliens. Ils ont vu en lui
un modèle en modernité. C’est
pour cela qu’ils l’ont invité.
Cendrars ne se fait pas prier et accepte.
Il est heureux de tout larguer. Il a même
renoncé à la littérature,
à l’écriture.
Et pourtant sur Le Formose,
il écrit ses Feuilles de route…
Oui. Rien n’est simple avec lui.
Mais Rimbaud, lui aussi, a continué
à écrire après son
départ. Je crois que le parallèle
entre les deux est pertinent à quelques
différences près. Tous les
deux sont écœurés par
la poésie. Mais une fois à
bord, Cendrars se remet à écrire.
Non pas de la poésie mais des photographies
verbales qu’il envoie aux amis restés
à terre. Il invente ainsi un genre
et se fait plaisir. Ses Feuilles de
route sont nées d’une
création, d’une auto-création
spontanée avec des résidus
de la langue.
Dans cette aventure, vous avez
vous-même connu quelque chose de similaire
?
Je faisais le pari que Cendrars est parti
au Brésil avec cette conviction de
non-retour à la littérature,
de rupture, de décision rimbaldienne.
Et pourtant il en est revenu avec une œuvre,
avec des images et des sensations qui l’ont
nourri toute sa vie. Je me suis dit que
cela valait peut-être le coup de tenter
l’expérience. En effet, moi
aussi je commençais à en avoir
marre. Je publiais des livres que personne
ne lisait. J’avais envie de me dépouiller
un peu de la « belle langue »
qui traversait mes précédents
romans. J’ai beaucoup étudié
la langue de Cendrars pour me débarrasser
de la mienne. Cendrars a cette vertu incroyable
d’avoir une langue extrêmement
riche, colorée, puissante, très
humaine, très dépouillée
et très simple. Sa simplicité
s’agrège dans des constructions
complètement improbables avec des
phrases casse-gueules qui courent sur trois
pages mais qui tiennent quand même.
De là une écriture originale
et inimitable. Elle doit beaucoup aux lectures
que Cendrars a pu faire avant son départ.
Il va lire les chroniques du XVIe siècle
sur le Brésil. C’est là
qu’il découvre un français
magnifique, une langue extrêmement
chevillée avec beaucoup d’articulations…
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Cinq
dates |
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1887 :
Naissance à La Chaux-de-Fonds,
de Frédéric-Louis Sauser,
le futur Blaise Cendrars |
| • |
1924 :
Premier voyage au Brésil |
| • |
1925 :
Deuxième voyage au Brésil |
| • |
1928 :
Dernier voyage au Brésil |
| • |
1961 :
Décès à Paris |
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