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Ce projet ne pouvait être
que littéraire. Vous nous expliquiez
au début de l’entretien que
vous êtes à l’origine
un homme de cinéma. N’y avait-il
pas moyen de partir là-bas sur ses
traces pour en tirer un film ?
Si. J’ai même vendu ce projet
à des producteurs. Je suis parti
avec une caméra vidéo pour
prendre des images. A mon retour, je devais
les monter dans une sorte de carnet de notes
mais cela a tourné court. A la réflexion,
ce n'est peut-être pas plus mal car
mon idée était très
intellectuelle. Le film se serait apparenté
à celui d’un vidéaste
ce que je ne suis pas. Il aurait trop formel…
C’était plus simple
finalement de passer par l’écriture…
J’avais plus les moyens en main pour
y arriver.
Et après le livre, ce projet
ne peut pas revenir sur la table…
Il redevient d’actualité.
Mais restons prudents. (sourire) Il fallait
laisser décanter tout cela. En tout
cas, dans un premier temps, il fallait absolument
aller au bout de la réflexion par
l’écrit. Le visuel a tendance
à produire de l’évitement.
C’est facile d’enregistrer des
images mais on risque de rester en surface.
Lorsqu’il part au Brésil,
Cendrars a-t-il déjà une idée
de retour ?
Il faut distinguer deux temps. Evidemment
au départ, il y avait une idée
de retour mais la date n’était
pas précisée. Il n’avait
pas vocation à vivre là-bas.
Il y est invité. Il devait faire
un tour, quelques conférences puis
rentrer à une date imprécise.
Sauf qu’en découvrant le Brésil,
il est prêt à tout remettre
en cause. Ce pays rencontrait sa mythologie
profonde. C’est un pays puissant,
immense, neuf et encore vierge, mélange
de cultures. Le Brésil était
alors en plein décollage. En plus,
il rencontre des gens qui l’ont lu.
Ils lui renvoient ce que jamais un Français
ne lui a renvoyé. C’est bouleversant
! La Prose du Transsibérien,
un des socles de la littérature française
aujourd’hui, n’avait été
vendue à l’époque qu’à
deux exemplaires dont un à Cocteau…
Brésilien de cœur
Il est vraiment Brésilien de cœur.
Il est né naturellement à
la « brasilalité » parce
qu’il était lui-même
pétri de ces mélanges. Certains
lui reprochent d’avoir eu une connaissance
biaisée du Brésil, d’y
avoir vécu avec des nantis. C’est
vrai en partie. Mais il est tout de même
allé au contact de Brésil
profond. Il l’a rencontré à
un coin de comptoir, autour d’un verre.
Avec son bras en moins, il n’avait
rien d’un notable, il avait un côté
« peuple ». Il parvenait à
se mêler aux gens spontanément
en baragouinant alors qu’il n’avait
aucune connaissance du portugais.
Quel a été l’impact
du Brésil sur son œuvre ?
Cendrars est un lyrique. Dans les années
vingt-trente, ce lyrisme se « démode
». Lui a des envies de personnages
plus grands que nature. Or la littérature
qui s’impose alors se nourrit beaucoup
de faits divers et s’ancre dans la
réalité sociale. Cendrars
n’avait pas l’espace pour dégager
sa puissance… Le Brésil lui
offrait un pays porteur de mythes, de fantasmes,
de rêves avec des personnages incroyables.
Et puis la distance permettait encore de
les agrandir.
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