Jérôme Michaud-Larivière, Cendrars do Brasil
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Le choc du Brésil

Avant de partir, il a déjà écrit Moravagine mais il n’arrive pas à le finir. Il a déjà le projet de L’Or mais il ne parvient pas à l’écrire… Dans la petite République française étriquée, ses personnages sont trop artificiels, ils ne sont pas crédibles et Cendrars lui-même n’y croit pas. Il leur manque un terreau. Le choc du Brésil, c’est cela. Cendrars comprend qu’il lui faut tremper ses personnages dans les racines brésiliennes pour se les approprier. Au retour, L’Or trouve son énergie. Ce livre raconte la découverte de l’or en Californie où Cendrars n’est jamais allé. Peu importe, les décors sont brésiliens…

A-t-il écrit sur le Brésil ?

Non. Rien sur place et rien après, en dehors de Feuilles de route mais ce sont des photographies verbales. Le travail d’incubation est essentiel chez lui. Il ne prend jamais de notes en voyage. Il préfère s’abandonner aux « sursauts de la mémoire ». Il a vécu cela avec une émotion bouleversante, présente dans ses livres.

Au début de votre récit, vous citez cette phrase de Cendrars : « Oh vous savez, je voyage, j’écris, mais je ne suis pas un homme de lettres en voyage ». Comment définiriez-vous la relation de Cendrars au voyage ?

Les voyages sont nés chez lui avant tout acte d’écriture. Déjà enfant, il a beaucoup bougé. Il a pris très tôt goût aux trains et aux déplacements… Après il y a eu le grand voyage en Russie quand son père l’a placé comme apprenti bijoutier à Saint-Pétersbourg. Les voyages sont devenus naturels chez lui et le besoin de les poursuivre s’est imposé. En revanche, l’idée d’en faire de la littérature n’était pas là. Néanmoins, cela fabrique un corpus très riche de souvenirs, de rencontres, de personnages, de langues, de croisements de cultures. Tout cela va sédimenter en lui et nourrir plus tard ses livres. Quand il effectuait ses voyages, il n’y avait jamais au départ de projet littéraire.

Le terme d’écrivain voyageur est-il impropre pour parler de Cendrars ?

Oui totalement. Il le récuse lui-même. Mais sa vie a été faite de voyages et sa littérature s’en est nourrie. A posteriori, on peut accepter d’associer les deux. Mais de son vivant, c’était résolument séparé. Pâques à New York a été écrit à New York. Cela n’en fait pas un écrivain voyageur. Il l’a écrit un soir de Pâques dans un état de détresse totale. C’était cela ou le suicide… On est très loin de la posture de l’écrivain voyageur.

Son œuvre a tout de même une place dans la littérature de voyage…

Elle a une place en marge. Cendrars n’a jamais voyagé pour écrire. Le voyage était une partie de lui-même. L’anecdote suivante est symptomatique. Un jour Cendrars appelle un taxi. Il dit : « A la gare ! ». « Laquelle ? », lui demande le chauffeur. « N’importe laquelle ! » Partir pour partir, c’était cela l’important à ses yeux. Parce qu’il fonde les plaisirs de la vie dans la découverte, les rencontres, les hasards. Il se déplace pour mieux se voir. Si c’est un écrivain voyageur, c’est un écrivain du rêve. Pour lui, le rêve, c’est le premier voyage. Il rêve beaucoup. Il imagine beaucoup. Il a beaucoup plus rêvé que voyagé.

Propos recueillis par Pierre Ducrozet et Fabien Spillmann

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Aujourd'hui Cendrars part au Brésil
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Les écrivains voyageurs au XXe siècle
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La consolation des voyages
Actus | semaine du 24/03/04
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 Cinq dates
1887 : Naissance à La Chaux-de-Fonds, de Frédéric-Louis Sauser, le futur Blaise Cendrars
1924 : Premier voyage au Brésil
1925 : Deuxième voyage au Brésil
1928 : Dernier voyage au Brésil
1961 : Décès à Paris
   
 
 Bibliographie
Bourlinguer - Tout autour d'aujourd'hui, IX, Denoël, 2003
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Histoires vraies - Tout autour d'aujourd'hui, VIII, Denoël, 2003
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Moravagine - Tout autour d'aujourd'hui, VII, Denoël, 2003
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La main coupée - Tout autour d'aujourd'hui, VI, Denoël, 2002
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L'homme foudroyé - Tout autour d'aujourd'hui, V, Denoël, 2002
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Dan Yack - Tout autour d'aujourd'hui, IV, Denoël, 2002
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Hollywood - Tout autour d'aujourd'hui, III, Denoël, 2001
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L'Or - Tout autour d'aujourd'hui, II, Denoël, 2001
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Poésies complètes - Tout autour d'aujourd'hui, I, Denoël, 2001
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 Et aussi...
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