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Le choc du Brésil
Avant de partir, il a déjà
écrit Moravagine mais il
n’arrive pas à le finir. Il
a déjà le projet de L’Or
mais il ne parvient pas à l’écrire…
Dans la petite République française
étriquée, ses personnages
sont trop artificiels, ils ne sont pas crédibles
et Cendrars lui-même n’y croit
pas. Il leur manque un terreau. Le choc
du Brésil, c’est cela. Cendrars
comprend qu’il lui faut tremper ses
personnages dans les racines brésiliennes
pour se les approprier. Au retour, L’Or
trouve son énergie. Ce livre raconte
la découverte de l’or en Californie
où Cendrars n’est jamais allé.
Peu importe, les décors sont brésiliens…
A-t-il écrit sur le Brésil
?
Non. Rien sur place et rien après,
en dehors de Feuilles de route
mais ce sont des photographies verbales.
Le travail d’incubation est essentiel
chez lui. Il ne prend jamais de notes en
voyage. Il préfère s’abandonner
aux « sursauts de la mémoire
». Il a vécu cela avec une
émotion bouleversante, présente
dans ses livres.
Au début de votre récit,
vous citez cette phrase de Cendrars : «
Oh vous savez, je voyage, j’écris,
mais je ne suis pas un homme de lettres
en voyage ». Comment définiriez-vous
la relation de Cendrars au voyage ?
Les voyages sont nés chez lui avant
tout acte d’écriture. Déjà
enfant, il a beaucoup bougé. Il a
pris très tôt goût aux
trains et aux déplacements…
Après il y a eu le grand voyage en
Russie quand son père l’a placé
comme apprenti bijoutier à Saint-Pétersbourg.
Les voyages sont devenus naturels chez lui
et le besoin de les poursuivre s’est
imposé. En revanche, l’idée
d’en faire de la littérature
n’était pas là. Néanmoins,
cela fabrique un corpus très riche
de souvenirs, de rencontres, de personnages,
de langues, de croisements de cultures.
Tout cela va sédimenter en lui et
nourrir plus tard ses livres. Quand il effectuait
ses voyages, il n’y avait jamais au
départ de projet littéraire.
Le terme d’écrivain
voyageur est-il impropre pour parler de
Cendrars ?
Oui totalement. Il le récuse lui-même.
Mais sa vie a été faite de
voyages et sa littérature s’en
est nourrie. A posteriori, on peut accepter
d’associer les deux. Mais de son vivant,
c’était résolument séparé.
Pâques à New York
a été écrit à
New York. Cela n’en fait pas un écrivain
voyageur. Il l’a écrit un soir
de Pâques dans un état de détresse
totale. C’était cela ou le
suicide… On est très loin de
la posture de l’écrivain voyageur.
Son œuvre a tout de même
une place dans la littérature de
voyage…
Elle a une place en marge. Cendrars n’a
jamais voyagé pour écrire.
Le voyage était une partie de lui-même.
L’anecdote suivante est symptomatique.
Un jour Cendrars appelle un taxi. Il dit
: « A la gare ! ». « Laquelle
? », lui demande le chauffeur. «
N’importe laquelle ! » Partir
pour partir, c’était cela l’important
à ses yeux. Parce qu’il fonde
les plaisirs de la vie dans la découverte,
les rencontres, les hasards. Il se déplace
pour mieux se voir. Si c’est un écrivain
voyageur, c’est un écrivain
du rêve. Pour lui, le rêve,
c’est le premier voyage. Il rêve
beaucoup. Il imagine beaucoup. Il a beaucoup
plus rêvé que voyagé.
Propos recueillis par Pierre Ducrozet
et Fabien Spillmann
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Cogez
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Au sommaire de notre dossier " Les
écrivains voyageurs "
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