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Tous les voyages évoqués
dans votre essai se font vers des destinations
exotiques. Le récit de voyage au
XXe siècle ne peut-il se construire
que dans son opposition ou la distance à
l’Occident ?
Ce choix n’est pas délibéré.
Ces six écrivains se sont imposés
au fil des lectures, Leiris étant
le point départ. Y a-t-il de grands
récits de voyages au XXe siècle
de la part d’un Européen sur
les Etats-Unis, l’Italie, l’Espagne,
etc. ? Si l’on recule d’un siècle,
la question ne se pose pas…
Peut-on considérer le voyage
politique comme une spécificité
du XXe siècle ?
J’aurais presque envie de vous répondre
par l’affirmative et spécifiquement
pour Gide avec son voyage en URSS. Seulement
au XIXe siècle, il y a Custine et
ses Lettres de Russie. C’est
un texte à portée politique
avec un regard sur le régime tsariste.
Il me paraît difficile de parler de
spécificité du XXe siècle.
Il y a peut-être une décennie
où cette dimension a plus joué
: les années trente. L’URSS
a représenté un enjeu majeur.
Les récits de voyages se multiplient.
Le phénomène se reproduit
vingt ans plus tard avec la Chine mais à
une plus faible échelle. Pour en
revenir à Gide, il part en URSS pour
chanter les mérites du régime.
Seulement, il en revient singulièrement
« désengagé ».
Je me demande si cette expérience
de Gide n’est pas représentative
des récits de voyages que j’ai
abordés. Il y a de la part de ces
écrivains quelque chose qui est toujours
de l’ordre du désengagement.
Ces voyages ont pris souvent plusieurs
mois voire des années. La durée
est-elle un élément clef ?
La notion d’authenticité dont
je parlais est en partie garantie par cette
durée. Ceci étant dit, plus
j’y réfléchis, moins
cette référence au temps,
à la durée me paraît
pertinente et décisive. La durée
passée sur place n’est peut-être
pas une condition indispensable. Les premières
impressions peuvent être d’une
grande justesse. Elles sont capables au
fond d’alimenter un récit de
voyage et pourraient être tout aussi
authentiques que celles effectuées
lors d’un périple plus long.
Michaux se révèle en ce sens
le plus moderne de tous. Il a cette capacité
de saisir des scènes que six mois
supplémentaires ne rendraient pas
plus vives.
De plus en plus souvent, le récit
de voyage a partie liée avec le journalisme.
Cette évolution vous paraît-elle
dommageable pour la qualité littéraire
de ces textes ?
Je ne le pense pas. J’attache une
grande importance à quelqu’un
comme Albert Londres et à certains
reportages de Simenon. Encore une fois,
le temps passé sur place n’est
pas le critère décisif. Seuls
comptent le talent et l’acuité
du regard.
Le voyage implique-t-il toujours
l’idée du retour ?
Pour chacun de nos six voyageurs, c’est
un élément central. Il est
au cœur de leur texte. En même
temps, à l’exclusion de Retour
de l’URSS, il y a une dimension du
non-retour. Ils l’ont tous exprimé
à un moment ou à un autre.
Ils ont tous eu cette tentation. Mais ils
sont tous revenus, changés la plupart
du temps. Le non-retour renvoie aussi à
l’idée de la mort. Pour eux,
à travers le voyage, ils s’approchent
aussi d’une représentation
de la mort.
Propos recueillis par Fabien Spillmann
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Lire notre entretien avec Jérôme
Michaud-Larivière
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Au sommaire de notre dossier " Les
écrivains voyageurs "
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