Des écrivains à distance
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Tous les voyages évoqués dans votre essai se font vers des destinations exotiques. Le récit de voyage au XXe siècle ne peut-il se construire que dans son opposition ou la distance à l’Occident ?

Ce choix n’est pas délibéré. Ces six écrivains se sont imposés au fil des lectures, Leiris étant le point départ. Y a-t-il de grands récits de voyages au XXe siècle de la part d’un Européen sur les Etats-Unis, l’Italie, l’Espagne, etc. ? Si l’on recule d’un siècle, la question ne se pose pas…

Peut-on considérer le voyage politique comme une spécificité du XXe siècle ?

J’aurais presque envie de vous répondre par l’affirmative et spécifiquement pour Gide avec son voyage en URSS. Seulement au XIXe siècle, il y a Custine et ses Lettres de Russie. C’est un texte à portée politique avec un regard sur le régime tsariste. Il me paraît difficile de parler de spécificité du XXe siècle. Il y a peut-être une décennie où cette dimension a plus joué : les années trente. L’URSS a représenté un enjeu majeur. Les récits de voyages se multiplient. Le phénomène se reproduit vingt ans plus tard avec la Chine mais à une plus faible échelle. Pour en revenir à Gide, il part en URSS pour chanter les mérites du régime. Seulement, il en revient singulièrement « désengagé ». Je me demande si cette expérience de Gide n’est pas représentative des récits de voyages que j’ai abordés. Il y a de la part de ces écrivains quelque chose qui est toujours de l’ordre du désengagement.

Ces voyages ont pris souvent plusieurs mois voire des années. La durée est-elle un élément clef ?

La notion d’authenticité dont je parlais est en partie garantie par cette durée. Ceci étant dit, plus j’y réfléchis, moins cette référence au temps, à la durée me paraît pertinente et décisive. La durée passée sur place n’est peut-être pas une condition indispensable. Les premières impressions peuvent être d’une grande justesse. Elles sont capables au fond d’alimenter un récit de voyage et pourraient être tout aussi authentiques que celles effectuées lors d’un périple plus long. Michaux se révèle en ce sens le plus moderne de tous. Il a cette capacité de saisir des scènes que six mois supplémentaires ne rendraient pas plus vives.

De plus en plus souvent, le récit de voyage a partie liée avec le journalisme. Cette évolution vous paraît-elle dommageable pour la qualité littéraire de ces textes ?

Je ne le pense pas. J’attache une grande importance à quelqu’un comme Albert Londres et à certains reportages de Simenon. Encore une fois, le temps passé sur place n’est pas le critère décisif. Seuls comptent le talent et l’acuité du regard.

Le voyage implique-t-il toujours l’idée du retour ?

Pour chacun de nos six voyageurs, c’est un élément central. Il est au cœur de leur texte. En même temps, à l’exclusion de Retour de l’URSS, il y a une dimension du non-retour. Ils l’ont tous exprimé à un moment ou à un autre. Ils ont tous eu cette tentation. Mais ils sont tous revenus, changés la plupart du temps. Le non-retour renvoie aussi à l’idée de la mort. Pour eux, à travers le voyage, ils s’approchent aussi d’une représentation de la mort.

Propos recueillis par Fabien Spillmann

>> Lire notre entretien avec Jean-Luc Coatalem
>> Lire notre entretien avec Olivier Frébourg
>> Lire notre entretien avec Jérôme Michaud-Larivière

>> Au sommaire de notre dossier " Les écrivains voyageurs "

page 1 | 2 | 3
>> Retrouvez toutes les actus de la semaine
 A lire sur ZeStory
Au sommaire du dossier " Les écrivains voyageurs " :
Les écrivains voyageurs au XXe siècle
Actus | semaine du 26/05/04
La consolation des voyages
Actus | semaine du 24/03/04
Un homme à la mer
Actus | semaine du 19/05/04
Aujourd'hui Cendrars part au Brésil
Actus | semaine du 26/05/04
   
 Sept dates
1909 : Premier voyage de Victor Segalen en Chine
1925 : Voyage d'André Gide au Congo
1927 : Premier voyage d'Henri Michaux en Amérique latine
1931-1933 : Participation de Michel Leiris à une mission ethnologique en Afrique
1935-1939 : Missions ethnographiques de Claude Lévi-Strauss au Brésil
1936 : Voyage d'André Gide en URSS
1953 : Départ de Nicolas Bouvier
   
 
 Bibliographie
Nicolas Bouvier, Œuvres, Gallimard, 2004
>> Achetez ce livre
Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Pocket, 2001
>> Achetez ce livre
Michel Leiris, Miroir de l'Afrique, Gallimard, 1995
>> Achetez ce livre
Henri Michaux, Ecuador, Gallimard, 1990
>> Achetez ce livre
Henri Michaux, Un Barbare en Asie, Gallimard, 1986
>> Achetez ce livre
André Gide, Voyage au Congo..., Gallimard, 1992
>> Achetez ce livre
Victor Segalen , Œuvres complètes t. 2, Robert Laffont, 1995
>> Achetez ce livre
Victor Segalen , Œuvres complètes t. 1, Robert Laffont, 1995
>> Achetez ce livre
   
 
 Et aussi...
Site Internet des Amis d'André Gide
Site Internet sur Henri Michaux
Site Internet sur Michel Leiris
   
 
><
 
Qui sommes-nous ? | Rubrique légale | Contact | Timée recrute | Plan du site
© ZeStory 2004 | Hébergement Réseau Concept