L'expérience de Malraux

Professeur de littérature, spécialiste de Céline, de Giono et Malraux, et plus généralement de tous les écrivains français de La Grande génération pour reprendre le titre de l'un de ses livres - c'est-à-dire ceux de l'entre-deux-guerres -, Henri Godard a dirigé l'édition à la Pléiade du volume II des Ecrits sur l'art de Malraux. Ce volume est consacré à la trilogie de La Métamorphose des dieux. Parallèlement à cette entreprise de longue haleine, il revient dans un essai pénétrant sur l'approche de l'art chez Malraux. Une approche dans laquelle il voit avant tout une Expérience existentielle de l'art. Il nous livre ici le fruit d'une longue complicité avec l'œuvre de Malraux et éclaire la part « artistique » de celle-ci.


ZeStory - Quelle place les Ecrits sur l’art occupent-ils dans l’œuvre de Malraux ? Marquent-ils une rupture comme cela l’a souvent été dit avec la part romanesque de son oeuvre ?

Henri Godard - Ce préjugé de rupture, dont vous vous faites l’écho, tient à la situation de Malraux dans l’opinion en général. Non seulement les Ecrits sur l’art sont moins connus mais, par toute une fraction de commentateurs, ils sont opposés aux romans. Il s’est trouvé que les romans coïncidaient avec la période où Malraux était identifié à la gauche (la révolution, l’antifascisme ou la guerre d’Espagne) et que les écrits sur l’art ont été publiés à une époque où Malraux avait rompu avec le communisme et s’était rallié au général de Gaulle. C’est probablement l’une des raisons de cet éloignement, de ces réticences par rapport aux Ecrits sur l’art dans certains milieux intellectuels.

Continuité

En réalité, il y a une continuité parce que Malraux s’est intéressé aux questions artistiques depuis le début. Cela transparaît y compris dans certains de ses romans. Dans un chapitre de La Condition humaine, il est question de la peinture chinoise et japonaise. Il y a continuité parce que les préoccupations sont identiques. La « fraternité combattante » au service d’une cause et l’expérience de l’art sont deux manières de répondre à l’absurde, de donner un sens à ce qui n’en a pas.

D’ailleurs, vous soulignez dans votre essai, L’Expérience existentielle de l’art, que le moment des engagements antifascistes de Malraux correspond en fait à celui de ses premiers écrits sur l’art…

Certaines idées forces qui se développeront dans les écrits sur l’art sont déjà présentes dans les grands discours prononcés par Malraux lors des congrès des organisations antifascistes dans les années trente. Elles émergent à ce moment-là. Elles sont identifiées au combat mené alors. Avec ses écrits sur l’art, Malraux ne s’est pas « désengagé » comme certains l’ont affirmé. Son engagement s’est simplement situé à un autre niveau, sur un autre plan…

Comment expliquez-vous cependant le fait que Malraux cesse d’écrire des romans, des œuvres de fiction, pour se consacrer exclusivement après la Seconde Guerre mondiale à sa réflexion sur l’art ? Faut-il y voir une perte d’inspiration de la veine romanesque ?

C’est évidemment plus compliqué que cela. Malraux n’était peut-être pas un romancier-né, comme Stendhal. Mais il y a sans doute autre chose. Après 1945 et même pendant la guerre, se produit une crise de la fiction qui ne le concerne pas seul. A quoi bon inventer quand on est confronté à des événements pareils ? Malraux participe de ce mouvement.

Dans ses Ecrits sur l’art, Malraux instaure un dialogue presque exclusif avec d’autres écrivains. Il mentionne peu d’artistes et encore moins des historiens de l’art. Quelle en est la raison ?

Il cite volontiers les propos notamment des artistes de la fin du XIXe siècle comme Degas. Mais c’est vrai qu’il se sent plus proche d’écrivains comme Baudelaire. Malraux aspire d’ailleurs à être pour son époque ce que Baudelaire a été pour la sienne. Il est attiré par le type d’expérience que Baudelaire a avec les œuvres d’art. Mais, en même temps, Baudelaire est un témoin privilégié pour appréhender les évolutions que l’art a connues entre 1850 et 1950, avec notamment la place plus grande accordée à la sculpture de nos jours. Malraux ne cesse de répéter que le Louvre de Baudelaire ne contenait qu’une partie infime de ce qui est pour nous le « musée imaginaire », c’est-à-dire tout l’art mondial. Baudelaire est à la fois un frère et un témoin pour Malraux.

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Au sommaire du dossier " Malraux et l'art " :
Les Ecrits sur l'art I et II
Actus | 15/12/04
Adrien Goetz - L'art chez Malraux de A à Z
Entretien
André Malraux et la tentation de l'Inde
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Jean-Claude Perrier - Malraux, le signe indien
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L'expérience existentielle de l'art
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Actus | 15/12/04
   
 Douze dates
1901 : Naissance à Paris
1926 : Publication de La Tentation de l'Occident
1933 : La Condition humaine reçoit le prix Goncourt
1936-1937 : Participation à la guerre civile espagnole dans les rangs républicains. Publication de L'Espoir
1944 : Entrée dans la Résistance
1945-1946 : Ministre de l'information dans le gouvernement du général de Gaulle
1951 : Parution des Voix du silence
1952-1955 : Parution du Musée imaginaire de la sculpture mondiale
1957-1976 : Parution de La Métamoprhose des dieux
1959-1969 : Ministre des Affaires culturelles sous les présidences du général de Gaulle
1967 : Parution des Antimémoires
1976 : Mort de Malraux
   
 
 Bibliographie
André Malraux et la Tentation de l'Inde, Gallimard / Ambassade de France en Inde, 2004
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Œuvres complètes V : Ecrits sur l'art II : La Métamorphose des dieux : Le Surnaturel - L'Irréel - L'Intemporel, Gallimard, 2004
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Œuvres complètes IV : Ecrits sur l'art I : Esquisse d'une psychologie du cinéma - Saturne. Le destin, l'art et Goya - Les Voix du silence - Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, Gallimard, 2004
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 Et aussi...
Site Internet de Gallimard
Introduction aux Voix du silence : exposition virtuelle pour un musée imaginaire
Site Internet des Amitiés internationales André Malraux
   
 
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