L'expérience de Malraux
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Ce dialogue avec les écrivains ne se cantonne pas à ceux du passé. L’œuvre de Malraux suscite elle-même d’autres dialogues. Et je pense ici à celui qui s’établit comme vous le rappelez entre Blanchot et Malraux…

Malraux a été l’un des premiers à saisir l’importance prise par l’art dans nos sociétés. Cela est lié à l’affaiblissement de la religion. A partir de cette intuition, Malraux entre en dialogue avec d’autres penseurs qui le rejoignent sur ce constat. Et parmi ceux-là, Maurice Blanchot est le plus significatif. Il attache la même dimension métaphysique à l’expérience de l’art que Malraux. Mais il s’en éloigne par la suite. Là où Malraux a une vision plutôt humaniste et considère l’art comme une victoire de l’homme, Blanchot lui le conçoit comme une expérience du néant, une expérience privilégiée pour l’individu qui est confronté à l’absence de l’être. Blanchot écrit ce texte sur Malraux et l’art assez tôt dans son œuvre, dès les années 1950 [repris en 1971 dans le recueil de textes intitulé, L’Amitié - ndlr].

Trois temps

Non seulement, il restitue bien les lignes de forces de la pensée de Malraux mais il anticipe parfois sur des points que Malraux développera plus tard. En particulier, il discerne dans les seuls textes de Malraux connus alors - les trois volumes de La Psychologie de l’art - ce qui deviendra la charpente de l’autre grande œuvre de Malraux en la matière, La Métamorphose des dieux. Blanchot distingue chez Malraux une grande division de l’art en trois ères : le moment le plus long dans le temps et dans l’espace où l’art a été une figuration du surnaturel, ensuite celui où, en Europe, depuis la Renaissance jusque vers 1850, l’art s’est voulu imitation de la réalité, et puis un troisième moment où s’opère une rupture liée à l’art moderne. Blanchot adhère à cette division. Pour Malraux, la tri-partition – Le Surnaturel, L’Irréel, L’Intemporel – s’est dégagée, petit à petit, au cours de sa réflexion.

Au cœur de celle-ci, il y a ce concept de « métamorphose » qui donne son titre d’ensemble à ces trois volumes regroupés dans le tome de la Pléiade dont vous avez dirigé l’édition. Peut-être n’est-il pas inutile d’en rappeler la définition ?

C’est d’autant plus nécessaire qu’il y a une ambiguïté. L’idée de « métamorphose » est fondatrice. Elle est énoncée dès la première phrase des Voix du silence : « Un crucifix roman n’était pas d’abord une sculpture, la Madone de Cimabue n’était pas d’abord un tableau, même la Pallas Athéné de Phidias n’était pas d’abord une statue. » Pour Malraux, nous faisons subir une transformation à des œuvres dont la vocation première était religieuse : à nos yeux, elles sont avant tout des œuvres d’art. Cela vaut pour tous les arts. Cela a une importance capitale pour Malraux car c’est ce qui permet à ces œuvres de garder une présence pour nous. Si elles restaient prisonnières des croyances ou des rites auxquels elles étaient liées au départ, elles ne seraient pour nous que des documents. Quand nous regardons une œuvre, si elle nous parle, l’émotion prime. Peu importe que ce soit une œuvre romane ou gothique, etc. Grâce à cette métamorphose, elle a une présence. Seule compte l’expérience présente et concrète que nous faisons.

Métamorphose

Dans un second temps, qui correspond à La Métamorphose des dieux, Malraux garde cette idée de métamorphose. Elle est toujours aussi centrale. Mais Malraux revient ici malgré tout à une vision un peu plus historique. Sa précédente vision privilégiait le présent et était relativement intemporelle. En abordant le nouveau cycle, Malraux reprend en compte l’évolution du temps tout en gardant à l’esprit l’idée de métamorphose dans l’œuvre d’art. Il réintroduit à l’arrière-plan ce qu’était l’œuvre pour son créateur et ses premiers destinataires. D’où sa division en trois grandes ères. Mais Malraux va plus loin. Il y a là un approfondissement de sa pensée. Malgré la méta-morphose, à travers l’œuvre, nous percevons quelque chose de l’état d’esprit initial dans lequel elle a été créée. Autrement dit, nous nous trouvons en contact avec des mentalités, des croyances d’un autre temps, d’une autre aire géographique. C’est ce qui l’amène dans Le Surnaturel à écrire une véritable histoire du christianisme dans la partie intitulée « La Foi ». Il en arrive lui qui était agnostique, qui avait eu peu d’éducation religieuse, qui n’avait pas la foi, à considérer, étape par étape, les différentes modalités du christianisme.

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 Douze dates
1901 : Naissance à Paris
1926 : Publication de La Tentation de l'Occident
1933 : La Condition humaine reçoit le prix Goncourt
1936-1937 : Participation à la guerre civile espagnole dans les rangs républicains. Publication de L'Espoir
1944 : Entrée dans la Résistance
1945-1946 : Ministre de l'information dans le gouvernement du général de Gaulle
1951 : Parution des Voix du silence
1952-1955 : Parution du Musée imaginaire de la sculpture mondiale
1957-1976 : Parution de La Métamoprhose des dieux
1959-1969 : Ministre des Affaires culturelles sous les présidences du général de Gaulle
1967 : Parution des Antimémoires
1976 : Mort de Malraux
   
 
 Bibliographie
André Malraux et la Tentation de l'Inde, Gallimard / Ambassade de France en Inde, 2004
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Œuvres complètes V : Ecrits sur l'art II : La Métamorphose des dieux : Le Surnaturel - L'Irréel - L'Intemporel, Gallimard, 2004
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Œuvres complètes IV : Ecrits sur l'art I : Esquisse d'une psychologie du cinéma - Saturne. Le destin, l'art et Goya - Les Voix du silence - Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, Gallimard, 2004
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 Et aussi...
Site Internet de Gallimard
Introduction aux Voix du silence : exposition virtuelle pour un musée imaginaire
Site Internet des Amitiés internationales André Malraux
   
 
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