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Lorsqu’il écrit cet
essai, Malraux le fait avec un sentiment
d’urgence existentielle. Il vient
de connaître une expérience
douloureuse avec son hospitalisation à
la Salpêtrière. Il est déjà
engagé dans la rédaction de
Lazare… Et pourtant, il interrompt
ce travail pour se consacrer à Picasso.
Tout à fait. De la même manière
que les Ecrits sur l’art
sont liés aux romans, ils sont liés
aussi aux écrits de mémoire
: les Antimémoires et les
textes qui les suivent. Il n’y a pas
de séparation entre les deux. La
meilleure preuve, c’est que l’on
aurait pu aussi bien, dans d’autres
circonstances, intégrer La Tête
d’obsidienne dans ces deux volumes
d’Ecrits sur l’art
à la Pléiade. Il se trouve
que Malraux a préféré
l’inclure dans Le Miroir des limbes.
Par rapport aux autres écrivains
de son temps, à ceux de La Grande
génération pour reprendre
le titre de votre essai, Malraux se distingue
par le poids de ses Ecrits sur l’art
dans son œuvre. Là où
d’autres n’ont presque rien
publié en la matière, à
l’exception notable d’un Breton
ou d’un Aragon. Comment l’expliquez-vous
?
Ces écrivains ont comme socle commun,
d’une manière ou d’une
autre, à des degrés différents,
l’expérience de la guerre de
14. Soit ils ont été combattants
-c’est le cas de Céline, Giono,
Bernanos -, soit ils ont vécu la
guerre à l’adolescence - c’est
le cas pour Malraux. Lui qui évoque
très peu de souvenirs personnels,
y compris dans ces textes dits « autobiographiques
», revient sur cette expérience
de la guerre. Tous continuent à réagir
à ce choc premier qui a bouleversé
la civilisation occidentale. Comme vous
l’indiquez, on retrouve chez Breton
et Aragon une attention particulière
à l’art, notamment à
la peinture.
Haïti intemporel
Cela n’a pas pris la même ampleur
que chez Malraux qui, à un moment
donné, s’est consacré
entièrement à l’art.
Entre Breton et Malraux, la distance est
moindre qu’on ne pourrait le croire.
L’estime est réciproque. Breton
a en commun avec Malraux l’attention
à des arts sur le point d’être
reconnus. Ils se retrouvent encore dans
l’expérience de l’art
haïtien. Breton qui était exilé
pendant la Seconde Guerre mondiale a en
1944-1945 visité Haïti. Il a
reçu un choc en découvrant
certaines peintures naïves, en rencontrant
certains peintres. Trente ans plus tard,
Malraux s’y rend à son tour.
Et lui aussi reçoit un choc mais
pas pour les mêmes peintres.
Cela a eu d’ailleurs des
répercussions sur l’un des
volumes de La Métamorphose des
dieux…
C’est une expérience pour
lui très tardive. Il est mort en
novembre 1976. Et le voyage en Haïti
date de Noël 1975. L’Intemporel
était déjà imprimé.
Malraux en a fait arrêter l’impression
pour intégrer ce qui est devenu le
chapitre onze de L’Intemporel.
On retrouve bien là le
caractère existentiel de son approche
de l’art…
Absolument et l’urgence, le sentiment
d’urgence ! Tout d’un coup,
il fallait intégrer cet exemple nouveau…
Propos recueillis par Fabien Spillmann
>> Lire notre entretien avec
Adrien Goetz
>>
Lire notre entretien avec Jean-Claude Perrier
>>
Au sommaire de notre dossier " Malraux
et l'art "
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