L'expérience de Malraux
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Lorsqu’il écrit cet essai, Malraux le fait avec un sentiment d’urgence existentielle. Il vient de connaître une expérience douloureuse avec son hospitalisation à la Salpêtrière. Il est déjà engagé dans la rédaction de Lazare… Et pourtant, il interrompt ce travail pour se consacrer à Picasso.

Tout à fait. De la même manière que les Ecrits sur l’art sont liés aux romans, ils sont liés aussi aux écrits de mémoire : les Antimémoires et les textes qui les suivent. Il n’y a pas de séparation entre les deux. La meilleure preuve, c’est que l’on aurait pu aussi bien, dans d’autres circonstances, intégrer La Tête d’obsidienne dans ces deux volumes d’Ecrits sur l’art à la Pléiade. Il se trouve que Malraux a préféré l’inclure dans Le Miroir des limbes.

Par rapport aux autres écrivains de son temps, à ceux de La Grande génération pour reprendre le titre de votre essai, Malraux se distingue par le poids de ses Ecrits sur l’art dans son œuvre. Là où d’autres n’ont presque rien publié en la matière, à l’exception notable d’un Breton ou d’un Aragon. Comment l’expliquez-vous ?

Ces écrivains ont comme socle commun, d’une manière ou d’une autre, à des degrés différents, l’expérience de la guerre de 14. Soit ils ont été combattants -c’est le cas de Céline, Giono, Bernanos -, soit ils ont vécu la guerre à l’adolescence - c’est le cas pour Malraux. Lui qui évoque très peu de souvenirs personnels, y compris dans ces textes dits « autobiographiques », revient sur cette expérience de la guerre. Tous continuent à réagir à ce choc premier qui a bouleversé la civilisation occidentale. Comme vous l’indiquez, on retrouve chez Breton et Aragon une attention particulière à l’art, notamment à la peinture.

Haïti intemporel

Cela n’a pas pris la même ampleur que chez Malraux qui, à un moment donné, s’est consacré entièrement à l’art. Entre Breton et Malraux, la distance est moindre qu’on ne pourrait le croire. L’estime est réciproque. Breton a en commun avec Malraux l’attention à des arts sur le point d’être reconnus. Ils se retrouvent encore dans l’expérience de l’art haïtien. Breton qui était exilé pendant la Seconde Guerre mondiale a en 1944-1945 visité Haïti. Il a reçu un choc en découvrant certaines peintures naïves, en rencontrant certains peintres. Trente ans plus tard, Malraux s’y rend à son tour. Et lui aussi reçoit un choc mais pas pour les mêmes peintres.

Cela a eu d’ailleurs des répercussions sur l’un des volumes de La Métamorphose des dieux

C’est une expérience pour lui très tardive. Il est mort en novembre 1976. Et le voyage en Haïti date de Noël 1975. L’Intemporel était déjà imprimé. Malraux en a fait arrêter l’impression pour intégrer ce qui est devenu le chapitre onze de L’Intemporel.

On retrouve bien là le caractère existentiel de son approche de l’art…

Absolument et l’urgence, le sentiment d’urgence ! Tout d’un coup, il fallait intégrer cet exemple nouveau…

Propos recueillis par Fabien Spillmann

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 Douze dates
1901 : Naissance à Paris
1926 : Publication de La Tentation de l'Occident
1933 : La Condition humaine reçoit le prix Goncourt
1936-1937 : Participation à la guerre civile espagnole dans les rangs républicains. Publication de L'Espoir
1944 : Entrée dans la Résistance
1945-1946 : Ministre de l'information dans le gouvernement du général de Gaulle
1951 : Parution des Voix du silence
1952-1955 : Parution du Musée imaginaire de la sculpture mondiale
1957-1976 : Parution de La Métamoprhose des dieux
1959-1969 : Ministre des Affaires culturelles sous les présidences du général de Gaulle
1967 : Parution des Antimémoires
1976 : Mort de Malraux
   
 
 Bibliographie
Œuvres complètes V : Ecrits sur l'art II : La Métamorphose des dieux : Le Surnaturel - L'Irréel - L'Intemporel, Gallimard, 2004
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Œuvres complètes IV : Ecrits sur l'art I : Esquisse d'une psychologie du cinéma - Saturne. Le destin, l'art et Goya - Les Voix du silence - Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, Gallimard, 2004
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 Et aussi...
Site Internet de Gallimard
Introduction aux Voix du silence : exposition virtuelle pour un musée imaginaire
Site Internet des Amitiés internationales André Malraux
   
 
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