L’art chez Malraux de A à Z

 


Le musée inimaginable

L’autre grande critique consiste à dénoncer les erreurs et autres approximations dont les écrits de Malraux seraient remplis. Le premier à être parti en guerre contre Malraux et son musée imaginaire parmi les historiens de l’art est Georges Duthuit qui a publié, dès 1956, trois volumes chez Corti intitulés : Le Musée inimaginable. Comme son titre l’indique, il s’agit d’un véritable brûlot contre Malraux. Quand on prend la peine de le lire intégralement, on se rend compte que Duthuit se borne à relever quelques erreurs dans l’identification des mosaïques byzantines, dans les légendes des illustrations qui ne sont pas toutes de Malraux lui-même. Et puis Duthuit a surtout des appréciations qui lui sont personnelles. Il connaît très mal Walter Benjamin alors que Malraux l’a lu avant tout le monde. Il méprise l’art du Gandhara alors que la récente exposition consacrée à cet art au Musée Guimet [en 2002 - ndlr] a montré de manière éclatante son intérêt.

Si nous n’avons pas à faire avec ces Ecrits sur l’art à une histoire de l’art traditionnelle, de quelle nature est cette entreprise ?

Nous sommes en face d’un texte littéraire qui s’inscrit dans la continuité des œuvres complètes de Malraux. On ne peut pas le dissocier des romans. Les contemporains eux-mêmes ont mal compris pourquoi Malraux cessait d’écrire des romans pour se consacrer à l’art. Jean-Yves Tadié cite François Mauriac qui disait : « Malraux s’est retiré sous sa tente avec des photographies. » Or il y a déjà beaucoup d’éléments artistiques dans les romans de Malraux, et notamment dans leurs « avant-textes » - toutes ces pages non reprises dans les éditions publiées - où apparaissent de très longues digressions sur l’art. Tout se passe comme si Malraux avait continué à construire son œuvre en changeant simplement de domaine. On s’en aperçoit encore une fois en regardant ces deux volumes de la Pléiade et en commençant par le répertoire-index.

D’art et de fiction

Lorsque l’on prend ce répertoire-index grouillant d’œuvres d’art et de noms d’artistes, la comparaison qui vient aussitôt à l’esprit, ce sont les autres grands index de la bibliothèque de la Pléiade : l’index de La Comédie humaine de Balzac, celui des Mémoires de Saint-Simon, celui enfin de La Recherche du temps perdu de Proust. Les œuvres d’art – c’est mon hypothèse personnelle – pour André Malraux sont comme des personnages. Elles vivent de leur propre vie. Il les transfigure en en faisant des héros. Tel chef-d’œuvre comme par exemple la Pietà de Villeneuve-lès-Avignon, chef-d’œuvre du Louvre attribué depuis à Enguerrand Quarton, réapparaît d’un bout à l’autre des Ecrits sur l’art. C’est comme si Malraux appliquait aux œuvres d’art la technique des personnages qui réapparaissent tout au long de La Comédie humaine de Balzac. Quand Proust fait le portrait d’un personnage, il ne le décrit jamais une fois pour toute. Il le décrit d’abord par fragment et on en a une compréhension complète qu’à la fin de la lecture de son livre. Chez Malraux, c’est la même chose. La Pietà de Villeneuve-lès-Avignon apparaît en entier, en noir et blanc, en détails (visage de la Vierge, mains) puis elle apparaît en couleur. C’est un personnage de fiction. Son propos n’est pas un commentaire d’historien de l’art et Jean-Yves Tadié et Henri Godard l’ont parfaitement bien compris.

Cela renvoie aussi à sa conception de l’art…

Deux idées caractérisent pour schématiser cette conception : d’un côté, le « musée imaginaire » et, de l’autre, la « métamorphose ». L’idée de « musée imaginaire » lui est sans doute suggérée par la lecture de Walter Benjamin. Elle vient surtout de son expérience concrète des musées. Le musée imaginaire correspond à l’ouverture des portes et des cloisons du musée réel, ouverture qui est rendue possible par la diffusion à très grande échelle de milliers de photographies d’œuvres d’art.

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Au sommaire du dossier " Malraux et l'art " :
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 Douze dates
1901 : Naissance à Paris
1926 : Publication de La Tentation de l'Occident
1933 : La Condition humaine reçoit le prix Goncourt
1936-1937 : Participation à la guerre civile espagnole dans les rangs républicains. Publication de L'Espoir
1944 : Entrée dans la Résistance
1945-1946 : Ministre de l'information dans le gouvernement du général de Gaulle
1951 : Parution des Voix du silence
1952-1955 : Parution du Musée imaginaire de la sculpture mondiale
1957-1976 : Parution de La Métamoprhose des dieux
1959-1969 : Ministre des Affaires culturelles sous les présidences du général de Gaulle
1967 : Parution des Antimémoires
1976 : Mort de Malraux
   
 
 Bibliographie
Œuvres complètes V : Ecrits sur l'art II : La Métamorphose des dieux : Le Surnaturel - L'Irréel - L'Intemporel, Gallimard, 2004
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Œuvres complètes IV : Ecrits sur l'art I : Esquisse d'une psychologie du cinéma - Saturne. Le destin, l'art et Goya - Les Voix du silence - Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, Gallimard, 2004
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 Et aussi...
Site Internet de Gallimard
Introduction aux Voix du silence : exposition virtuelle pour un musée imaginaire
Site Internet des Amitiés internationales André Malraux
   
 
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