L’art chez Malraux de A à Z

 


Comme Malraux le souligne lui-même au début des Voix du silence, l’homme du XXe siècle dispose d’une vision très complète des arts de la planète. Phénomène inédit jusqu’à cette date. C’est le point de départ de la réflexion de Malraux. Cela trouve un écho à la fin de La Métamorphose des dieux avec l’éloge que Malraux fait des pratiques audiovisuelles. On a presque envie aujourd’hui de prolonger cette réflexion et de s’interroger sur la manière dont Internet et les moyens modernes de diffusion de l’image transforment aujourd’hui notre vision de l’œuvre d’art et notre accès à celle-ci. Mais c’est une autre question. Elle montre en tout cas à quel point la pensée de Malraux est fertile et peut se prolonger au-delà de son époque. A cette première idée s’ajoute celle de la « métamorphose » des œuvres. Pour Malraux, l’œuvre vit en elle-même. Elle a sa propre vie. Elle connaît des métamorphoses successives que Malraux présente comme une épopée des formes.

Le fait que Malraux soit un autodidacte, qu’il se soit formé lui-même au contact direct des artistes de son temps, a-t-il eu une influence dans l’élaboration de ses conceptions ?

Les artistes que Malraux a beaucoup fréquentés sont peu présents dans les Ecrits sur l’art. C’est le cas de Balthus, de Chagall ou de Braque. Seul Picasso sort du lot. Malraux ne se fait pas l’interprète de ces artistes. Ensuite, il faut nuancer l’image d’un Malraux autodidacte. Si nous reprenons le catalogue complet de sa bibliothèque, nous découvrons un Malraux qui, sans avoir poursuivi ses études, a lu énormément sur les arts et a su puiser aux meilleures sources. Autodidacte donc au sens où il n’est pas passé par les fourches caudines d’une formation classique mais, au bout du compte, c’est quelqu’un qui parle depuis une immense bibliothèque.

En côtoyant des peintres, il a cependant une expérience vivante et concrète de la création, une approche plus intime de l’œuvre qui ont pu l’influencer…

Cela est vrai pour La Tête d’obsidienne, son essai consacré à Picasso. Le tête-à-tête avec l’artiste est au cœur de son propos. Malraux a beaucoup aimé ce dialogue avec Picasso. L’autre grand dialogue avec un peintre, c’est celui que Malraux instaure avec Goya… Dans votre question, vous mentionnez la peinture mais il ne faut pas oublier la sculpture qui a tenu une place primordiale dans sa réflexion. Malraux a été l’un des tous premiers à donner à la sculpture toute sa place. En revanche, il a presque ignoré l’architecture.

Quelle en est l’explication ?

C’est de l’ordre du biographique. Il faut reprendre la chronologie établie dans cette édition par François de Saint-Cheron qui, là aussi, nous donne des éléments dont nous ne disposions pas jusqu’à présent, avec la liste année par année, parfois mois par mois et jour par jour, de tout ce qu’André Malraux a vu. L’amour de l’art est indissociable de toute sa vie. Malraux entreprend bon nombre de ses voyages uniquement pour voir des œuvres de ses propres yeux. Les Ecrits sur l’art peuvent se lire également, entre les lignes, comme une entreprise autobiographique. Des « anti-antimémoires » à travers la découverte ou la redécouverte des œuvres d’art. L’art a pris possession de sa vie et je crois que les biographes de Malraux ne l’ont pas assez souligné.

Est-ce que cette conception de l’art chez Malraux a influencé son activité de ministre ?

Malraux a mis en œuvre certaines de ses idées. Il a eu un goût pour les musées et le Louvre lui doit sans doute beaucoup. Michel Laclotte dans ses souvenirs de conservateur [Histoires de musées - ndlr] lui rend hommage. Voilà l’exemple d’un historien de l’art qui ose le saluer. Malraux a accompagné La Joconde aux Etats-Unis, ce qui a été une manière de faire venir beaucoup d’Américains dans les musées français. Et puis il a su aussi encourager des initiatives privées comme la Fondation Maeght… Il a su faire confiance à André Chastel, historien de l’art, pour mettre en place l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France. Entreprise colossale de recensement de toutes les œuvres présentes dans les communes et dont on serait bien en peine de trouver l’origine dans les Ecrits sur l’art. Malraux y met toujours l’accent sur le chef-d’œuvre, l’œuvre exceptionnelle. Le projet de l’inventaire répond à une démarche très différente qui prouve le sens des réalités du Malraux ministre. Il a eu l’intelligence de ne pas considérer ses propres écrits sur l’art comme le programme de son action gouvernementale.

Propos recueillis par Fabien Spillmann

>> Lire notre entretien avec Henri Godard
>> Lire notre entretien avec Jean-Claude Perrier
>> Au sommaire de notre dossier " Malraux et l'art "

page 1 | 2 | 3
>> Retrouvez toutes les actus de la semaine
 A lire sur ZeStory
Au sommaire du dossier " Malraux et l'art " :
Les Ecrits sur l'art I et II
Actus | 15/12/04
Henri Godard - L'expérience Malraux distance
Entretien
André Malraux et la tentation de l'Inde
Actus | 15/12/04
Jean-Claude Perrier - Malraux, le signe indien
Entretien
L'expérience existentielle de l'art
Actus | 15/12/04
André Malraux et le rayonnement culturelle de la France
Actus | 15/12/04
Lazare
Actus | 15/12/04
André Malraux - Grands discours 1946-1973
Actus | 15/12/04
   
 Douze dates
1901 : Naissance à Paris
1926 : Publication de La Tentation de l'Occident
1933 : La Condition humaine reçoit le prix Goncourt
1936-1937 : Participation à la guerre civile espagnole dans les rangs républicains. Publication de L'Espoir
1944 : Entrée dans la Résistance
1945-1946 : Ministre de l'information dans le gouvernement du général de Gaulle
1951 : Parution des Voix du silence
1952-1955 : Parution du Musée imaginaire de la sculpture mondiale
1957-1976 : Parution de La Métamoprhose des dieux
1959-1969 : Ministre des Affaires culturelles sous les présidences du général de Gaulle
1967 : Parution des Antimémoires
1976 : Mort de Malraux
   
 
 Bibliographie
André Malraux et la Tentation de l'Inde, Gallimard / Ambassade de France en Inde, 2004
>> Achetez ce livre
Œuvres complètes V : Ecrits sur l'art II : La Métamorphose des dieux : Le Surnaturel - L'Irréel - L'Intemporel, Gallimard, 2004
>> Achetez ce livre
Œuvres complètes IV : Ecrits sur l'art I : Esquisse d'une psychologie du cinéma - Saturne. Le destin, l'art et Goya - Les Voix du silence - Le Musée imaginaire de la sculpture mondiale, Gallimard, 2004
>> Achetez ce livre
Œuvres complètes III : Le Miroir des limbes : I, Antimémoires. II, La Corde et les souris - Oraisons funèbres - Le Règne du Malin, Gallimard, 1996
>> Achetez ce livre
Œuvres complètes II : L'Espoir - Les Noyers de l'Altenburg - Le Démon de l'absolu, Gallimard, 1996
>> Achetez ce livre
   
 
 Et aussi...
Site Internet de Gallimard
Introduction aux Voix du silence : exposition virtuelle pour un musée imaginaire
Site Internet des Amitiés internationales André Malraux
   
 
><
 
Qui sommes-nous ? | Rubrique légale | Contact | Timée recrute | Plan du site
© ZeStory 2004 | Hébergement Réseau Concept