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ZeStory - Quand avez-vous eu l’idée
de ce recueil autour de Malraux et sa relation
à l’Inde ?
Jean-Claude Perrier - L’histoire
est un peu ancienne. A l’origine,
il y a un ouvrage hors-commerce bilingue,
intitulé Malraux et l’Inde,
réalisé en 1996 par les éditions
Gallimard et l’Ambassade de France
en Inde. Un certain nombre de documents
s’y trouvait déjà rassemblé
et une première chronologie retraçait
le parcours indien de Malraux. Ensuite,
sont venues s’y ajouter les contributions
des intervenants (universitaires, diplomates,
témoins, journalistes, etc.) au colloque
sur Malraux et l’Inde qui s’est
tenu en mars 2003 à New Delhi. Ces
différents éléments
une fois réunis constituaient une
première matière et le point
de départ pour un nouvel ouvrage
sur un sujet qui me tenait à cœur.
Le fait que le résultat
de ce travail collectif soit publié
en même temps que les Ecrits sur
l’art quand on sait la place
que l’Inde a pu occuper dans ces derniers,
ne tient évidemment pas du hasard…
Avec ces deux volumes de la Pléiade,
c’est un pan entier de l’œuvre
de Malraux méprisé, négligé,
mal connu qui, tout d’un coup, reprend
vie et devient à nouveau accessible.
Grâce à cette publication,
on comprend que les Ecrits sur l’art
sont une partie fondamentale de l’œuvre
de Malraux. C’est une réflexion
qui l’a accompagné pendant
les deux tiers de sa vie. De ce point de
vue, André Malraux et la tentation
de l’Inde s’inscrit dans
cette volonté de mise en avant de
la réflexion de Malraux sur l’art.
L’une de ses trois parties est consacrée
à l’art indien. Dans la pensée
de Malraux, cet art occupe une place à
part, une place de choix. Du Gandhara à
Elephanta, c’est encore une fois quarante
cinq ans de fréquentation assidue
et de réflexion.
Comme vous le soulignez, il y
a une sorte de paradoxe indien chez Malraux.
Il est fasciné par l’Inde mais
n’écrit presque rien à
son propos. Lorsqu’il le fait, c’est
tardivement dans les Ecrits sur l’art
et les Antimémoires. Comment
l’expliquez-vous ? Surtout en comparaison
avec la Chine très présente
au début de son œuvre…
C’est un paradoxe. L’Inde est
le pays lointain que Malraux a le plus visité
de 1930 à 1974. Il y est allé
à de multiples reprises tant pour
des voyages privés que pour des visites
officielles. C’est sans doute le pays
d’antique civilisation qui l’a
le plus fasciné et le plus influencé
dans sa réflexion philosophique et
dans son approche artistique. Mais en termes
d’écrits, il faut bien le constater,
le bilan est maigre. Il n’y a rien
dans la période romanesque de Malraux,
celle à laquelle vous faites référence
à propos de la Chine. Il s’est
beaucoup servi de ce pays dans la première
partie de son œuvre depuis La Tentation
de l’Occident jusqu’à
La Condition humaine. Il y a un
certain nombre de très grands livres
« chinois » de Malraux. Pas
un roman indien de lui !
Pour mémoire
Pourquoi ? Peut-être parce que l’Inde
est un pays qui n’a pas fait de révolution
d’une certaine façon ou, tout
au moins, a fait ce que Malraux appelait
une « révolution sans
violence ». On peut rêver d’un
roman indien de Malraux qui aurait accompagné
la marche de Gandhi et de l’Inde vers
l’indépendance. Mais il n’est
pas sûr que le personnage de Gandhi
ait fasciné Malraux à l’égal
d’un Mao ou d’un Nehru. Malraux
était plus porté vers les
conquérants pragmatiques que les
mystiques idéalistes. Toujours est-il
qu’il faut attendre 1967 et les Antimémoires
dont une large part est consacrée
à l’Inde. Une part géniale,
cela dit ! Les entretiens avec Nehru, reconstitués
par Malraux à sa façon, sont
une merveille. Dans les livres sur l’art,
l’Inde revient régulièrement.
Et puis il y a sa dernière page fabuleuse
du Surnaturel sur la Maheçamurti
d’Elephanta.
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