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Qu’est-ce qui le fascine plus
particulièrement en Inde par rapport
à la Chine ?
Sans hésiter, la dimension métaphysique
de l’Inde qu’il ne trouve pas
en Chine. En Chine, Malraux est fasciné
par le peuple en mouvement, la multitude,
les convulsions de l’histoire, une
révolution qu’il pressent et
qui va arriver. L’Inde est un pays
presque aussi grand et aussi peuplé
que la Chine. Mais l’Inde, c’est
avant tout l’hindouisme. La première
question posée par Malraux à
Nehru lorsqu’il le rencontre à
Paris en janvier 1936 est : « Qu’est-ce
qui a permis à l’hindouisme
d’expulser des Indes, sans grave conflit,
il y a plus de mille ans, un bouddhisme
bien organisé ? » Embarras
de Nehru qui n’en sait rien, d’autant
plus qu’il est athée et un
peu marxisant. Malraux oriente tout de suite
le débat vers la religion. L’hindouisme
structure l’organisation politique,
religieuse, sociale de l’Inde même
si les castes ont été «
supprimées » depuis l’Indépendance.
Malraux agnostique a été frappé,
stupéfait, fasciné par ce
pays profondément mystique, non seulement
dans l’esprit mais dans le quotidien.
On ne peut pas se promener en Inde sans
rencontrer du religieux. il imprègne
et règle la vie quotidienne, il conditionne
les actes familiaux et sociaux. Il y a une
photographie absolument extraordinaire reproduite
dans le livre où Malraux est accueilli
à Ellora en 1958 par un magnifique
brahmane qui lui marque un rond sacré
sur le front. Malraux agnostique vibrait
devant tout cela.
La dimension artistique est cependant
présente dès son premier voyage
en Inde en 1930 avec l’épisode
des têtes gréco-bouddhiques…
C’est un épisode assez «
farfelu » dans l’histoire de
Malraux. De son voyage en Inde et en Afghanistan
en 1930, il a rapporté quatre-vingt
têtes gréco-bouddhiques. A
son retour, il les expose à la galerie
de la NRF. Comme à son habitude,
il ne donne aucune explication crédible
sur les origines de ces sculptures, les
conditions dans lesquelles il les a découvertes
et les a expédiées en France.
Par là, il a laissé le champ
libre à toutes les questions, à
toutes les interprétations –
y compris hostiles – et s’est
exposé aux critiques. La part du
mythe encore une fois fait son œuvre.
Quelle est alors sa vision de
ce pays et de sa civilisation au-delà
de la dimension artistique ?
Malraux connaissait l’Inde avant
de s’y rendre. L’Inde a fait
partie de sa culture dès les années
vingt. Comme c’est le cas pour un
certain nombre d’intellectuels français,
à la suite de Romain Rolland ou d’André
Gide. Malraux dont les études ont
été chaotiques mais qui avait
vaguement suivi des cours aux Langues’O
et fréquenté le musée
Guimet avait dès cette époque
une solide culture orientale et indienne.
Quand il va en Inde en passant par l’Afghanistan,
Malraux n’est pas tout à fait
novice. Il a déjà écrit
La Tentation de l’Occident.
L’Orient est déjà une
partie intégrante de sa réflexion
générale sur la civilisation
occidentale.
A la différence d’autres
Occidentaux, Malraux s’intéresse
aussi à l’Inde moderne…
L’accélération des
voyages de Malraux en Inde s’opère
à partir de 1958 quand il arrive
aux « affaires ». Il se rend
dans ce pays régulièrement
jusqu’en 1974. Il a donc accompagné
les évolutions de l’Inde moderne.
Dans l’entretien qu’il
accorde en 1974 à Karthy Sishupal,
une jeune universitaire indienne, il porte
un jugement très sévère
sur le documentaire de Louis Malle, Calcutta,
sorti en salles cinq ans plus tôt…
Cet entretien est intéressant parce
que c’est le seul entretien «
indien » de Malraux à ma connaissance.
Les sujets de conversation sont indiens
même si l’entretien se déroule
en français. Leur échange
porte sur l’Inde telle qu’elle
était en train d’évoluer.
Malraux souligne les changements qu’il
a pu constater sur place, notamment à
Delhi. Il parle des problèmes de
langues. Autant de sujets que Malraux n’avait
jamais eus l’occasion d’aborder
auparavant. Et effectivement, à propos
de Louis Malle, Malraux considère
que son film projette une réalité
partielle et partiale, une réalité
choc qui ne reflète en rien l’Inde
profonde. Il a parfaitement raison. Il suffit
d’aller à Calcutta aujourd’hui
pour se rendre compte que ce n’est
pas seulement le mouroir de Mère
Teresa, ou La Cité de la joie
de Dominique Lapierre. C’est une vraie
ville de quinze millions d’habitants
qui travaillent, vivent et meurent. C’est
l’Inde en mouvement. Ce n’est
pas cette espèce d’alanguissement
romantique et misérabiliste qui a
été trop souvent colporté
et que les Indiens détestent.
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