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ZeStory - Dans Le mal de Montano,
le narrateur se rend à Nantes. Les
références à la France
et à la littérature française
sont très nombreuses dans votre uvre.
Quelle est votre relation à la France
? Quel souvenir gardez-vous de votre séjour
à Paris au tournant des années
soixante-dix, quand vous étiez logé
chez Marguerite Duras ?
Enrique Vila-Matas - Mon prochain livre
qui sortira à Barcelone en octobre
s'appelle Paris ne finit jamais.
Ce livre parle de mon premier roman La
Lecture assassine que j'ai écrit
lors de mon séjour à Paris.
Je raconte dans quel état d'esprit
je suis arrivé à Paris : pour
imiter Hemingway, loger dans une chambre
de bonne de Marguerite Duras et écrire
mon premier roman. En fait, c'est une révision
très ironique de ma jeunesse et de
la manière dont j'ai essayé
d'écrire ce premier roman. Par exemple
en suivant les instructions de Marguerite.
Je lui ai demandé : " Comment
on écrit un roman ? " Alors
elle m'a laissé des instructions
dans l'entrée de la maison. Je suis
reparti avec un petit carnet sur lequel
se trouvaient quatorze instructions. Il
y avait entre autres des instructions sur
le registre linguistique, la trame du roman,
sa structure
J'étais très
impressionné par le nombre de choses
que je ne connaissais pas. Grâce à
ces instructions et aux questions que je
lui ai posées, j'ai essayé
d'écrire.
Culture française
Ma formation culturelle, comme celle de
beaucoup de Barcelonais, est très
française. Dans ma culture et mes
lectures, il y a une part très importante
de livres français. Cela n'est pas
seulement lié aux années que
j'ai passées à Paris. Je me
sens plus proche des courants littéraires
français, que des courants anglo-saxons.
Il y a une anecdote amusante à ce
sujet. Mon précédent livre,
Bartleby et compagnie, est sorti
récemment à Londres, il sortira
bientôt à New York. A Londres,
les personnes qui ont lu le livre m'ont
dit : " Le livre est très
bon mais on ne connaît personne. "
En fait, ils voulaient dire qu'il n'y a
presque aucune référence à
des auteurs anglo-saxons dans Bartleby.
Par contre, il y a beaucoup d'auteurs français,
espagnols ou sud-américains.
Comment est perçu en Espagne
cet attachement à la culture française
?
Je suis considéré comme un
écrivain étranger dans mon
propre pays, en Espagne, ce qui, à
vrai dire, me convient parfaitement. Tous
les écrivains que j'aime sont étrangers
d'une manière ou d'une autre. "
J'aime les écrivains de langue étrangère
", disait Proust. Je ne m'identifie
pas à la notion de nationalité.
Je refuse l'idée d'être un
écrivain national. En Argentine,
on me considère comme un écrivain
argentin, au Portugal, comme un écrivain
portugais. Ecrire, c'est ne pas appartenir
à un pays. Je cite toujours une citation
de Witold Gombrowicz qui résume parfaitement
mon état d'esprit : " Quand
j'écris, je ne suis ni polonais,
ni chinois. "
Dans Le mal de Montano, le narrateur
est malade de littérature. Pouvez-vous
nous expliquer ce qu'est cette maladie ?
Est-ce que ce mal correspond à votre
propre expérience de la littérature,
en tant qu'écrivain et lecteur ?
La crainte de devenir un écrivain
qui n'écrit plus, comme votre narrateur
dans Le mal de Montano ou les auteurs
évoqués dans Bartleby et
compagnie, vous guette-t-elle ?
C'est effectivement le problème
que j'ai eu quand j'ai fini Bartleby
et compagnie. Le jour même de
la sortie de ce livre, lors de la conférence
de presse, la dernière question qu'une
journaliste m'a posée était
: " Qu'est-ce vous préparez
maintenant ? " Je me suis rendu compte
que je ne préparai rien, je venais
juste de terminer un livre. Et je me suis,
tout à coup, senti comme Bartleby,
un homme sans livre
Et j'ai eu peur,
pendant un certain temps, d'être comme
Bartleby dans une impasse définitive
: je n'écrirai plus jamais. Alors
j'ai pensé : si maintenant je n'écris
plus et si on me demande pourquoi, je répondrais
: " Ma vie, ce sont mes livres. "
Un peu comme Marcel Duchamp, qui se considérait
comme une uvre d'art vivante. Cette
pensée m'a aidé à sortir
de cette angoisse.
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