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Etant donné cet état d'esprit,
comment avez-vous commencé à
écrire Le mal de Montano ?
J'ai reçu des coups de téléphone
d'une fondation un peu bizarre Sciences
et Santé. Je n'ai pas répondu,
cela me faisait peur. Mais ensuite ils m'ont
envoyé une lettre pour me commander
une conférence sur la littérature
et la maladie. Ils payaient beaucoup, c'était
impossible de refuser. J'en ai parlé
à une amie, car je ne savais pas
quelle maladie aborder pour cette conférence.
Elle m'a suggéré le thème
de la folie et la littérature, et
puis le thème de la maladie de la
littérature elle-même. Au même
moment, une autre amie de Barcelone m'a
dit : " Avec toi, on ne peut parler
que de littérature. " J'ai trouvé
cette accusation injuste. Je parle tout
de même d'autres choses
Mais
l'idée a fait son chemin et je me
suis dit que j'allais créer un personnage
totalement obsédé de littérature.
Et tous les problèmes que je partageais
avec Bartleby, je les ai transférés
sur un fils imaginaire, Montano.
D'ailleurs, la conférence à
Madrid sur la littérature et la maladie,
je l'ai intitulée " Le mal de
Montano ". Les quinze premières
pages du livre sont celles que j'ai écrites
pour répondre à la commande
de la fondation Sciences et Santé.
A la fin de la dite conférence, il
est arrivé quelque chose de très
étrange. Une femme s'est approchée
de moi et m'a demandé : " Pourquoi
avoir appelé ce mal, " le mal
de Montano ", parce que moi je m'appelle
Maria Montano ? " C'était très
bizarre, car je n'ai jamais rencontré
personne de ce nom et j'ai soudain pensé
que n'importe qui pouvait s'appeler Montano.
C'est pourtant un nom très rare en
Espagne, qui date du XIIe siècle.
Une coïncidence étrange
Comme c'est le cas pour certains de
vos héros, les conférences
semblent jouer un grand rôle dans
votre vie d'écrivain ?
Tout à fait. J'ai donné une
conférence à Cadix, l'été
dernier, dans le cadre d'un colloque sur
le thème de l'ironie dans la narration.
J'étais à Paris juste avant
cette conférence et je réfléchissais
à ce que j'allais pouvoir écrire
pour ce colloque sur l'ironie. Car je ne
suis pas un théoricien de l'ironie,
je suis ironique, mais je ne sais pas ce
que c'est. Et j'ai commencé à
me rappeler les années que j'avais
passées à Paris dans les années
soixante-dix. Je me suis mis à y
penser de manière ironique. Comme
pour la conférence sur " Le
mal de Montano ", j'ai écrit
une quinzaine de pages pour cette conférence
qui s'appelait " L'ironie à
Paris "
Le pari d'écrire
Ensuite, j'ai écrit le roman Paris
ne finit jamais
avec des choses
réelles et des choses inventées
mais principalement une vision ironique
de la notion d'expérience. Est-il
possible d'acquérir de l'expérience
quand on écrit un premier roman ?
Je pense que non. Quand je suis retourné
à Barcelone quelques années
après ce séjour, je me suis
aperçu que je n'avais appris que
peu de choses : la première, écrire
à la machine, la deuxième,
que j'étais capable de finir un livre
- un petit livre -, et la troisième
chose, c'est un conseil que Marguerite m'a
donné. Un conseil que Raymond Queneau
lui avait lui-même donné. Elle
me disait toujours : " Un jour, je
te donnerai le conseil de Raymond Queneau.
" Elle ne me l'a dévoilé
que le dernier jour de mon séjour
parisien. C'est un conseil terrible : "
Ecris et ne fais rien d'autre. " Paris
ne finit jamais s'amuse de la soi-disant
expérience en écriture, de
la connaissance de soi, de la vie.
Quel est le thème de votre prochaine
conférence ?
(Rires) J'attends avec impatience une prochaine
commande pour une conférence. Je
n'aime pas que l'on me demande de faire
ce que je veux, je préfère
un sujet imposé, un sujet un peu
étrange, un peu difficile, un thème
nouveau pour moi.
Au fil de vos romans, la figure de
l'espion identifiée, selon vous,
à l'écrivain est omniprésente.
Est-ce que cette vision correspond à
une expérience personnelle ? Si oui,
laquelle ?
Oui bien sûr, c'est en relation
avec une expérience personnelle.
Mais je tiens à préciser quelque
chose. L'écrivain espionne, mais
il va toujours au-delà de la réalité
espionnée. Il y a, par ailleurs,
une similitude entre l'écrivain et
l'espion : c'est la solitude.
Pour vous donner un exemple, dans le livre
qui fait spécifiquement référence
à l'espionnage, Etrange façon
de vivre, le narrateur doit préparer
une conférence. A Barcelone, j'habite
dans le quartier Gràcia, près
de la rue Verdi - où il n'y a pas
de salle de conférence. Il y a une
petite salle des arts et on m'a demandé
au moment où j'écrivais le
livre de faire une conférence. Tout
s'est passé comme si le conférencier
de mon roman était invité
à faire une conférence. Je
suis donc sorti faire cette conférence,
habillé comme Pessoa, avec une gabardine
et un chapeau, habillé comme le personnage
de mon roman, sans que personne ne le sache.
Et je n'en ai parlé à personne.
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