Enrique Vila-Matas ne finit jamais
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Etant donné cet état d'esprit, comment avez-vous commencé à écrire Le mal de Montano ?

J'ai reçu des coups de téléphone d'une fondation un peu bizarre Sciences et Santé. Je n'ai pas répondu, cela me faisait peur. Mais ensuite ils m'ont envoyé une lettre pour me commander une conférence sur la littérature et la maladie. Ils payaient beaucoup, c'était impossible de refuser. J'en ai parlé à une amie, car je ne savais pas quelle maladie aborder pour cette conférence. Elle m'a suggéré le thème de la folie et la littérature, et puis le thème de la maladie de la littérature elle-même. Au même moment, une autre amie de Barcelone m'a dit : " Avec toi, on ne peut parler que de littérature. " J'ai trouvé cette accusation injuste. Je parle tout de même d'autres choses… Mais l'idée a fait son chemin et je me suis dit que j'allais créer un personnage totalement obsédé de littérature. Et tous les problèmes que je partageais avec Bartleby, je les ai transférés sur un fils imaginaire, Montano.

D'ailleurs, la conférence à Madrid sur la littérature et la maladie, je l'ai intitulée " Le mal de Montano ". Les quinze premières pages du livre sont celles que j'ai écrites pour répondre à la commande de la fondation Sciences et Santé. A la fin de la dite conférence, il est arrivé quelque chose de très étrange. Une femme s'est approchée de moi et m'a demandé : " Pourquoi avoir appelé ce mal, " le mal de Montano ", parce que moi je m'appelle Maria Montano ? " C'était très bizarre, car je n'ai jamais rencontré personne de ce nom et j'ai soudain pensé que n'importe qui pouvait s'appeler Montano. C'est pourtant un nom très rare en Espagne, qui date du XIIe siècle. Une coïncidence étrange…

Comme c'est le cas pour certains de vos héros, les conférences semblent jouer un grand rôle dans votre vie d'écrivain ?

Tout à fait. J'ai donné une conférence à Cadix, l'été dernier, dans le cadre d'un colloque sur le thème de l'ironie dans la narration. J'étais à Paris juste avant cette conférence et je réfléchissais à ce que j'allais pouvoir écrire pour ce colloque sur l'ironie. Car je ne suis pas un théoricien de l'ironie, je suis ironique, mais je ne sais pas ce que c'est. Et j'ai commencé à me rappeler les années que j'avais passées à Paris dans les années soixante-dix. Je me suis mis à y penser de manière ironique. Comme pour la conférence sur " Le mal de Montano ", j'ai écrit une quinzaine de pages pour cette conférence qui s'appelait " L'ironie à Paris "…

Le pari d'écrire

Ensuite, j'ai écrit le roman Paris ne finit jamais… avec des choses réelles et des choses inventées mais principalement une vision ironique de la notion d'expérience. Est-il possible d'acquérir de l'expérience quand on écrit un premier roman ? Je pense que non. Quand je suis retourné à Barcelone quelques années après ce séjour, je me suis aperçu que je n'avais appris que peu de choses : la première, écrire à la machine, la deuxième, que j'étais capable de finir un livre - un petit livre -, et la troisième chose, c'est un conseil que Marguerite m'a donné. Un conseil que Raymond Queneau lui avait lui-même donné. Elle me disait toujours : " Un jour, je te donnerai le conseil de Raymond Queneau. " Elle ne me l'a dévoilé que le dernier jour de mon séjour parisien. C'est un conseil terrible : " Ecris et ne fais rien d'autre. " Paris ne finit jamais s'amuse de la soi-disant expérience en écriture, de la connaissance de soi, de la vie.

Quel est le thème de votre prochaine conférence ?

(Rires) J'attends avec impatience une prochaine commande pour une conférence. Je n'aime pas que l'on me demande de faire ce que je veux, je préfère un sujet imposé, un sujet un peu étrange, un peu difficile, un thème nouveau pour moi.

Au fil de vos romans, la figure de l'espion identifiée, selon vous, à l'écrivain est omniprésente. Est-ce que cette vision correspond à une expérience personnelle ? Si oui, laquelle ?

Oui bien sûr, c'est en relation avec une expérience personnelle. Mais je tiens à préciser quelque chose. L'écrivain espionne, mais il va toujours au-delà de la réalité espionnée. Il y a, par ailleurs, une similitude entre l'écrivain et l'espion : c'est la solitude.

Pour vous donner un exemple, dans le livre qui fait spécifiquement référence à l'espionnage, Etrange façon de vivre, le narrateur doit préparer une conférence. A Barcelone, j'habite dans le quartier Gràcia, près de la rue Verdi - où il n'y a pas de salle de conférence. Il y a une petite salle des arts et on m'a demandé au moment où j'écrivais le livre de faire une conférence. Tout s'est passé comme si le conférencier de mon roman était invité à faire une conférence. Je suis donc sorti faire cette conférence, habillé comme Pessoa, avec une gabardine et un chapeau, habillé comme le personnage de mon roman, sans que personne ne le sache. Et je n'en ai parlé à personne.

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Le mal de Montano
Actus | semaine du 24/09
Portrait du jeune écrivain en meuble
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Vila-Matas, l'affaire Pélican
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 Cinq dates
1948 : Naissance
1968 : Séjour à Paris chez Marguerite Duras

1977 : Premier roman, La asesina ilustrada - La lecture assassine

2002 : Prix Romulo Gallegos, l'un des plus importants de la littérature hispanique, pour Le voyage vertical
2002 : Prix Herralde pour Le mal de Montano
   
 
 Bibliographie
  Sauf indication contraire, tous les livres d'Enrique Vila-Matas ont été publiés en français chez Christian Bourgois.
París no se acaba nunca, Anagrama, à paraître en Espagne en octobre 2003
Le mal de Montano, 2003
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Bartleby et compagnie, 10/18, 2003
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Etrange façon de vivre, 10/18, 2003
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La lecture assassine, Passage du Nord-Ouest Editions, 2003
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Le voyage vertical, 2002
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Le Voyageur le plus lent, Le Passeur, 2001
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Loin de Veracruz, 2000
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Enfants sans enfants, 1999
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Imposture, 1996
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Suicides exemplaires, 1995
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Une maison pour toujours, 1993
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Abrégé de l'histoire de la littérature portative, 1990
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