La vie fantasmagoriquement brève et étrange d'Amadeo Modigliani
De Velibor Colic
Le serpent à plumes
En librairie

Ce court roman, publié aux éditions du serpent à plumes, est l’un des premiers écrits du romancier Velibor Colic. Ecrit dans l’urgence à l’âge de 25 ans et publié dès 1989 en Croatie, ce récit raconte l’histoire de ce qu’auraient pu être les trois derniers jours du peintre Modigliani…

Tragique, étrange et fantasmagorique, telle fut la vie de Modigliani dans les rêves de Colic. A travers ce peintre qui oscille entre fiction et réalité, l’auteur fait vivre et mourir un personnage qui ne serait ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre… Sur un fond violent, qui respire la mort à chaque page, l’histoire du créateur refait également surface…

Etablir une biographie du peintre n’intéressait pas l’auteur… Il a choisi Modigliani parce qu’il a été le point de convergence de diverses tragédies. Un drame personnel : la tuberculose, la séparation avec sa première femme et une certaine propension au suicide, associé à sa situation d’artiste juif dans l’Italie des années 20, au moment où l'on sent déjà la montée des intolérances et du fascisme… Et surtout, la sensation que Modigliani est un « déraciné », un perpétuel étranger, tout comme son auteur qui aura déserté l’armée bosniaque en 1992, pour se réfugier en France… Alors, on ne peut s’empêcher de penser à cette guerre en ex-Yougoslavie, et à cette vision du monde toujours aussi sombre et pessimiste de l’auteur.

La forme n’est pas sans rappeler les écrits de Borges, dont le nom revient d’ailleurs plusieurs fois au cours du récit. De la littérature hispano-américaine, Colic espère d’ailleurs en avoir la fraîcheur , et la même capacité à poser les bonnes questions : qu’est-ce que le réel, qu’est-ce que l’irréel ? Car Colic aime le fantastique dans sa dimension poétique, et lorsqu’il s’intègre toujours à la réalité… Cette œuvre, toute aussi forte que Les Bosniaques, est aussi sombre que poétique, aussi douloureuse qu'inspirée… Velibor Colic aime souvent répéter cette phrase : « Une machine à café qui fait du café, c'est une machine ; mais une machine à café qui fait tout à fait autre chose que du café, c'est de la poésie… » …

Julie Chamard

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