Paul Auster Brooklyn Follies
Roman de Paul Auster
Actes Sud
En librairie

Brooklyn Follies est l'un des romans les plus attendus de cette rentrée littéraire...
L'inventeur du thriller métaphysique, a su imposer sa griffe: un subtil mélange d'inquiétude et d'étrangeté, avec des personnages bien souvent idéalistes mais blessés, en quête d'absolu... Bonne nouvelle : le nouveau Paul Auster ne déroge pas à la règle...

L'auteur a une fois de plus conservé cette façon si particulière de saisir les personnages au moment où ils vont disparaître, et de leur offrir un sursis, grâce aux pouvoirs de la littérature... Le narrateur, Nathan Glass, cinquante-neuf ans, est un homme malade, divorcé et usé qui décide de louer un petit trois pièces à Brooklyn, en attendant de se retirer du monde des vivants... "Je cherchais un endroit tranquille où mourir" explique t-il dans la première phrase du livre...
Pour alléger cette attente, il décide d'écrire: Le livre de la folie humaine, sorte de journal de bord recensant toutes "les gaffes, les lapsus et les stupidités" qu'il a commis dans le passé... Mais son "ange gardien" l'attendait dans une petite librairie de Brooklyn, (le faisant dévier de son projet initial): son neveu, Tom, perdu de vue depuis longtemps, avec qui il va tromper sa solitude et partager le rêve d'une vie meilleure : être amoureux à soixante ans comme à trente, se marier, retrouver les siens, échapper aux sectes, marcher sous le ciel bleu à huit heures du matin et s'enflammer pour Edgar Allan Poe, être heureux encore, mais pour combien de temps en Amérique à la vieille des attentats du 11 septembre?

Brooklyn Follies est fidèle à l'œuvre "austérienne" antérieure, multipliant les références... La première allusion, dans le titre, celle à Ziegfeld Follies, la comédie de mœurs de Vincente Minnelli, mais aussi un hommage aux Folies Bergères... Les "follies" de Brooklyn, ce sont aussi, la stupidité du pays de Bush, et de sa politique qui en incommode plus d'un... Et c'est peut-être le seul reproche que l'on pourrait faire à Auster, d'avoir un discours contre cette Amérique, passablement convenu... C'est pourtant un Paul Auster plus optimiste et édulcoré que l'on retrouve cette fois-ci, toujours impliqué et engagé, il jongle aisément entre comédie, ironie et cynisme...

Et si l'écrivain, très "américain" jusqu'à présent, livre encore une déclaration d'amour à son cher Brooklyn, qui tient le rôle d'un personnage à part entière, il devient désormais un auteur universel, qui met en scène chacun de nous, sans forcément le savoir...

Julie Chamard

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