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Joseph Roth avait promis à
son éditeur de raconter son premier
amour... Mais face à l'angoisse naissante
de ses souvenirs, il a préféré
raconter, son deuxième amour... qui
finira dit-il, par l'avoir tout autant marqué
que le premier... Alors, premier ou deuxième
amour, c'est finalement la même chose
pour l'écrivain allemand, auteur
d'une heure avant la fin du monde
et contemporain de Stefan Zweig : un amour
dont il a voulu se protéger, par
pur égoïsme, et qu'il décide
de raconter pour se consoler lui-même...
A ce deuxième amour est associé,
des rencontres avec des femmes exaspérantes
ou décevantes, aimantes ou fabuleuses,
toujours relatées avec un sens abrupt
du raccourci... Il se remémore également
certains de ses anciens amis, dont le souvenir
s'étiole peu à peu... Des
souvenirs d'enfance qui semblent l'avoir
si profondément marqués, que
ces futurs amours en subissent les conséquences...
Tout cela est écrit avec cette économie
tranchante de son style, où le dépouillement
renforce la cocasserie ou l’incongruité
de ses récits et rend si crue et
si cruelle la mise à nu de ses personnages.
L’ellipse, chez lui, est l’ellipse
du temps, du recul nécessaire qui
autorise ensuite la froide contemplation
, d’une émotion, d’une
nostalgie. Comme si tout devait sombrer
dans l’indifférence et représenter
un banal naufrage de l’être...
Julie Chamard
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