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Le dernier opus de Bret Easton Ellis,
Lunar Park, vient d'être
élu, meilleur livre de l'année
par le magazine Lire... Autant
adulé que détesté,
l'auteur étiqueté provocateur,
ne laisse en tout cas personne indifférent...
Ecrivain de l'absolu, maître de la
provocation et de la déchéance,
Ellis avait déjà dressé
le portrait d'une Amérique désabusée,
d'une jeunesse désenchantée
qui tue le temps entre sexe, drogues et
rock n'roll, scandalisant le monde avec
son American Psycho en 1991, et
devenant à lui seul, le porte parole
d'un nouveau courant littéraire.
On parle donc aujourd'hui d'influence "ellisienne"...
Certains pensaient que l'auteur avait fait
le tour de son "genre" de prédilection
en cinq romans, et qu'il n'aurait sans doute
plus grand chose à dire après
l'éblouissant Glamorama...
Mais Ellis a relevé le défi,
et revient plus armé que jamais,
avec la bonne idée de se mettre lui
même en scène pour devenir
le personnage central de Lunar Park.
Un défi littéraire majeur
et sans doute le meilleur roman de l'auteur,
toujours aussi déjanté et
génial, mais aussi plus mûr.
Lunar Park est un rêve halluciné
et jubilatoire, qui mêle autobiographie
et visions stupéfiantes. Bret Easton
Ellis se joue avec humour et virtuosité
du mythe de l'écrivain, et de lui-même
plus précisément. Il règle
d'abord ses comptes avec les violentes critiques
reçues pour American Psycho,
pour lequel on lui avait reproché
de prôner une violence gratuite insoutenable...
Avec beaucoup d'humour, il évoque
ensuite ses frasques de noctambule new-yorkais
et de cette époque où totalement
drogué, il fonçait vers le
néant au volant de sa Mercedes. Puis
son mariage avec l'actrice Jayne Dennis,
la naissance de leur fils Robby, la mort
d'un père trop encombrant et une
inexorable descente dans l'enfer de la cocaïne...
Et puis soudain, sans prévenir, Lunar
Park bascule dans la fiction, et même
dans la science-fiction... Elle est sans
doute l'allégorie d'un écrivain
lui-même hanté par son enfance
détraquée, par son imagination
satanique, par ses créatures romanesques,
par son incapacité à vivre
normalement...
Lunar Park est dans tous les sens
du terme, une histoire de fantômes,
beaucoup moins simple qu'il n'y paraît,
métaphore des démons qui agitent
son auteur... Et l'on demeure frappé
par la lucidité du regard que l'auteur
porte sur lui-même, avec un sens féroce
de l'autodérision, et une profondeur
que l'on ne lui connaissait pas... Pour
ceux qui en doutaient encore, Ellis prouve
pour de bon, qu'il est écrivain,
et qu'il n'a plus rien à prouver...
Julie Chamard
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