Duras, le théâtre c'est toi

Auteur d'une thèse sur Marguerite Duras et le théâtre, et collaboratrice d'Eric Vigner lors de ses derniers spectacles dont Savannah Bay à la Comédie-Française, Sabine Quiriconi revient pour nous sur la relation parfois ambiguë de l'écrivain avec la scène. Elle en retrace les grandes étapes et évoque les principales figures qui lui ont été associées. Du Square à La Musica Deuxième, de Madeleine Renaud à Claude Régy…


ZeStory - Marguerite Duras arrive au théâtre un peu par hasard et sans vraiment le désirer. Quels étaient ses rapports au théâtre avant de commencer à adapter des textes et à écrire pour la scène ?

Sabine Quiriconi - Son rapport au théâtre n'est pas si inexistant que cela. Elle a des habitudes de spectatrice. Elle est visiblement beaucoup intéressée par le travail des Pitoëff, des auteurs comme Tchekhov qu'elle adaptera plus tard. Mais c'est vrai qu'elle commence à écrire pour le théâtre par hasard, sur commande, avec Le Square. Ce n'est pas une nécessité. Elle reste avant tout un auteur de romans. Et c'est parce qu'elle est romancière qu'elle va bouleverser les conventions théâtrales. Car, au départ, elle est très critique vis-à-vis du théâtre. Elle le restera toujours d'ailleurs. Elle ne supporte pas les limites du théâtre.

Quelles sont ces limites ?

Pour elle, la représentation théâtrale use le texte. Lors de son passage à la scène, le texte est finalement altéré. Sa force suggestive est amoindrie par l'image scénique. De plus, l'acteur comme le metteur en scène prennent le pas sur l'auteur, " interprètent ", ferment le sens, ce qu'elle refuse.

Comment en vient-elle à écrire pour le théâtre ?

C'est très progressif en fait. D'abord, il s'agit surtout de répondre à des demandes. Elle va remanier certains de ses textes, dont Le Square, pour la scène. Il s'agit de modifications infimes qui se traduisent par une relative réduction du texte. Puis, au milieu des années soixante, elle rencontre trois jeunes acteurs : Hélène Surgère, Claire Deluca et René Erouk. Ils ne sont pas connus et lui demandent d'écrire pour eux. Elle accepte et leur offre Les Eaux et forêts, Le Shaga, Yes, peut-être. Elle va ainsi entrer dans la salle de répétition et commencer à connaître les contraintes et les possibilités du plateau, avec eux. Elle aime reprendre le texte à partir de la répétition, le réécrire à l'infini. Au risque d'exténuer les acteurs. Elle fait déjà de l'acte de profération, du silence, le centre du travail. A cet intérêt pour le plateau s'ajoute très vite la fascination pour des acteurs de formations diverses : Delphine Seyrig, Michael Lonsdale, Bulle Ogier, Madeleine Renaud. Et puis il y a la rencontre avec le metteur en scène Claude Régy qui met en scène à la même époque, en 1963, Les Viaducs de la Seine-et-Oise, première version de L'Amante anglaise. C'est le début d'une collaboration qui durera dix ans.

En quoi cette rencontre est-elle fondatrice pour l'un et l'autre ?

Claude Régy est alors engagé dans une recherche sur les écritures contemporaines. Il aspire à mettre en scène d'une autre façon. Il concentre le travail de ses acteurs sur l'acte d'énonciation. Il souhaite qu'ils ne jouent plus au sens conventionnel du terme. Claude Régy trouve chez Duras des mots et une œuvre pour avancer dans cette direction. De son côté, Duras apprend beaucoup avec Régy. Elle commence à envisager autrement les moyens scéniques, Régy parvenant à les plier aux exigences du texte. Ils travaillent avec les mêmes acteurs, lui à la scène, elle à l'écran, et se les partagent.

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 A lire sur ZeStory
  Au sommaire du dossier " Duras et le théâtre " :
Eric Vigner - A la lumière de Duras
Entretien
Laurent Caillon - Au square avec Duras
Entretien
Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin - Avec la douleur de Duras
Entretien
   
 Cinq dates
1956 : Première adaptation d'un texte de Duras au théâtre avec Le Square
1963 : Création des Viaducs de la Seine-et-Oise, première pièce de Marguerite Duras, au théâtre dans une mise en scène de Claude Régy
1968 : Création de L'Amante anglaise au TNP par Claude Régy avec Madeleine Renaud, Claude Dauphin et Michael Lonsdale
1983 : Création de Savannah Bay au Théâtre du Rond-Point par Marguerite Duras avec Madeleine Renaud et Bulle Ogier
1985 : Création de La Musica Deuxième, dernière pièce de Duras, par elle-même au Théâtre du Rond-Point avec Miou-Miou et Sami Frey
   
 
 Bibliographie
Théâtre. Tome III : La Bête dans la jungle - Les Papiers d'Aspern - La Danse de mort, Gallimard, 1984
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Théâtre. Tome II : Suzanna Andler - Des journées entières dans les arbres - Yes, peut-être - Le Shaga - Un Homme est venu me voir, Gallimard, 1968
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Théâtre. Tome I : Les Eaux et forêts - Le square - La Musica, Gallimard, 1965
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 Et aussi...
Site Internet de l'Association Marguerite Duras
Site Internet de la Société Marguerite Duras
Claude Régy : les répétitions - dossier réalisé par le Théâtre national de la Colline
   
 
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