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ZeStory - Marguerite Duras arrive au
théâtre un peu par hasard et
sans vraiment le désirer. Quels étaient
ses rapports au théâtre avant
de commencer à adapter des textes
et à écrire pour la scène
?
Sabine Quiriconi - Son rapport au théâtre
n'est pas si inexistant que cela. Elle a
des habitudes de spectatrice. Elle est visiblement
beaucoup intéressée par le
travail des Pitoëff, des auteurs comme
Tchekhov qu'elle adaptera plus tard. Mais
c'est vrai qu'elle commence à écrire
pour le théâtre par hasard,
sur commande, avec Le Square. Ce
n'est pas une nécessité. Elle
reste avant tout un auteur de romans. Et
c'est parce qu'elle est romancière
qu'elle va bouleverser les conventions théâtrales.
Car, au départ, elle est très
critique vis-à-vis du théâtre.
Elle le restera toujours d'ailleurs. Elle
ne supporte pas les limites du théâtre.
Quelles sont ces limites ?
Pour elle, la représentation théâtrale
use le texte. Lors de son passage à
la scène, le texte est finalement
altéré. Sa force suggestive
est amoindrie par l'image scénique.
De plus, l'acteur comme le metteur en scène
prennent le pas sur l'auteur, " interprètent
", ferment le sens, ce qu'elle refuse.
Comment en vient-elle à écrire
pour le théâtre ?
C'est très progressif en fait. D'abord,
il s'agit surtout de répondre à
des demandes. Elle va remanier certains
de ses textes, dont Le Square, pour
la scène. Il s'agit de modifications
infimes qui se traduisent par une relative
réduction du texte. Puis, au milieu
des années soixante, elle rencontre
trois jeunes acteurs : Hélène
Surgère, Claire Deluca et René
Erouk. Ils ne sont pas connus et lui demandent
d'écrire pour eux. Elle accepte et
leur offre Les Eaux et forêts,
Le Shaga, Yes, peut-être.
Elle va ainsi entrer dans la salle de répétition
et commencer à connaître les
contraintes et les possibilités du
plateau, avec eux. Elle aime reprendre le
texte à partir de la répétition,
le réécrire à l'infini.
Au risque d'exténuer les acteurs.
Elle fait déjà de l'acte de
profération, du silence, le centre
du travail. A cet intérêt pour
le plateau s'ajoute très vite la
fascination pour des acteurs de formations
diverses : Delphine Seyrig, Michael Lonsdale,
Bulle Ogier, Madeleine Renaud. Et puis il
y a la rencontre avec le metteur en scène
Claude Régy qui met en scène
à la même époque, en
1963, Les Viaducs de la Seine-et-Oise,
première version de L'Amante anglaise.
C'est le début d'une collaboration
qui durera dix ans.
En quoi cette rencontre est-elle fondatrice
pour l'un et l'autre ?
Claude Régy est alors engagé
dans une recherche sur les écritures
contemporaines. Il aspire à mettre
en scène d'une autre façon.
Il concentre le travail de ses acteurs sur
l'acte d'énonciation. Il souhaite
qu'ils ne jouent plus au sens conventionnel
du terme. Claude Régy trouve chez
Duras des mots et une uvre pour avancer
dans cette direction. De son côté,
Duras apprend beaucoup avec Régy.
Elle commence à envisager autrement
les moyens scéniques, Régy
parvenant à les plier aux exigences
du texte. Ils travaillent avec les mêmes
acteurs, lui à la scène, elle
à l'écran, et se les partagent.
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