Duras, le théâtre c'est toi
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


Comment avez-vous abordé ce texte ?

Avec Eric Vigner, nous sommes partis du constat que Duras devait beaucoup au roman, certes, mais aussi au cinéma. Nous avons donc souligné, défini, fait apparaître les différentes " séquences " de Savannah Bay. Nous avons travaillé avec les actrices et toute l'équipe à partir de la question de ce découpage. On passe sans transition d'une courte séquence à l'autre mais toutes rayonnent à partir des mêmes thèmes. Nous sommes également partis du principe que Catherine Samie et Catherine Hiegel étaient avant tout des actrices, avec leur mémoire de théâtre, et non des personnages. Eric y tenait. Peu importe du coup que Catherine Hiegel n'ait pas l'âge de la " Jeune Femme ".

Cela a-t-il posé des problèmes particuliers ?

Dans notre manuscrit de travail, on a rebaptisé les deux personnages. Catherine Samie n'avait pas non plus envie d'être appelée " Madeleine " car elle avait connu Madeleine Renaud pour laquelle Duras avait écrit le rôle. On les a rebaptisées à la manière de Duras, qui tronque souvent les noms. Samie c'était " S. " et Hiegel " H. ". On était très content parce que c'était le début et la fin de Savannah. On a voulu y voir un signe. (rires) Pour Hiegel, une autre question se posait : celle du lien de parenté de son rôle avec Savannah et Madeleine. Dans la première version de Savannah Bay, il est clair que " Jeune femme " est sa fille et donc la petite fille de Madeleine. Dans la seconde - celle que nous avons retenue pour le spectacle à la Comédie-Française -, Duras entretient le flou et le revendique. Ce flou sur l'hérédité, le lien de parenté qui unit les deux récitantes nous a beaucoup intéressés. On abordait là le thème de la transmission entre deux actrices, plus seulement entre une mère et une fille… La question de la transmission dépassait celle de l'hérédité biologique.

Un imaginaire

Ce qui se transmet dans Savannah Bay, ce n'est pas l'histoire parce qu'elle ne tient à rien. C'est le geste par lequel le mythe s'invente et circule comme le désir peut circuler, comme les rôles peuvent circuler. Eric est toujours très attaché à ce qui habite les acteurs, aux rôles qu'ils ont joués et qui croisent l'anecdote de leur vie personnelle. Il ne peut pas travailler sans mobiliser son propre imaginaire sur leur parcours, leur vie imaginée, leur vie vécue. Tout au long de notre travail, une phrase de Duras nous a accompagnés : " Il n'y a pas d'orphelin, il n'y a que des gens qui manquent d'imaginaire. " Le mythe de Savannah, cette histoire d'amour impossible de Savannah, en se transmettant, permet à chacun de l'inventer comme son histoire, d'écrire, d'inventer, de vivre d'autres histoires.

Propos recueillis par Karina Si Ahmed et Fabien Spillmann

>> Lire notre dossier " Duras et le théâtre "
>> Lire notre entretien avec Eric Vigner, metteur en scène de Savannah Bay
>> Lire notre entretien avec Laurent Caillon à propos du Square
>> Lire notre entretien avec Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin, comédiens dans Monsieur X. dit ici Pierre Rabier

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 A lire sur ZeStory
  Au sommaire du dossier " Duras et le théâtre " :
Eric Vigner - A la lumière de Duras
Entretien
Laurent Caillon - Au square avec Duras
Entretien
Marianne Basler et Jean-Philippe Puymartin - Avec la douleur de Duras
Entretien
   
 Cinq dates
1956 : Première adaptation d'un texte de Duras au théâtre avec Le Square
1963 : Création des Viaducs de la seine-et-Oise, première pièce de Marguerite Duras, au théâtre dans une mise en scène de Claude Régy
1968 : Création de L'Amante anglaise au TNP par Claude Régy avec Madeleine Renaud, Claude Dauphin et Michael Lonsdale
1983 : Création de Savannah Bay au Théâtre du Rond-Point par Marguerite Duras avec Madeleine Renaud et Bulle Ogier
1985 : Création de La Musica Deuxième, dernière pièce de Duras, par elle-même au Théâtre du Rond-Point avec Miou-Miou et Sami Frey
   
 
 Bibliographie
Théâtre. Tome IV : Véra Baxter ou Les plages de l'Atlantique - L'Eden Cinéma - Le Théâtre de L'Amante anglaise - Home - La Mouette, Gallimard, 1999
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Théâtre. Tome III : La Bête dans la jungle - Les Papiers d'Aspern - La Danse de mort, Gallimard, 1984
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 Et aussi...
Site Internet de l'Association Marguerite Duras
Site Internet de la Société Marguerite Duras
Claude Régy : les répétitions - dossier réalisé par le Théâtre national de la Colline
   
 
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