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Comment avez-vous abordé ce texte
?
Avec Eric Vigner, nous sommes partis du
constat que Duras devait beaucoup au roman,
certes, mais aussi au cinéma. Nous
avons donc souligné, défini,
fait apparaître les différentes
" séquences " de Savannah
Bay. Nous avons travaillé avec
les actrices et toute l'équipe à
partir de la question de ce découpage.
On passe sans transition d'une courte séquence
à l'autre mais toutes rayonnent à
partir des mêmes thèmes. Nous
sommes également partis du principe
que Catherine Samie et Catherine Hiegel
étaient avant tout des actrices,
avec leur mémoire de théâtre,
et non des personnages. Eric y tenait. Peu
importe du coup que Catherine Hiegel n'ait
pas l'âge de la " Jeune Femme
".
Cela a-t-il posé des problèmes
particuliers ?
Dans notre manuscrit de travail, on a rebaptisé
les deux personnages. Catherine Samie n'avait
pas non plus envie d'être appelée
" Madeleine " car elle avait connu
Madeleine Renaud pour laquelle Duras avait
écrit le rôle. On les a rebaptisées
à la manière de Duras, qui
tronque souvent les noms. Samie c'était
" S. " et Hiegel "
H. ". On était très content
parce que c'était le début
et la fin de Savannah. On a voulu y voir
un signe. (rires) Pour Hiegel, une autre
question se posait : celle du lien de parenté
de son rôle avec Savannah et Madeleine.
Dans la première version de Savannah
Bay, il est clair que " Jeune femme
" est sa fille et donc la petite fille
de Madeleine. Dans la seconde - celle que
nous avons retenue pour le spectacle à
la Comédie-Française -, Duras
entretient le flou et le revendique. Ce
flou sur l'hérédité,
le lien de parenté qui unit les deux
récitantes nous a beaucoup intéressés.
On abordait là le thème de
la transmission entre deux actrices, plus
seulement entre une mère et une fille
La question de la transmission dépassait
celle de l'hérédité
biologique.
Un imaginaire
Ce qui se transmet dans Savannah Bay,
ce n'est pas l'histoire parce qu'elle ne
tient à rien. C'est le geste par
lequel le mythe s'invente et circule comme
le désir peut circuler, comme les
rôles peuvent circuler. Eric est toujours
très attaché à ce qui
habite les acteurs, aux rôles qu'ils
ont joués et qui croisent l'anecdote
de leur vie personnelle. Il ne peut pas
travailler sans mobiliser son propre imaginaire
sur leur parcours, leur vie imaginée,
leur vie vécue. Tout au long de notre
travail, une phrase de Duras nous a accompagnés
: " Il n'y a pas d'orphelin, il n'y
a que des gens qui manquent d'imaginaire.
" Le mythe de Savannah, cette histoire
d'amour impossible de Savannah, en se transmettant,
permet à chacun de l'inventer comme
son histoire, d'écrire, d'inventer,
de vivre d'autres histoires.
Propos recueillis par Karina Si Ahmed
et Fabien Spillmann
>>
Lire notre dossier " Duras et le théâtre
"
>>
Lire notre entretien avec Eric Vigner, metteur
en scène de Savannah Bay
>>
Lire notre entretien avec Laurent Caillon
à propos du Square
>>
Lire notre entretien avec Marianne Basler
et Jean-Philippe Puymartin, comédiens
dans Monsieur X. dit ici Pierre Rabier
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