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ZeStory - Quels étaient vos rapports
avec Duras et son théâtre avant
de jouer ce texte ?
Marianne Basler - Ma relation avec Duras
est assez lointaine. Je voyais surtout un
style, la musique de la langue. Mais je
l'ai vraiment découverte avec Monsieur
X. dit ici Pierre Rabier. J'ai découvert
les couleurs de cette femme, ses ambiguïtés,
sa cruauté, sa violence, sa force,
son trouble, à travers des romans
comme Barrage contre le Pacifique,
et puis surtout la biographie de Laure Adler.
Elle révèle beaucoup d'éléments
de son histoire. J'ai découvert plus
la femme que l'auteur. Et c'est vrai que
l'on n'appréhende pas l'uvre
de la même façon quand on connaît
mieux la femme. Derrière son style,
je n'avais jamais réussi à
toucher la femme. Avec Monsieur X.,
c'est différent. Je trouve que cette
contradiction entre un style très
fabriqué et une telle force, une
telle violence, un tel bouillonnement est
passionnante. Tout ce que j'ai vu sur elle
m'a semblé souvent un peu desséché.
Mais je n'ai pas vu les grandes mises en
scène, celles de Claude Régy.
Je n'avais pas vu grand chose, je l'avais
surtout lue.
Jean-Philippe Puymartin - De mon côté,
j'ai un peu le même parcours. L'image
que j'avais était très lointaine
J'avais vu une pièce montée
par Régy avec Michael Lonsdale. J'en
avais gardé le souvenir de quelque
chose de très formaliste. Je n'étais
pas vraiment rentré dedans. C'est
à la lumière de ce travail-là
que j'ai vraiment découvert totalement
autre chose. Là aussi grâce
au livre de Laure Adler.
Est-ce que vous aviez des appréhensions
au moment d'aborder ce texte ?
JPP - Non, c'est intéressant au
contraire. Et puis nous avons tous les deux
l'habitude de travailler avec Jacques Lassalle.
C'était une nouvelle aventure.
Comment est né ce projet ?
MB - Au départ, on devait faire
autre chose. On devait faire un Sarraute.
On devait faire
JPP - C'est beau
(rires)
MB-
qui a été monté
au Théâtre de la Ville. Et
puis Jacques Lassalle a eu cette idée
d'adapter Monsieur X. dit ici Pierre
Rabier, un texte extrait de La Douleur.
C'est vrai que ce livre de Duras est très
très fort. Pour moi, c'était
très différent de tout ce
que je connaissais d'elle.
JPP - Ce qui me passionnait dans le projet
par rapport au personnage, c'était
le fait d'avoir un tel monstre à
défendre : essayer de s'approcher
d'un personnage aussi particulier que Rabier
alias Charles Delval, cet agent de la Gestapo.
A ce propos, vous avez fait le choix
d'adopter un accent allemand pour Rabier,
ce qui n'a rien de très évident
à la lecture des pages consacrées
à ce sujet par Pierre Péan
et Laure Adler
JPP - C'est cette impression qui m'est
restée après la lecture du
texte de Duras et de la biographie d'Adler.
Rabier-Delval est un personnage mystérieux,
probablement allemand d'origine et qui avait
cet accent allemand. Duras insiste d'ailleurs
sur ce point dans Monsieur X. dit ici
Pierre Rabier. Elle donne des indications
assez précises sur sa voix, les intonations
de celle-ci. Pour un acteur, il est d'ailleurs
difficile d'en tenir compte puisqu'elle
écrit par exemple que sa voix était
presque inaudible (rires)
Et puis
cela me semblait une évidence. J'ai
voulu donner plus une couleur qu'un accent
Cela me semblait un élément
important dans le cas de Rabier. J'aime
bien aborder mes personnages par l'extérieur
: leur voix, leur démarche. Je trouve
que l'on amène ainsi beaucoup de
choses à l'intérieur.
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