|
Comment vous situez-vous par rapport
à ce texte très autobiographique
?
MB - Bien sûr, il y a la volonté
de s'en inspirer. Mais pas complètement
non plus car je ne ressemble pas du tout
à Duras. Je crois qu'il y a une essence
à prendre. C'est le fruit de toutes
mes lectures. Les interviews d'elle, la
regarder évoluer même vieille...
Tout cela m'apporte beaucoup. Malgré
tout ce n'est pas la réalité
non plus. Quand elle écrit, elle
fait uvre de fiction. C'est une projection
d'elle-même. Ses personnages, toutes
les actrices qui ont joué ses héroïnes,
lui ressemblent très peu. Et quelque
part, j'ai parfois envie de dire que son
style ne lui ressemble pas. (rires) La biographie
de Laure Adler m'a aidée énormément.
Je n'aurais sans doute pas joué le
personnage de la même façon
si je ne l'avais pas lue.
Entendre une époque
JPP - De mon côté, j'ai plus
essayé d'entendre une époque,
de m'imprégner de toute une atmosphère.
J'ai fait appel à des souvenirs familiaux.
Un moment donné, je voulais voir
la photographie de Rabier-Delval. Et puis
j'ai résisté à la tentation
de le faire. Je sais que sa photographie
existe dans le dossier où l'on a
retrouvé les fameux carnets. Duras
avait conservé des photos de lui.
Laure Adler l'évoque. Il s'agissait
de photos que Duras a gardées dans
une enveloppe scellée avec une indication
du style " A ne pas ouvrir ".
Je pense que je le ferai après. Une
fois la pièce derrière moi.
Finalement, je crois que c'est mieux ainsi.
Ne pas mettre un visage dessus me permet
une liberté plus grande : celle de
me projeter à travers n'importe quel
visage
Lors de la préparation,
j'ai consulté un album de Doisneau
avec des photographies de l'époque.
Il y en avait une représentant un
type qui est à table avec sa famille
et tout d'un coup, en la voyant, je me suis
dit : " C'est lui ! " C'était
plus facile pour moi de le prendre sous
cet angle-là.
Dans l'adaptation, la relation amoureuse
de Duras avec Masse alias Dionys Mascolo
est reléguée au deuxième
plan voire inexistante alors qu'elle joue
un rôle central dans ce qui se noue
à l'époque
MB - C'est dit mais au départ le
personnage de Masse n'existait pas dans
l'adaptation de Jacques Lassalle. C'est
un acteur que l'on a fait intervenir plus
tard. Lassalle voulait se concentrer sur
la relation entre Duras et Rabier. L'amant
était évoqué uniquement
en voix off et, petit à petit, cela
a évolué jusqu'à l'arrivée
sur scène de ce personnage. Duras
n'en parle pas énormément
dans Monsieur X. dit ici Pierre Rabier.
Et dans l'adaptation de Lassalle, son rôle
est limité à quelques interventions.
C'est un manque que j'ai ressenti dans la
phase préparatoire du spectacle.
Mais dans mon interprétation, je
tiens compte de cet arrière fond
que représentent aussi les relations
de Marguerite Duras avec lui. Est-ce qu'il
existe pour les spectateurs ?
|