© Enguerand
Avec la douleur de Duras
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.



Comment vous situez-vous par rapport à ce texte très autobiographique ?

MB - Bien sûr, il y a la volonté de s'en inspirer. Mais pas complètement non plus car je ne ressemble pas du tout à Duras. Je crois qu'il y a une essence à prendre. C'est le fruit de toutes mes lectures. Les interviews d'elle, la regarder évoluer même vieille... Tout cela m'apporte beaucoup. Malgré tout ce n'est pas la réalité non plus. Quand elle écrit, elle fait œuvre de fiction. C'est une projection d'elle-même. Ses personnages, toutes les actrices qui ont joué ses héroïnes, lui ressemblent très peu. Et quelque part, j'ai parfois envie de dire que son style ne lui ressemble pas. (rires) La biographie de Laure Adler m'a aidée énormément. Je n'aurais sans doute pas joué le personnage de la même façon si je ne l'avais pas lue.

Entendre une époque

JPP - De mon côté, j'ai plus essayé d'entendre une époque, de m'imprégner de toute une atmosphère. J'ai fait appel à des souvenirs familiaux. Un moment donné, je voulais voir la photographie de Rabier-Delval. Et puis j'ai résisté à la tentation de le faire. Je sais que sa photographie existe dans le dossier où l'on a retrouvé les fameux carnets. Duras avait conservé des photos de lui. Laure Adler l'évoque. Il s'agissait de photos que Duras a gardées dans une enveloppe scellée avec une indication du style " A ne pas ouvrir ". Je pense que je le ferai après. Une fois la pièce derrière moi. Finalement, je crois que c'est mieux ainsi. Ne pas mettre un visage dessus me permet une liberté plus grande : celle de me projeter à travers n'importe quel visage… Lors de la préparation, j'ai consulté un album de Doisneau avec des photographies de l'époque. Il y en avait une représentant un type qui est à table avec sa famille et tout d'un coup, en la voyant, je me suis dit : " C'est lui ! " C'était plus facile pour moi de le prendre sous cet angle-là.

Dans l'adaptation, la relation amoureuse de Duras avec Masse alias Dionys Mascolo est reléguée au deuxième plan voire inexistante alors qu'elle joue un rôle central dans ce qui se noue à l'époque…

MB - C'est dit mais au départ le personnage de Masse n'existait pas dans l'adaptation de Jacques Lassalle. C'est un acteur que l'on a fait intervenir plus tard. Lassalle voulait se concentrer sur la relation entre Duras et Rabier. L'amant était évoqué uniquement en voix off et, petit à petit, cela a évolué jusqu'à l'arrivée sur scène de ce personnage. Duras n'en parle pas énormément dans Monsieur X. dit ici Pierre Rabier. Et dans l'adaptation de Lassalle, son rôle est limité à quelques interventions. C'est un manque que j'ai ressenti dans la phase préparatoire du spectacle. Mais dans mon interprétation, je tiens compte de cet arrière fond que représentent aussi les relations de Marguerite Duras avec lui. Est-ce qu'il existe pour les spectateurs ?

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Eric Vigner - A la lumière de Duras
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 Cinq dates
1944 : Arrestation et déportation de Robert Antelme, le mari de Marguerite Duras. Rencontre avec Charles Delval, alias Rabier.
1945 : Condamnation à mort de Delval-Rabier. Retour des camps de Robert Antelme
1985 : Publication de La Douleur
1998 : Lecture au CDDB, Théâtre de Lorient, de La Douleur par Anne Brochet et Bénédicte Vigner
2003 : Création au Théâtre Vidy-Lausanne de Monsieur X. dit ici Pierre Rabier, adaptation et mise en scène de Jacques Lassalle. Reprise aux Gémeaux à Sceaux
   
 
 Bibliographie
La Douleur [1985], Gallimard, 2003
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Théâtre. Tome II : Suzanna Andler - Des journées entières dans les arbres - Yes, peut-être - Le Shaga - Un Homme est venu me voir, Gallimard, 1968
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Théâtre. Tome I : Les Eaux et forêts - Le square - La Musica, Gallimard, 1965
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