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La première fois que Morland est
évoqué en voix off, il est
fait référence à sa
réelle identité : François
Mitterrand. Pourquoi ce choix ?
MB - Vous êtes pire que moi. (rires)
Lassalle me définissait comme la
" gardienne du temple ". J'avais
souligné tout ce qu'elle disait et
que Lassalle n'a pas retenu. Je crois que
cette remarque je l'ai faite en répétitions.
Cela a dû faire l'objet d'une heure
de débat pour savoir s'il fallait
ou non le mentionner explicitement. D'ailleurs,
Duras le fait dans le premier texte du recueil.
Pour les spectateurs, il fallait réintroduire
cet élément d'information.
Je trouve finalement que Lassalle a fait
un très beau travail. Ce n'est pas
simple d'adapter un tel texte où
les dialogues sont très peu présents.
Moi, j'imaginais Duras plus secrète,
beaucoup moins expansive. En même
temps, c'est bien de l'imaginer ainsi parce
qu'elle était comme cela aussi. Pour
que certains dans la Résistance doutent
de sa loyauté au point d'envisager
de l'écarter, c'est qu'elle pouvait
se montrer aussi très bavarde. Elle
et Rabier avaient l'air très complices
parfois. Lassalle était toujours
sur un fil, entre l'adaptation de Duras
et l'Histoire.
Quelle place avez-vous accordé
à l'Histoire préci-sément
?
JPP - Pendant le travail préparatoire,
j'avais envisagé de voir les minutes
du procès Delval. Et puis finalement,
je ne l'ai pas fait sans doute pour les
mêmes raisons que celles invoquées
pour la photographie de Rabier-Delval. Lassalle
s'est documenté sur la période.
Il a lu pas mal d'articles.
MB - Mais, de toute façon, son intention
n'était pas de faire uvre d'historien.
Ce qui l'intéressait dans ce texte,
c'était le caractère dramatique
de cette relation trouble.
Quel regard portez-vous sur vos personnages
?
MB - Avant de jouer c'est difficile. (rires)
C'est une relation trouble. Dans une certaine
mesure, Duras y prend plaisir. Elle est
dans une drôle de situation. Son mari
Robert Antelme est déporté
dans les camps. Elle culpabilise doublement
parce que leur histoire est terminée.
Il y a Masse qu'elle n'ose plus voir. Il
y a cet homme, Rabier-Delval, sur lequel
se reportent tous ses désirs, ses
frustrations, son goût du danger et
des interdits. Plus c'était interdit,
plus c'était dangereux, plus c'était
provocant, plus elle vivait. Elle flirtait
avec la mort, avec le danger, avec la folie.
C'est cela qui l'a toujours fait écrire.
Il lui fallait des rapports tendus, durs
pour créer. C'est une artiste qui
a besoin de s'abîmer pour vivre. Elle
le fait dans l'alcool. Elle est très
autodestructrice. Elle y puise sa force
vitale. Elle est toujours au bord du précipice.
C'est son histoire depuis sa naissance en
Indochine, dans un pays où la mort
était toujours tout près,
où elle était haïe et
aimée par cette mère et ce
frère. Je pense que Rabier rentre
dans cette ronde-là. Cela doit lui
donner aussi quelque part un sursaut de
vie. Il devient l'un des personnages de
cette femme.
Propos recueillis par Fabien Spillmann
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auteur d'une thèse sur le théâtre
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en scène de Savannah Bay
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