© Enguerand
Avec la douleur de Duras
Intro en gras. Lecture assasine » que j’ai écrit lors de mon séjour à Paris. Je raconte dans quel état d’esprit je suis arrivé à Paris : pour imiter Hemingway, loger dans une chambre de bonne de Marguerite Duras et écrire mon premier roman. En fait, c’est une révision très ironique de ma jeunesse et de la manière dont j’ai essayé d’écrire ce premier roman.


La première fois que Morland est évoqué en voix off, il est fait référence à sa réelle identité : François Mitterrand. Pourquoi ce choix ?

MB - Vous êtes pire que moi. (rires) Lassalle me définissait comme la " gardienne du temple ". J'avais souligné tout ce qu'elle disait et que Lassalle n'a pas retenu. Je crois que cette remarque je l'ai faite en répétitions. Cela a dû faire l'objet d'une heure de débat pour savoir s'il fallait ou non le mentionner explicitement. D'ailleurs, Duras le fait dans le premier texte du recueil. Pour les spectateurs, il fallait réintroduire cet élément d'information. Je trouve finalement que Lassalle a fait un très beau travail. Ce n'est pas simple d'adapter un tel texte où les dialogues sont très peu présents. Moi, j'imaginais Duras plus secrète, beaucoup moins expansive. En même temps, c'est bien de l'imaginer ainsi parce qu'elle était comme cela aussi. Pour que certains dans la Résistance doutent de sa loyauté au point d'envisager de l'écarter, c'est qu'elle pouvait se montrer aussi très bavarde. Elle et Rabier avaient l'air très complices parfois. Lassalle était toujours sur un fil, entre l'adaptation de Duras et l'Histoire.

Quelle place avez-vous accordé à l'Histoire préci-sément ?

JPP - Pendant le travail préparatoire, j'avais envisagé de voir les minutes du procès Delval. Et puis finalement, je ne l'ai pas fait sans doute pour les mêmes raisons que celles invoquées pour la photographie de Rabier-Delval. Lassalle s'est documenté sur la période. Il a lu pas mal d'articles.

MB - Mais, de toute façon, son intention n'était pas de faire œuvre d'historien. Ce qui l'intéressait dans ce texte, c'était le caractère dramatique de cette relation trouble.

Quel regard portez-vous sur vos personnages ?

MB - Avant de jouer c'est difficile. (rires) C'est une relation trouble. Dans une certaine mesure, Duras y prend plaisir. Elle est dans une drôle de situation. Son mari Robert Antelme est déporté dans les camps. Elle culpabilise doublement parce que leur histoire est terminée. Il y a Masse qu'elle n'ose plus voir. Il y a cet homme, Rabier-Delval, sur lequel se reportent tous ses désirs, ses frustrations, son goût du danger et des interdits. Plus c'était interdit, plus c'était dangereux, plus c'était provocant, plus elle vivait. Elle flirtait avec la mort, avec le danger, avec la folie. C'est cela qui l'a toujours fait écrire. Il lui fallait des rapports tendus, durs pour créer. C'est une artiste qui a besoin de s'abîmer pour vivre. Elle le fait dans l'alcool. Elle est très autodestructrice. Elle y puise sa force vitale. Elle est toujours au bord du précipice. C'est son histoire depuis sa naissance en Indochine, dans un pays où la mort était toujours tout près, où elle était haïe et aimée par cette mère et ce frère. Je pense que Rabier rentre dans cette ronde-là. Cela doit lui donner aussi quelque part un sursaut de vie. Il devient l'un des personnages de cette femme.

Propos recueillis par Fabien Spillmann

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 Cinq dates
1944 : Arrestation et déportation de Robert Antelme, le mari de Marguerite Duras. Rencontre avec Charles Delval, alias Rabier.
1945 : Condamnation à mort de Delval-Rabier. Retour des camps de Robert Antelme
1985 : Publication de La Douleur
1998 : Lecture au CDDB, Théâtre de Lorient, de La Douleur par Anne Brochet et Bénédicte Vigner
2003 : Création au Théâtre Vidy-Lausanne de Monsieur X. dit ici Pierre Rabier, adaptation et mise en scène de Jacques Lassalle. Reprise aux Gémeaux à Sceaux
   
 
 Bibliographie
La Douleur [1985], Gallimard, 2003
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Théâtre. Tome IV : Véra Baxter ou Les plages de l'Atlantique - L'Eden Cinéma - Le Théâtre de L'Amante anglaise - Home - La Mouette, Gallimard, 1999
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Théâtre. Tome III : La Bête dans la jungle - Les Papiers d'Aspern - La Danse de mort, Gallimard, 1984
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Théâtre. Tome II : Suzanna Andler - Des journées entières dans les arbres - Yes, peut-être - Le Shaga - Un Homme est venu me voir, Gallimard, 1968
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Théâtre. Tome I : Les Eaux et forêts - Le square - La Musica, Gallimard, 1965
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