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Avant d'adapter pour la scène
La Pluie d'été en 1991,
quels sont vos rapports avec l'uvre
de Marguerite Duras ?
Avant La Pluie d'été,
il n'y en avait pas. La seule chose que
j'avais lue d'elle, c'était L'Amant,
au moment du prix Goncourt comme beaucoup
de gens. J'en étais resté
là. En 1991, on m'a proposé
de travailler sur Duras dans le cadre d'un
atelier avec les élèves de
troisième année du Conservatoire
national d'art dramatique que je devais
animer. Au départ, j'ai pensé
que c'était un peu trop difficile
pour des étudiants. Et puis j'ai
une sur - elle travaille avec moi
depuis longtemps - qui a baigné dans
l'univers littéraire de Marguerite
Duras depuis l'adolescence. Je suis allé
chez elle pour voir les livres de Duras
dont elle avait pratiquement toute l'uvre.
Un livre est tombé de la bibliothèque
et s'est ouvert à la bonne page,
sur la phrase : " Je ne retournerai
pas à l'école, parce que à
l'école on m'apprend des choses que
je ne sais pas. " C'était La
Pluie d'été. Le livre
était récent. Je ne l'avais
pas lu. Quand je l'ai fait, j'ai été
saisi par le dialogue entre Ernesto et l'instituteur.
J'ai mis ce livre en scène avec les
six élèves que l'on m'avait
confiés (Hélène Babu,
Jean-Baptiste Sastre, Anne Coesens, Philippe
Metro, Thierry Collet et Marilu Bisciglia,
ndlr).
Un livre brûlant
La Pluie d'été, c'est
l'histoire d'un enfant qui découvre
un livre et ce livre lui fait vivre un certain
nombre de choses. Il l'appelle " le
livre brûlé ". Tel l'enfant
Ernesto, j'étais tombé sur
ce livre. Pour moi, c'était un livre
brûlant, pas un livre brûlé.
C'est ce livre qui m'a littéralement
porté. Grâce à lui,
je suis rentré intimement dans l'uvre
de Marguerite Duras. De ce point de vue,
mon approche n'a pas été du
tout intellectuelle. Elle a été
sensible. Cela était vraiment un
choc. De même pour l'acteur qui a
interprété Ernesto (Jean-Baptiste
Sastre, ndlr).
Est-ce que vous avez pris contact avec
Marguerite Duras ou essayer de le faire
à ce moment-là ?
Lorsque j'ai commencé ce travail,
je l'ai fait dans mon coin, librement. Je
l'ai fait d'une façon vivante. A
ce moment-là, on s'était intéressé
à l'uvre de Marguerite Duras
d'un point de vue intellectuel, de manière
asséchante. Pour beaucoup, cette
uvre apparaissait sinistre ; elle
portait un regard nihiliste sur le monde.
Or pas du tout ! C'est un bain d'amour !
C'est quelque chose qui a à voir
avec la lumière, l'éblouissement.
Ce n'est pas du tout négatif. L'image
de Marguerite Duras, l'image de la femme
publique, de la femme engagée, de
la femme politique, de l'intellectuelle
de gauche, avait pris le pas dans la société
française sur l'écrivain.
Pour moi, il y a l'uvre de Marguerite
Duras, son écriture. Le théâtre
n'est qu'un épiphénomène
de cette écriture. On peut faire
uvre théâtrale de l'écriture
de Marguerite Duras. Pour moi, il n'y a
pas à proprement parler de théâtre
de Duras.
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