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Que représente pour vous Savannah
Bay dans l'uvre de Duras ?
Savannah Bay est une uvre
essentielle. Mais chaque morceau de texte
de l'uvre de Duras l'est tout autant.
Je ne peux pas dissocier la partie du tout.
Ce que j'aime dans Savannah Bay,
c'est le fait que ce soit écrit pour
le théâtre, pour Madeleine
Renaud. Ce spectacle on ne le comprend pas
vraiment. C'est fascinant ! Il y a une expérience
qui est liée à l'expérience
même du théâtre. Et puis
c'est magnifique de faire cette promesse
- promesse secrète : " Un jour
tu rentreras au répertoire de la
Comédie-Française
".
Et de la réaliser en dépit
des résistances encore bien vivantes.
Tout le comité n'a pas voté
oui pour l'inscription de Savannah Bay
contrairement à ce que la presse
a pu affirmer.
Après Savannah Bay, vous
avez monté à Lorient "
Où
boivent les vaches ", une pièce
de Roland Dubillard. Elle sera à
l'affiche du Théâtre du Rond-Point
en avril prochain. Comme Duras, Dubillard
est un auteur présent dans votre
travail depuis le départ. Faut-il
y voir un lien entre eux ?
Oui, pour moi c'est complètement
lié. Je travaille à partir
de ce que je ne comprends pas ou ne connais
pas mais qui me provoque. Il y a des écritures
qui me mettent en marche. Et d'autres non.
A mes yeux, Dubillard, c'est une écriture
aussi fondamentale que celle de Duras. Une
écriture liée à un
fonctionnement du monde qui commence à
devenir normal par exemple avec Internet,
c'est-à-dire un fonctionnement de
liens en liens. Dubillard, cela fonctionne
sur le moment, sur l'instant, sur la conscience
exacte du moment juste de l'existence. Duras
et Dubillard sont deux auteurs qui se côtoient
dans ma bibliothèque. Ils en occupent
une grande part. Ce sont des gens qui me
font vivre. Ce sont des gens avec qui je
suis en liaison d'une façon immédiate
et sensible.
Donc le fait de revenir à Dubillard
après Duras n'a rien d'une coïncidence
?
Non, pas du tout. Je suis quelqu'un qui
essaie de constituer une uvre. Je
me considère comme un artiste pas
comme un metteur en scène de théâtre.
Ma formation est une formation d'arts plastiques.
Je reviens à un moment donné
aux sources. La source, c'était Dubillard
avec La Maison d'os, ma première
mise en scène en 1991, un acte artistique
et théâtral à l'origine
de la fondation de notre compagnie "
Suzanne M ". A l'époque, je
me posais la question suivante : " Est-ce
que le théâtre est nécessaire
? " Je le pensais d'une certaine façon.
Dubillard m'a aidé à répondre
à cette question. Aujourd'hui encore
une pièce comme "
Où
boivent les vaches " m'aide à
y répondre. C'est une pièce
extraordinaire, pas évidente. Mais
je la comprends fondamentalement. Elle soulève
des interrogations essentielles sur l'artiste,
l'acte d'écrire.
Duras, un volcan
Une préoccupation très présente
chez Duras aussi et au cur de son
écriture. Duras comme Dubillard sont
des obsessionnels. Ils vont remettre en
mouvement perpétuellement leurs savoirs,
leur écriture, leur uvre, leur
vie même. Ils ne vous laissent pas
tranquille et ne se laissent pas tranquille
eux-mêmes. C'est très fatiguant
pour eux-mêmes et pour les autres.
Mais en même temps, c'est très
exaltant. Quand j'ai connu Marguerite, elle
n'avait pas loin de quatre-vingt ans. Je
trouvais que c'était un volcan. Cela
fait beaucoup de bien quand on est jeune
et que l'on doute. En face de soi, vous
avez quelqu'un comme Marguerite qui a tout
vécu, qui a connu des gens formidables,
a travaillé avec eux, les a aimés.
C'était une chance
Propos recueillis par Fabien Spillmann
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Lire notre dossier " Duras et le théâtre
"
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Lire notre entretien avec Sabine Quiriconi,
auteur d'une thèse sur le théâtre
de Duras
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Lire notre entretien avec Laurent Caillon
à propos du Square
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Lire notre entretien avec Marianne Basler
et Jean-Philippe Puymartin, comédiens
dans Monsieur X. dit ici Pierre Rabier
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