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ZeStory - Avant Le Square, Didier
Bezace a déjà eu une expérience
avec Duras au théâtre. C'est
le spectacle Marguerite et le Président
en 1992. De quoi s'agit-il au juste ?
Laurent Caillon - Au début des
années 1990, Didier Bezace a l'idée
de monter un spectacle autour des entretiens
entre Marguerite Duras et François
Mitterrand publiés en 1986 dans L'Autre
journal. L'idée n'est pas venue
quand le texte est paru. Mais elle était
là. Il restait à attendre
que l'opportunité se présente
pour la réaliser concrètement.
Dans ce cas précis, cela tenait au
fait de trouver une petite fille pour incarner
Marguerite Duras car telle était
la vision de Didier Bezace. C'était
une condition indispensable à ses
yeux. Or à cette date, il a découvert
son interprète.
Pourquoi le choix d'un texte qui n'est
pas destiné au théâtre
?
Il y avait ce goût chez Didier Bezace
de se décaler d'un texte proprement
théâtral. Depuis un certain
nombre d'années, il s'était
spécialisé dans l'adaptation
de textes littéraires. Il ne s'agissait
pas de les adapter de manière théorique
sur le papier mais de construire ou de reconstruire
sur le plateau la théâtralité
d'un texte qui n'en a pas a priori. Porter
ces entretiens sur scène s'inscrivait
dans cette perspective. C'était aussi
la volonté de retrouver et de cerner
ces deux personnages : l'écrivain
admiré par le président et
le président admiré par l'écrivain.
Il y avait un rapport très curieux
entre eux. Duras a voué jusqu'à
la fin de sa vie une admiration pour Mitterrand
tout à fait singulière.
Duras en fillette
L'idée de la faire jouer par une
petite fille permettait tout un coup de
donner un autre poids à leurs échanges.
Quand on les lisait comme une interview
réaliste presque naturaliste, ils
n'avaient pas cette capacité de révéler
les deux personnages. Ils se quittaient,
se donnaient un rendez-vous et puis se revoyaient.
La petite fille arrivait et disait : "
De quoi allons-nous parler ? Parlez-moi
de l'Afrique... " Alors Mitterrand
interprété par Jean-Marie
Galey parlait de l'Afrique
Je pense
que cette intuition était juste parce
que Mitterrand s'adressait sans doute à
Marguerite Duras comme à une petite
fille. Et elle-même avait sans doute
un regard de petite fille par rapport à
la politique.
Au moment où Didier Bezace se
lance dans cette aventure, est-ce qu'il
a déjà des rapports avec Marguerite
Duras ?
Didier Bezace ne la connaît pas directement.
Il n'est pas en sympathie avec la Marguerite
Duras de ces années-là, une
Marguerite Duras qui est à la fois
très pertinente sur certains sujets
et très horripilante sur d'autres
comme sur les faits divers dans Libération.
Il y a des textes aussi où elle se
caricature presque elle-même à
la fin de sa vie. En revanche, il a une
vraie sensibilité pour les premiers
romans, pour Barrage contre le Pacifique,
pour La Vie tranquille. Mais pas
pour L'Amant
Et concernant le théâtre
de Duras ?
Non, rien. Presque au contraire une distance.
La mode Duras n'intéressait pas Didier
Bezace. S'il a vu certaines des mises en
scènes de Claude Régy notamment,
il n'a pas dans l'idée de monter
Duras.
Est-ce qu'elle est venue voir Marguerite
et le Président en décembre
1992 ?
Oui, Marguerite Duras est venue voir le
spectacle. C'est à ce moment-là
que le contact s'est établi entre
elle et Didier Bezace. Elle a beaucoup aimé.
Elle était très âgée.
Elle sortait d'épreuves très
difficiles. Avant sa venue, elle a été
complètement à l'écart
du projet. Elle n'a pas participé
à l'adaptation, au choix de la distribution.
Elle n'a pas assisté aux répétitions.
Et pour cause, elle n'en était pas
vraiment au courant. Cela ne s'est pas joué
beaucoup en plus. Une dizaine de fois guère
plus et de manière très confidentielle
à l'époque en dépit
d'articles dans la presse.
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