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Comment ce travail de (re)découverte
du texte s'est-il accompli ?
Il s'est opéré en deux temps.
On a beaucoup comparer les deux versions
du Square, celle romanesque et celle
théâtrale. A partir de là,
on a fait un découpage en empruntant
un peu à l'une et à l'autre.
Au fil des lectures avec les comédiens,
on s'est mis d'accord sur certains choix
avant d'affronter le plateau. Avec toujours
cette question à l'esprit : "
Comment passer au stade d'une conversation
vraiment incarnée et pas simplement
d'un renvoi de répliques, d'un pseudo-dialogue
? " Cela n'a rien d'évident.
Cela renvoie à la question de l'action
théâtrale. Dans Le Square,
l'action principale est quand même
de parler. Là réside d'ailleurs
l'intuition assez géniale de Marguerite
Duras. Elle écrit un roman qui est
en fait une pièce. Mais une pièce
où parler est au cur de l'action
théâtrale proprement dite.
Parler est vital pour les deux personnages
car ils sont socialement réduits
au silence. Duras explique qu'elle a écrit
ce texte " en écoutant se taire
les gens dans les squares de Paris. "
Elle écrit un dialogue qui n'a rien
à voir avec la réalité.
La pièce devait être créée
initialement au dernier Festival d'Avignon
C'est la proposition de Bernard Faivre
D'Arcier de la programmer à Avignon
qui a relancé le projet de monter
ce texte. Cela n'a pas eu lieu en raison
de l'annulation du festival. Nous étions
pourtant dans les conditions de le réaliser
avec ce charme particulier du plein air.
On l'a d'ailleurs joué sans public
à Perpignan dans ces conditions.
C'était une représentation
formidable. J'ai le regret que ce spectacle
n'ait pas pu se faire au Théâtre
des Carmes en plein air. Je pense que cela
aurait eu une dimension supplémentaire.
Ce qui ne veut pas dire que ce qui se passe
dans un théâtre fermé
n'est pas bien.
Comment avez-vous vécu ce conflit
des intermittents du spectacle qui a conduit
à l'annulation du festival ?
On l'a vécu très difficilement.
On était à Perpignan pour
répéter Le Square car
on s'était engagé à
le créer au Palais des Rois de Majorque,
ce lieu magnifique en plein air. Tous les
jours on répétait et on votait
le travail. Le festival a été
finalement annulé. Je vivais cela
pour la première fois. Le 26 juillet
2003, nous avons organisé une journée
d'action et de débat sur le conflit
des intermittents au Théâtre
de la Commune à Aubervilliers que
dirige Didier Bezace. A l'issue de cette
journée, on a joué Le Square.
Il nous a paru en effet que ce texte de
Duras est traversé par un propos
sur la précarité. Une précarité
de nature différente certes mais
tout de même très actuelle.
Cette pièce était un peu le
prolongement artistique d'un conflit qui
avait été débattu et
qui avait donné lieu à beaucoup
de rencontres.
Propos recueillis par Fabien Spillmann
>>
Lire notre dossier " Duras et le théâtre
"
>>
Lire notre entretien avec Sabine Quiriconi,
auteur d'une thèse sur le théâtre
de Duras
>>
Lire notre entretien avec Eric Vigner, metteur
en scène de Savannah Bay
>>
Lire notre entretien avec Marianne Basler
et Jean-Philippe Puymartin, comédiens
dans Monsieur X. dit ici Pierre Rabier
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