Pièce
d’Evguéni Schwartz
Mise en scène de Laurent Pelly
Avec Emmanuel Daumas, Grégory Faive,
Audrey Fleurot, Rémi Gibier, Sacha
Kremer, Gaëtan Lejeune, Eddy Letexier,
karim Qayouh, Jérôme Ragon, Patrick
Zimmermann
Théâtre de l'Athénée
Jusqu'au 3 décembre 2005 |
|
Un conte pour adultes
qui enchante d’un bout à l’autre
de la pièce par sa drôlerie,
sa finesse, une mise en scène à
couper le souffle. Une œuvre magistrale
servie par des comédiens jubilatoires.
Tous les ingrédients du conte sont
réunis : Henri, le charmant petit
porcher, fou amoureux de la belle princesse
Henriette, une déclaration d’amour
bucolique, des dames de compagnie et des
cochons malicieux, le roi fantasque qui
refuse la main d’Henriette à
Henri et la promet en mariage à un
roi tyrannique qui règne en dictateur,
un chaudron magique qui chante, un petit
pois qui joue les perturbateurs, un costume
coupé dans un tissu magique qui n’est
visible que pour des yeux dotés d’une
intelligence supérieure… Inspirée
de trois contes d’Andersen, Le Porcher,
Le Roi nu et La Princesse sur un pois, cette
pièce à tiroirs s’ouvre
sur une féerie qui envoûte
le public. Les épreuves révèlent
les personnages. Le gardien de cochon transcendé
par l’amour se révèle
fin stratège pour sortir sa belle
des griffes d’un monarque priapique.
La douce et innocente Henriette se déchaîne
en princesse ordurière pour suivre
les plans de son Henri, l’amour justifiant
les moyens. Quant au roi couvert d’un
titre honorifique qui cache sa bêtise
primaire, il finira tout nu.
La pièce, écrite en 1934,
dénonçait le nazisme et l’autocratie
hitlérienne. Le régime Stalinien
y a vu une critique personnelle et a interdit
la pièce avant sa sortie. Et le royaume
fantasque de ce monarque qui fait régner
la terreur jusqu’à l’absurde
de se retrouver dans son plus simple appareil
sans qu’aucun sujet n’ose lui
faire remarquer ne se limite pas à
une époque mais devrait interpeller
tout dirigeant qui s’anesthésie
d’autosatisfaction face à une
petite cours de serviles prêts à
tout pour garder leur poste.
Le génie d’Evguéni Schwartz
est d’avoir insufflé à
son texte une atemporalité par le
biais du conte. Le génie de Laurent
Pelly est d’avoir redonné vie
à une pièce méconnue
par une mise en scène ludique et
surréaliste. Chaque détail
y a son importance pour rehausser un imaginaire
festif. Le décor s’échafaude
sur des pans d’armoire où les
tiroirs et les portes s’ouvrent pour
laisser entrevoir une autre partie de l’histoire.
Une scène mobile pour une pièce
qui transpose la réalité dans
l’univers du conte. Le décor
se dédouble comme les comédiens
qui interprètent plusieurs personnages.
Tour à tour ministres, poète,
muse, dame de compagnie, cochons, roi, tailleur,
courtisans… Les comédiens s’amusent
sur scène et régalent un public
ravi. La perfection n’a pas besoin
de commentaires… Alors à quoi
bon en dire plus ? Un moment de théâtre
à ne pas manquer !
Ange Lise (rédactrice pour
le site Quiproquo)
|