Landru
De Laurent Ruquier
Mise en scène de Jean-Luc Tardieu
Avec Régis Laspalès, Chloé Berthier, Marcel Cuvelier, Evelyne Dandry, Michèle Garcia, Yves Lambrecht, Monique Mauclair
Théâtre Marigny
Jusqu'au 29 janvier

L’amour est un sujet brûlant… Les femmes qui se sont enflammées pour Landru ont fini pour certaines par se consumer jusque dans son poêle. Mais loin de garder un sang-froid de tueur en série, Landru a su mettre le feu par son humour corrosif lors de son procès… Et quand le cynisme de Landru rencontre l’esprit de Ruquier, on peut être sûr que la pièce ne sera pas… un four !

Henri Désiré Landru a le sens de l’organisation et la satisfaction du travail bien fait. Sa petite entreprise fonctionne sans négliger les petits profits. Le stratagème est simple. Poser des petites annonces matrimoniales en quête de veuves ou de femmes seules, bien sous tout rapport, surtout financier. Savoir faire le tri entre les fauchées et les fortunées. Et attirer sa proie dans ses filets de promesses de mariage pour mieux s’accaparer son pécule. Quant à savoir si l’intéressée pourrait émettre une objection au plan du PDG du crime, Landru a trouvé la parade : faire disparaître les corps dans un poêle qui a dû optimiser son rendement entre 1915 et 1919. Bilan des opérations : ce barbu généreusement dégarni a su séduire pas loin de trois cents femmes et réduit en cendre onze d’entre-elles. Le premier serial killer français a pourtant toujours clamé son innocence à son procès, soutenu par sa maîtresse officielle, Fernande Segret, la rescapée en quelque sorte. Mais malgré l’absence de preuves à son procès, son attitude d’un cynisme débonnaire a contribué à entretenir le doute chez les jurés et à faire de ses audiences un véritable spectacle pour le public parisien. La pièce tente de reconstituer toute la complexité des facettes du personnage, du vaudeville sanglant des rencontres galantes, au retour plus tendre chez sa femme, en passant par ses ébats passionnés avec sa maîtresse jusqu’à sa cellule pendant le procès avant d’affronter sa dernière veuve, la guillotine.

Le charme de ce bourreau… des cœurs vient en grande partie de son sens de la dérision et de la répartie aussi aiguisée que celle de Ruquier. L’alchimie entre les jeux de mots de l’auteur et les citations de Landru est parfaite jusqu’à se confondre en créant la confusion. Et malgré sa plume primesautière dont le public ne se lasse pas, Ruquier a su dépasser pour cette première pièce écrite en 95, l’horizon du simple vaudeville aux ficelles trop faciles pour rentrer dans une sobriété d’un théâtre plus psychologique et qui laisse de la place à l’interprétation brillante de Régis Laspalès. Dramatiquement drôle et inquiétant jusque dans ses silences, Laspalès ne joue pas Landru, il est Landru qui évolue dans ce décor tournant comme un pan de la personnalité du mystère Landru qui se révèle. La maison de campagne de Gambais où la fumée de la chaudière envahit la salle se métamorphose en salle à manger conjugale où le poulet est fumant tout comme la femme légitime qui s’échauffe après son mari. Et de la chambre de sa maîtresse à la prison, il n’y a qu’un tour… Ruquier a dû attendre le succès des autres pièces avant de pouvoir monter Landru qui lui fait gagner ici ses lettres de noblesse d’auteur dramatique.

Ange Lise (rédactrice pour le site Quiproquo)

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