Mariage(s) - Hyménée/La Noce
Pièce de Nikolaï Gogol, Anton Tchekhov
Mise en scène d’Anne-Marie Lazarini
Avec Bruno Andrieux, Jacques Bondoux, Hervé Bourde, Catherine Chauvière, Judith D'Aleazzo, David Fernandez, Dominique Gras, Claude Guedj, Isabelle Mentré, Michel Ouimet, Dimitri Radochévitch, Andréa Retz-Rouyet
Théâtre Artistic Athévains
Jusqu'au 26 février 2006

Mariages à la Russe sur la scène de l’Artistic Athévains. Gogol et Tchékhov épinglent avec piquant les traditions matrimoniales de leur temps et dénoncent les simagrées de cérémonies et les petites hypocrisies… Deux textes satiriques liés par Anne-Marie Lazarini pour le meilleur et pour le rire…

Gogol et Tchékhov ne se sont pas connus mais se seraient certainement compris. Le pari était risqué de mettre bout à bout deux textes écrits à cinquante ans de différence. Et pourtant il est réussi. Pas d’incohérence entre les deux parties de la pièce. Une unité de ton qui ne crée pas de rupture entre les deux auteurs. La critique du mariage y est aussi acérée chez Gogol que chez Tchékhov. Un jugement sans concession mâtiné d’une ironie mordante qui fait de Mariage(s) une pièce réussie. L’occasion aussi de redécouvrir le talent de deux auteurs à travers des textes trop peu connus.

Dans Hyménée, Gogol s’attaque aux marieuses qui entreprenaient d’arranger les mariages comme une recette de cuisine expérimentale. Une jeune fille qui veut faire à tout prix un mariage réussi fait appel à une vieille marieuse qui rameute une pléiade de prétendants. Elle n’a que l’embarras du choix et un mot à dire mais l’indécision la paralyse de peur de louper un bon parti. Des personnages parfois un peu caricaturés dans un semblant de vaudeville qui tourne à la farce. Le texte est savoureux et les comédiens s’amusent à alourdir sans excès les traits de caractère des protagonistes de Gogol. Le rythme entretenu par des répliques mordantes tombe d’un coup au début de la deuxième partie pour créer un décalage qui peut dérouter le public. Mais très vite, La Noce de Tchekhov trouve sa place et relance l’intérêt du spectateur. L’auteur dépeint avec férocité la cérémonie faussement collée-montée de boutiquiers où la mère n’hésite pas à louer un général pour donner une caution à la qualité du mariage. Une cène matrimoniale qui se termine en débandade.

La mise en scène classique donne la priorité au texte qui se suffit à lui seul. Les comédiens, un peu plus bridés dans Hyménée, se laissent davantage aller dans l’exubérance de La Noce. Malgré des références tombées en désuétude, le texte reste finalement d’une belle modernité qui ne peut que faire dire « oui » à ce Mariage(s) arrangé…

Ange Lise (rédactrice pour le site Quiproquo)

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